NEIL YOUNG, Storytone

Reprise/Warner/2014

Il fallait croire Neil Young quand sur A Letter Home il s’adressait à sa défunte mère en lui disant qu’il allait la rejoindre, mais pas tout de suite car il avait encore beaucoup à faire. Cette fin d’année en est la preuve, avec une nouvelle autobiographie (Special Deluxe: A Memorie Of Life And Cars) et un projet musical ambitieux.
Le projet en question est donc Storytone, un album que le Loner a enregistré avec un orchestre symphonique comptant jusqu’à par moment 92 musiciens. Une surprise alors que le Canadien était encore en tournée avec le Crazy Horse l’été dernier. En revanche, ce n’est pas une surprise de le voir s’acoquiner avec un orchestre, lui qui nous avait déjà gratifiés des superbes A Man Needs A Maid et There’s A World sur le légendaire Harvest au début des années 70. Il aura fallu attendre plus de quarante ans pour revoir Oncle Neil retenter l’expérience.
Sur Storytone, Neil Young chante et l’orchestre fait le reste.
Accompagné de trois formules différentes de musiciens (orchestre, big band ou band), il arrive encore à nous surprendre avec ces dix pistes qui sortent vraiment de son répertoire habituel. La grandiloquence est présente partout, on se voit à chaque fois comme plongé dans un film (Plastic Flowers, Glimmer). Ça sent la naïveté et la frontière avec la bande-son d’un long-métrage Disney n’est parfois pas loin (Tumbleweed). A l’opposé, Say Hello To Chicago se rapproche d’une bonne comédie musicale de Broadway. Like You Used To Do reprend des codes de rythm and blues que les fans les plus assidus ont déjà connu sur This Note’s For You.
Le Loner voit les choses en grand, c’est peut-être ce dont il a besoin pour faire passer des messages, comme son brûlot écolo Who’s Gonna Stand Up ?, la protection de la planète étant son leitmotiv ces derniers temps.

Mais peut être conscient que sa nouvelle production va en dérouter plus d’un – et pourtant ceux-ci devraient être habitués quand on connait la carrière du bonhomme, maitre du contre-pied et des projets improbables – , Neil Young a la bonne idée de joindre aux versions symphoniques les versions épurées des titres.
On ne va cacher que là on adhère immédiatement quand on voit le Canadien seul derrière un piano ou avec sa guitare. Les pistes sont dépouillées et semblent tout d’un coup moins artificielles que dans leur version symphonique. Le piano ouvre Storytone (Solo) sur Plastic Flowers et plus loin prend des allures de rendez-vous amoureux (I’m Glad I’ve Found You). Le Loner sort un blues bien cradingue pour I Want To Drive My Car et Like You Used To Do. A l’opposé de Tumbleweed, comptine au ukulélé que n’aurait pas renié Eddie Vedder.  Mais on va retenir encore une fois (et là si le message ne passe pas, on ne peut plus rien pour vous) la chevauchée nocturne que devient Who’s Gonna Stand Up? et plus loin la ballade aux airs de moisson de When I Watch You Sleeping.
Pour son trente-cinquième album studio, Neil Young fait dans l’hybride et montre que son univers déjà immense ne connait pas de frontière et qu’il va s’employer à pousser son exploration encore plus loin.

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