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DÄTCHA MANDALA, Hara

Comme dit succinctement dans un post précédent, le monde d’après ne pourra artistiquement pas se passer des formations d’avant. Ni de celles qui étaient en développement ou en plein essor (on peut penser à Bandit Bandit qui avait planifié la sortie physique de son 5-titres en mars 2020…).

Des disques qui sont sortis pendant le confinement version française – ou après son issue – n’ont pas été suffisamment mis en lumière. Ou très vaguement à la lampe-torche. Voir l’encart concédé par Rock&Folk pour Hara, le nouveau Dätcha Mandala : 17 mini-segments de 4cm sur une surface pas plus grosse que 40cm2, pochette comprise ! (p80 du numéro de juin 2020). Risible ! Autant ne rien écrire dessus si c’est pour faire semblant et ne pas mettre en évidence les choix du trio, les continuités, les ruptures majeures avec le précédent et génial Rokh (chroniqué autrement dans les colonnes de SR, lien ci-joint). De qui se moque-t-on ? Des lecteurs qui payent encore pour du papier glacé ? Ah, la presse papier se meurt… Assurément des artistes, qui s’engagent à leurs frais, bien trop souvent, afin d’accoucher d’idées musicales pour lesquelles on fait mine d’avoir posé une oreille sur ces minutes de sons enregistrés, ré-enregistrés, retravaillés (Eht bup par exemple). Idem pour les démarches graphiques, clips vidéo, le choix des photos, etc. Alors R&F, quid de cette pochette? Ici, l’œil fait face à une sublime réalisation de Markel Urrutia, pochette  arborant une chimère mi-humanoïde, mi-harpie (?), surmontée d’un casque de cervidé (on pense aux Celtes, aux druides) soufflant dans un cor aux fioritures très art nouveau, le tout ceinturé de flammes et volutes semblables à des fumerolles .

Alors, essayons de proposer davantage d’exposition à ces œuvres et ces artistes, pour qui l’absence de concerts hier, aujourd’hui et demain (…) empêchent littéralement de faire connaître leur travail à leur juste mesure, voire d’en vivre.

 

Devant cette situation sanitaire inédite, certains artistes, leur label souvent, avaient décidé de décaler de 2 mois, davantage parfois, la date de livraison de leur album, cela afin de ne pas passer à la trappe. Ce fut le cas de Hara. Initialement prévu pour avril, il a ensuite été repoussé à deux reprises: premièrement au 05 juin, date maintenue pour sa diffusion digitale sur les plateformes, puis sa présence dans les bacs fut définitivement reportée au 19 du même mois. Découvrons la source première de ce souffle vital (« Hara » dans le texte) porté par la formation de Mérignac. Plus qu’un souffle, c’est un vent donnant un cap qui s’est dessiné dès la mise en ligne du clip de Stick it out. Un riff monstrueux proche de Muse, porté par un clip étrange avec le pulpfictionnel La Crampe évoluant dans un hangar maculé de détritus. Une dénonciation d’une société décadente, hyper-consommatrice, donc ultra-polluante et proche du collapse (“l’effondrement” dans la langue de Molière), théorie médiatisée par Jared Diamond au mitan des années 2000. A ce sujet, le groupe nous avait déjà aiguillés sur son désir de traiter cette thématique, lors de notre échange en avril 2019 au Noumatrouff de Mulhouse (interview ci-jointe).

(Dätcha Mandala, Stick it out)

 

Si Rokh fut le disque qui assura vraiment l’essor d’un trio qui avait pris son temps (“… Ces 8 titres correspond(ai)ent à une période de travail de 9-10 ans. …”, dixit Nicolas Sauvey), cette nouvelle galette peut garantir sa légitimité dans le paysage sonore français actuel. Tout comme l’album frappé d’un phénix était porté par un zéphyr au fondement 70’s, avec une sensualité à la Led Zep (Have you seen the light), on peut retrouver dans ce 11-titres cette charge heavy, rentre-dedans et l’emploi remarquable de cette voix haut-perchée du chanteur-bassiste (Tit’s, Who you are, …), même si désormais elle apparaît sur quelques morceaux plus nuancée, plus posée. Déjà palpable avec Misery, la filiation avec Queen ne se dément pas à l’écoute de Morning son. Avec ses quasi-5 minutes, son intro au piano, cette voix mercurienne, ses guitares harmonisées lors du solo de Jérémy Saigne, signature indélébile de Brian May (tout comme les petites montées de gamme plus loin sur Eht bup), et rappelons-le, Clive Martin comme 4e homme côté enregistrement, le rapprochement est inévitable. Renforcé même avec Sick machine, la plage suivante tapissée de filtres du sol au plafond, une marche heavy/funky/whammy que le boss de Third Man Records aurait pu intégrer dans Boarding house reach, son étonnant album crossover de 2018. Jack White, voilà une transition toute faite pour évoquer les racines bluesy de Dätcha Mandala. Là encore, continuité avec Rokh : le souffle moite du bayou se glisse jusqu’aux oreilles de l’auditeur avec Mother god, puis deux titres plus loin, gagne en authenticité avec Missing blues et cette voix saturée capturée directement à l’arrière-train de l’harmonica. Un moment artistique qui redessine aisément les espaces fantomatiques louisianais traversés par une mystique et une spiritualité syncrétiques de différents continents.

