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DÄTCHA MANDALA, Rokh

Paraît-il que ce n’est pas un cadeau d’ouvrir pour les Insus : à 19h, il n’y aura alors que 20 à 30 000 spectateurs dans le Stade de France, dixit Louis Bertignac. Tu m’étonnes que ce n’est pas un cadeau mais bien Noël avant l’heure. Et en même temps, les Dätcha Mandala le valent bien. C’est vrai qu’avec leurs crinières, ils pourraient également être plébiscités par la petite boite de feue Liliane, mais restons terre à terre. La musique, rien que la musique. Après un 45t sorti l’an passé, ce trio bordelais finit 2017 en grande pompe grâce à Rokh, un 8-titres d’excellente facture, sublime pied de nez ou coup de latte à la morosité ambiante.

Le grand reboot du rock français

2017, excellent cru pour le rock made in France. Oui l’Hexagone est capable de libérer des énergies folles et, à l’heure des bilans, voilà le tiercé : Last Train, Lysistrata, Johnny Mafia. Pardon, avec Dätcha Mandala c’est un quarté. Mêler le blues, devenu heavy metal dans les 70’s, au space rock de Queen tel est le culot que la formation s’est payée. Et ça fonctionne à merveille dès l’impressionnant premier titre, Have you seen the light. Les passages suaves et groovy, dominés pas la basse funky de Nicolas Sauvey et la batterie de JB Mallet, se lient délicieusement aux assauts saturés du guitariste Jérémy Saigne. On se la repasserait bien en boucle tant la chose est maîtrisée. Respect dû aux 7 titres puissants et nerveux qui suivent (à l’instar d’Anâhata et sa brutalité sabbathienne), avançons. On rejouera le disque après ! Avec Da blues, les Bordelais confirment que la France est à la colle cette année avec ce genre musical rugueux et céleste né dans le delta du Mississippi (j’aurai pu aussi citer plus haut Dirty Deep, voilà finalement le quinté). Bref, ça prend aux tripes, la magie opère à merveille.

 

Forte de plus 450 concerts à son actif en France, mais aussi au Royaume-Uni – elle jouera très prochainement en Allemagne-, la bande a ciselé ses compositions afin de créer une véritable alchimie musicale, riche en subtilités et en émotions. Certains titres de Rokh ont un ancrage lointain et plusieurs vies. Débutant en 2009, le trio pond son premier effort deux ans plus tard, Eden sensuality. Au cœur des 9 morceaux, il y a déjà Misery et Loot. Dans sa prime version, Misery ressemble à du Muse période Origin of Symmetry, tant pour la voix décomplexée que pour la rondeur de la 4-cordes et l’omniprésence des saturations. Le titre a été revisité afin de devenir un opéra rock à la Queen, notamment avec l’arrivée d’un piano ; les envolées sont toujours là, mais bien plus travaillées. Idem pour Loot. Deux minutes ont été rajoutées afin d’en faire un final épique de plus de 11 minutes ! Les accointances avec RATM dans la guitare se sont estompées (mais sont toujours palpables) au profit d’un tour du monde musical engoncé dans un univers prog, résolument tourné vers l’orient (présence de sitar). De même pour Human free déjà présent sur un EP en date de 2014. Là, c’est un pas en direction du No quarter, de Plant et Page, et de la world music qui a été effectué.

Uncommon travel et Smiling man sont aussi des titres magistraux qui font voler en éclats les frontières musicales. Si le premier est marqué par un psychédélisme endiablé à la Wolfmother faisant bon ménage avec des paroles et des chœurs africains, le second brouille définitivement nos boussoles. On semble apercevoir le désert étatsunien, un serpent à sonnette avant de finir ce voyage peu banal dans une opérette italienne. Du génie à l’état pur.

Si l’apanage de l’excentricité vocale sur la scène hexagonale revenait de droit dans les années 2000 à Jessie Chaton, leader de Fancy, une décennie plus tard Nicolas Sauvey mérite également sa palme. Insolent, généreux et comme ensorcelé dans ses élans vocaux, le chanteur balance ses salves aigues avec une assurance folle (Have you seen the light, …). Nombre de crieurs reviennent alors à l’esprit, de Plant à Mercury, en passant par Buckley et même Joplin. L’homme paraît possédé (le final de Da blues) et ses plaintes envoûtantes peuvent se transformer lors des choeurs en incantations en prise avec un ailleurs oriental, voire africain (Loot, Uncommon travel).

 

Pris sous l’aile des Insus, chaleureuse et confortable, ainsi que celle de Clive Martin pour l’enregistrement, Dätcha Mandala s’est envolé. Leur imagerie léchée ne nous mettra pas en défaut : un phénix, pardon un rokh s’abat sur l’auditeur, portant dans ses larges ailes flamboyantes d’illustres visages, Bowie, Lemmy, Janis, Rimbaud, etc. Si vous manquiez de peps ou de tonus en cette fin d’année, Rokh est le remède. A la poubelle les alicaments ou autres comprimés mariant les vitamines! Injectez cet album dans vos enceintes, décollage assuré.

-Benoît GILBERT

(Have you seen the light)

Artiste : DÄTCHA MANDALA
Album : Rokh
Label/distribution : MRS Red Sound
Date de sortie : 10/11/2017
Genre : rock
Catégorie : Album rock

 

 

 

 

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