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INTERVIEW – DÄTCHA MANDALA

Dätcha Mandala, Le Noumatrouff, Mulhouse, le 26 avril 2019, Benoît GILBERT

Quelques minutes avant que ne débute une remarquable soirée au Noumatrouff (dont le porte-folio est à retrouver en cliquant sur le lien suivant), les Dätcha Mandala reçoivent Sensation Rock dans leur loge pour échanger un instant. C’est l’occasion de les interroger sur Rôkh, chose impossible il y a un an lors de leur passage à la Laiterie. A l’issue de leur première partie de Phil Campbell and The Bastard Sons, le trio de Mérignac pouvait être heureux d’avoir conquis un public initialement acquis à la cause de l’ex-Motörhead. Une vraie conquête même tant il était difficile d’approcher le stand de merchandising qui s’est largement vidé ce soir-là à Strasbourg. Bref, ce soir nous sommes posés et pendant cet entretien il est aussi question du nouvel album à venir, ainsi que de la notion de déclin…  

 

Sensation Rock – Quelques sont vos sensations quelques minutes avant votre concert ce soir au Noumatrouff? 

Jérémy – On est confiant et très excité de jouer.

Nicolas – C’est la deuxième fois que l’on vient jouer à Mulhouse. La première fois, c’était au Vox et c’était il y a quatre ans et demi avant une tournée allemande. Ce soir c’est aussi l’occasion de retravailler avec notre ami Panpan, chose qui ne c’était pas produite depuis longtemps. Sinon, lors des balances le son était super sur la scène du Noumatrouff.

JB – Ouais, la première fois c’était en décembre 2014. C’est vrai que le son de la salle est chouette.

Dätcha Mandala – Tournée d’hiver, 2014

 

Dätcha Mandala, Le Noumatrouff, Mulhouse, le 26 avril 2019, Benoît GILBERT

Sensation Rock – Concernant la setlist du soir, y aura-t-il uniquement des titres de Rokh ou proposerez-vous de nouvelles choses? 

Jérémy – On joue un set de 45 minutes au cours duquel nous ferons trois, quatre nouveaux morceaux.

Nicolas – En gros, il y a un morceau qui n’est  jamais sorti et qui est vraiment inédit. Effectivement quand on nous laisse davantage de temps, on fait plus de nouveaux titres. Ce soir, c’est un mix entre Rökh et ce qui doit sortir prochainement.

 

Sensation Rock – Justement, revenons sur ce disque. Quels ont été les retours concernant Rökh, album que vous défendez sur scène depuis un an et demi?

Jérémy – C’est plutôt positif, chaque soir, on nous en achète pas mal.

Nicolas – Tous les retours sont bons et c’est la première fois que l’on en vend autant en si peu de temps. Donc tout se passe bien; ça n’a jamais aussi bien marché depuis le début. 

JB – On n’a pas eu à proprement parler de retours négatifs. C’est plus des échanges, des réflexions sur l’approche artistique du son, la production. On a été plutôt surpris de personnes qui disent l’écouter souvent. Ça nous touche beaucoup parce que ce sont des morceaux que nous avons composés entre 18 et 22 ans, dans notre local.

 

Sensation Rock – C’est un album très fouillé, avec une multitude d’influences. Les années 70, Robert Plant, entre autres, dès les premières secondes du second titre, Da Blues

Nicolas – avec le jeu de basse!

Sensation Rock – Oui oui, évidemment le jeu de basse…. Robert Plant, le bassiste! (Gros rires)

Nicolas – En personne; lui-même (sourires).

Sensation Rock – Plus sérieusement, il y a un caractère asiatique très assumé. Africain aussi avec ces voix, très solennelles, qui s’élèvent sur la fin du dernier titre qu’est Loot. C’est grandiloquent même. Comment arrive-t-on à mettre tout cela dans un album de seulement 8 titres? 

Jérémy – Ce qu’il faut dire, c’est que ces 8 titres correspondent à une période de travail de 9-10 ans. 