De nouveau, la liaison est aisée entre Rokh et Hara. Après Loot ou Human free, Dätcha Mandala réitère le coup avec Moha, un titre pensé tel un creuset musical, dans lequel motifs et soli orientaux, effet de sitar indien, percussions africaines et chœurs enjôleurs se marient de façon limpide au rock dévolu à la déesse Saturation. En somme, une orchestration magistrale gorgée d’influences tous azimuts.

Certes l’emprise des seventies est trop profonde chez DM pour la balayer en un seul album. N’empêche, avec cette nouvelle production le trio se tourne davantage vers ses contemporains. Susdit et au premier chef, Jack White. Mais bien d’autres aussi. Egalement suggéré, il y a indéniable Muse, déjà ressenti sur une ancienne mouture de Misery. D’abord sur le plan scénique, le parallèle est probant, tant Dätcha Mandala lâche la bride sur les planches. Et c’était avec un plaisir non feint qu’il aurait été appréciable de les revoir cette année à Strasbourg,  précisément le 29 mars à La Maison Bleue, aux côtés de James Leg et Powersolo… Une date tout bonnement annulée à l’heure actuelle. J’enrage encore ! Souhaitons à nos voisins allemands et espagnols que les tournées prévues pour le second semestre 2020 puissent se tenir. (…) Sur disque, le caractère débridé du trio britannique à l’époque d’Origin of symmetry et d’Absolution se retrouve dans celui de Mérignac par le truchement de basses gonflées à bloc, de riffs colossaux (comme ceux jadis improvisés par un Matthew Bellamy bien inspiré lors de concerts et que l’on retrouvait sur la production suivante. Petite digression afin de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain lorsque l’on prononce le nom de Muse aujourd’hui: à titre d’exemple, réécoutez le dantesque live des Eurocks 2002 dans lequel on découvre, entre autres, les amorces du furieux riff de Stockholm Syndrome) mais aussi la frappe robuste et subtilement versatile de JB Mallet, capable de délicatesses sur On the road. Ici les Girondins nous offrent un titre folk aux chœurs élégants dans la pure tradition des Crosby, Stills, Nash (et Young); un air de déjà vu au combien savoureux.

Enfin, concluons avec Pavot, point d’orgue stupéfiant de l’opus. Avec son soupçon de stoner rock et de Smashing Pumpkins (si si, écoutez les guitares de Tarantula, le 1er single de Zeitgeist…), cette conclusion bouillante aboutit à un paroxysme sonore, à du Royal Blood-core jouissif : hurlements, distos pour tous – surtout la basse ! –, batterie endiablée, effets exubérants, ruptures nombreuses… n’en jetez plus, le morceau se termine dans une déclamation comme captée au terme d’un live, où tout groupe en profite – adrénaline oblige – pour maltraiter instrus et auditoire éreinté.

 

Finalement, sur les 13 titres qu’ils avaient enregistrés l’an passé, Nicolas, JB et Jérémy en ont seulement mis deux de côté après leur passage au studio angevin Black Box. Hara est marqué par une esthétique musicale protéiforme et, tout en restant raffiné, il s’accompagne également d’une non moins forte éthique morale prônant une forme de sobriété avec comme horizon, l’environnement et l’écologie au sens large du terme. Nul doute que la pandémie actuelle puisse à plus d’un titre les conforter dans leur(s) théorie(s). On souhaite au groupe de pouvoir assurer une promotion digne de ce nom chez nos voisins : des tournées outre-Rhin, mais aussi par-delà les Pyrénées sont actuellement prévues pour l’automne et l’hiver prochains. Une confirmation, en cette période teintée de sinistrose, que le rock français tabasse et peut être viral !

 

(Dätcha Mandala, Eht bup)

 

Artiste : DÄTCHA MANDALA
Album : Hara
Label/distribution : MRS Red Sound / Idol
Date de sortie : 19/06/2020
Genre : rock
Catégorie : Album rock

 

Pour suivre Dätcha Mandala, il y a

leur site: https://datchamandala.bigcartel.com

leur Bandcamp :  https://datchamandala.bandcamp.com/album/hara

leur page Facebook: https://www.facebook.com/datchamandala/

 

-Mots et photos : Benoît GILBERT (Le Noumatrouff, Mulhouse, le 26 avril 2019), sauf affiche Germany Tour 2020: Julien DUPEYRON

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