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EMIGRATE, The persistence of memory

Mine de rien, Emigrate (alias Richard Z. Kruspe) suit en solo son petit bonhomme de chemin. Le guitariste de Rammstein en est en effet à son quatrième album, lequel s’intitule The Persistence Of Memory. Ce nouvel opus succède à A Million Degrees paru en 2018.

The Persistence Of Memory est sorti via le label Sony Music.

 

On ne vous fera pas l’injure de ressortir ces lieux communs, ces bons vieux proverbes tout faits pour expliquer la cohabitation entre ancienneté et nouveauté car c’est bien ce qu’Emigrate nous propose sur cet album de 9 morceaux: “faire du neuf avec du vieux”, c’est ce qu’on dit!

The Persistence Of Memory, c’est du Rammstein mais en moins bourrin et sans la voix rauque de Till Lindemann. Ce dernier partage l’affiche avec Emigrate sur Always On My Mind, reprise décidément à la mode! The Soulsavers et Emigrate se seraient-ils passés le mot? Bref blague à part, cette version écorchée de la chanson d’Elvis est à oublier bien vite, tant la voix de Lindemann manque de conviction et fait tache sur une aussi belle chanson.

Cet album recèle des morceaux bien plus attrayants, comme par exemple Rage qui ouvre le feu dans un rock accrocheur et endiablé: du Rammstein à la sauce Emigrate dont la puissance vocale atteint son paroxysme. Rage est, avec l’excellent Blood Stained Wedding, l’un des morceaux les plus longs de The Persistence Of Memory: 4 minutes 19 pour Rage et 4 minutes
56 pour Blood Stained Wedding, sans oublier les 4 minutes 9 du très pop You Can’t Run Away, second single dévoilé après Freeze My Mind.
Puisqu’on l’évoque, Freeze My Mind fut écrit il y a 18 ans et aurait dû, à la base, faire partie du premier album d’Emigrate, d’où l’expression consacrée “faire du neuf avec du vieux.”

Hypothetical est également une reprise mais d’Emigrate lui-même, laquelle figurait sur l’album Silent So Long en 2014, à l’époque en featuring avec Marilyn Manson. Là non plus, on ne s’éloigne guère de Rammstein, à l’instar du rock bien rentre-dedans d’I Am Still Alive agrémenté de bout en bout de bonne gratte. Richard Z. Kruspe crie à qui veut l’entendre sa joie d’être en vie, s’émancipant en outre pour un temps de sa formation d’origine et de la domination de Till Lindemann.

Come Over et ses arrangements bidons revêt peu d’intérêt, monotone et sans saveur. Tout l’inverse de l’entêtant You Can’t Run Away où claviers et orchestre de musique classique font mieux que se défendre face à la guitare. Et que dire de la voix de Richard qui dirige cet attelage à la perfection. Ce tiimbre vocal n’est pas sans nous rappeler, uniquement sur You Can’t Run Away, des accents d’un certain Gerry Cinnamon, particulièrement sur les mots “away” et “day.” On peut dire que le choix de ce single s’est avéré judicieux, ce qui est hélas loin d’être le cas pour tous les albums!

La palme d’or de The Persistence Of Memory revient donc à Blood Stained Wedding, le morceau le plus abouti. ça commence comme une ballade et ça monte en puissance au fil de l’interprétation avec, en fil rouge, quelques notes de piano en introduction comme en conclusion. Bien qu’Emigrate n’ait rien inventé, que l’on soit encore en présence d’un copier/coller de Rammstein, Blood Stained Wedding, à l’image de Rage et d’I Am Still Alive, met littéralement le feu aux poudres. 4 minutes 56 c’est déjà pas mal mais, exigents que nous sommes, on en voudrait encore plus!

Cet album d’Emigrate, pour attendu qu’il était, souffle le chaud et le froid. Tantôt le beau Richard nous embarque dans un électro redondant et indigeste, tantôt il nous gratifie d’un rock surpuissant comme sur I Am Still Alive ou encore, bien entendu, ce fabuleux Blood Stained Wedding.
Toujours est-il que cette expérience solo n’est pas un feu de paille pour Emigrate, qu’elle semble s’inscrire dans la durée et cela même si les divers albums paraissent au rythme de croisière d’un tous les 4 ans
(3 ans se sont écoulés entre A Million Degrees et The Persistence Of Memory).

Lors de son prochain album, Emigrate gagnerait certainement à être plus imaginatif et à sortir des sentiers battus tracés par Rammstein.
L’affranchissement a bien été tenté avec You Can’t Run Away mais reste quelque peu timide. Alors, cher Richard, s’il y a un conseil à te donner, il serait tout simplement de suivre ta propre route. The Persistence Of Memory n’est pas, on en convient, totalement mauvais mais il ne restera pas pour nous un souvenir impérissable. En résumé, quelques bonnes pépites et un goût d’inachevé!

-Jean-Christophe Tannieres

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