Dätcha Mandala, Eden sensuality (2011)

Nicolas – C’est un peu le best of de nos dix premières années. C’est notre 3e opus, un 3e format d’album aussi mais officiellement c’est le premier. Avant, on s’appelait Honky Tonk, on avait fait une démo avec une dizaine de titres. Ensuite quand on s’est rebaptisé Dätcha Mandala, on a fait une nouvelle démo, qui s’appelait Eden sensuality (2011), que l’on considérait comme notre premier album et qu’aujourd’hui nous considérons comme une démo sérieuse. Et Rôkh est donc notre premier album officiel, tel un best of depuis nos débuts. Un melting pot d’influences en quelque sorte.

Jérémy – On a aussi des goûts variables. Le terreau fertile, c’est les années 70 que l’on a en commun. Mais on écoute des choses bien différentes.

 

Sensation Rock – Et si vous aviez un artiste des années 70 qui vous semble incontournable, quel serait-il? 

Jérémy – Hendrix.

JB – AC/DC.

Nicolas – Plant, Led Zeppelin, si l’on doit rester dans les années 70. Sinon, toute époque confondue, Buckley.

 

Ko Ko Mo, La Poudrière, Belfort, le 12 avril 2019, Benoît GILBERT

Sensation Rock – Et cette voix très aiguë qui parcourt le disque, à la réécoute aujourd’hui, elle m’a aussi fait penser à Ko Ko Mo. 

Nicolas – Ben oui, mais lui (Warren Mutton, NDLR), il est encore plus aigu!

Jérémy – Il y a aussi un point commun avec les cheveux aussi (sourires).

JB – Et les habits…

Sensation Rock – Cette voix portée très haut, c’est osé. 

Nicolas – Osbourne (jeu de mots générant un gros rire collectif). On naît avec une épaisseur de corde vocale certaine. Comme des cordes de guitare, de violon ou de contrebasse, on va avoir une tessiture liée à cela. Naturellement, j’ai eu des codes vocales très fines. Du coup, je monte naturellement dans les aigus. Sur le premier album, je descends rarement dans les graves. A l’inverse, sur le deuxième album je l’ai plus exploitée et j’apprécie de plus en plus de moins chanter tout le temps “là-haut”. Naturellement, c’est ce qui sort. C’est cool si ça plaît.

 

Sensation Rock – Et ce registre world music, musique africaine. D’où vient cette envie de jouer un registre transe, tribal?

JB – Il y a toujours cette basique blues: je pense notamment à Human free. En fait, c’est un morceau construit comme un blues en douze mesures et finalement la racine du blues et de la musique occidentale c’est l’Afrique, les esclaves…

Nicolas – On la retrouve aussi sur Loot. Le côté plus oriental, tribal, c’est sur Human free. Et le côté africain c’est dans Loot, notamment avec les chants africains.

JB – Je pense aussi à Smiling man, très acoustique et clairement dans un autre registre. Des fois c’est simplement ce qui nous tombe sous les doigts et ensuite on se laisse porter par l’inspiration du morceau.

Jérémy – Ça dépend aussi de ce que l’on écoute sur le moment…

JB – Oui mais pour cette dernière, on n’a pas écouté de chants bolcheviks. On a fait ça pour se marrer, on trouvait ça cool.

Jérémy – Par exemple pour Loot, on écoutait Tool…

JB – Et d’ailleurs c’est l’anagramme. Un coup de bol aussi parce qu’en anglais ça signifie “pillage” et Nico a eu l’idée de parler de l’esclavage.

Sensation Rock – Ce morceau contient des paroles africaines. 

Nicolas – Il y a un petit gimmick, “Amanaté ouétou anama amanaté” c’est tiré du film Invictus. Durant la musique d’introduction, il y a un chant sud-africain qui signifie “Que Dieu bénisse l’Afrique” (il se met à chanter). Et j’avais bien aimé les onomatopées, les sons. Je l’ai simplifié et sur Loot c’est sorti tout seul et en mélangeant les syllabes ça a produit une sorte de mantra.

(Dätcha Mandala, Loot)

 

Sensation Rock – Et quid des nouveaux titres? Y aura-t-il ces influences africaines, orientales ou les 70’s seront-elles davantage imprimées? 

JB – Je crois que l’on est sorti du carcan 70’s, avec une approche plus moderne du son. A la base, on ne s’est jamais dit que l’on allait faire un groupe 70’s, revival.

Jérémy – Ayant pris le parti de faire un disque en analogique, c’est tout de même une démarche old school.

Nicolas – Les nouvelles compos sont venues sur une période bien plus courte cette fois-ci, mais la différence entre les morceaux est encore plus grande. On s’est permis des grands écarts stylistiques; on s’est beaucoup amusé.

 

Dätcha Mandala, Le Noumatrouff, Mulhouse, le 26 avril 2019, Benoît GILBERT

Sensation Rock – Ces nouveaux morceaux ont-ils été créés sur la route ou avez-vous eu le temps de vous poser? Car, rappelons-le, vous tournez beaucoup…

JB – Oui mais on n’est jamais vraiment loin de chez nous longtemps: on part le weekend, on revient la semaine…

Nicolas – Beaucoup de choses ont été faites à la maison, à la salle de répétition. Mais c’est d’abord le résultat de ce que l’on a vécu sur la route.

Jérémy – Sur le prochain album, il y a davantage de morceaux que Nico a écrits seul, ou de mon côté, … Il y a l’univers personnel de chacun avec ensuite un gros travail collectif.

Nicolas – Finalement, une palette encore plus large…

Jérémy – On est en plein dessus et c’est pas évident de faire un tracklisting qui nous plait, …

Nicolas – Et surtout raconter une histoire cohérente.

 

Sensation Rock – Vous lorgnez donc en direction d’un concept album? 

Nicolas – Quasiment. 

Sensation Rock – Et quelle en sera la thématique? 

Nicolas – On met pas mal en avant l’idée d’effondrement à venir, des choses intérieures et extérieures pour faire face à cela afin de l’accueillir et le traverser. Avec des thèmes psychédéliques, absurdes, humoristiques presque, très imaginés, un peu oniriques associés à d’autres plus terre à terre, concrets… une chanson d’amour, ou évoquant un lâcher prise complet. Il y a de tout: la vie, la mort, l’amour, etc. D’ailleurs, on ambitionne une petite surprise pour la sortie physique du disque. Mais, surprise! 

 

Sensation Rock – Cette question du déclin, de l’environnement, c’est très en phase avec l’actualité. C’est presque un message politique. 

Jérémy – On n’est pas politique au même titre que Rage Against The Machine.

Nicolas – C’est plus global que politique. C’est en lien avec la racine de la vie. C’est peut être un engagement politique, mais d’abord un engagement humain. Aujourd’hui, plus que jamais et je pense que tout le monde le sent…

 

Sensation Rock – C’est un déclin mais rien n’est joué, rien n’est mort. Votre premier album, Rokh, c’est un oiseau de type phénix, qui se régénère.

Jérémy – C’est majeur de garder espoir. 

Nicolas – Quelque chose qui s’arrête n’est pas forcément un mal en soi, c’est peut être une chance de rebondir avec quelque chose de mieux. C’est la fin d’un cycle mais le début d’un autre.

 

Sensation Rock – Avez-vous une deadline pour sa sortie? 

Jérémy – On souhaite le plus tôt possible. Par rapport au label, on a été beaucoup aidé pour la sortie du premier par celui de Mars Red Sky (MRS Red Sound, NDLR). Pendant longtemps on était en négociation avec un autre label qui a tergiversé pendant six mois… Pour ce nouveau album, on souhaiterait un label plus conséquent. Là, c’est vraiment celui des Mars Red Sky, il n’est pas centré sur la production discographique. Donc, on espère au mieux fin d’année 2019, voire début 2020.

JB – Pas avant 6 mois.

Jérémy – On est encore sur les mixages.

Nicolas – On a enregistré 13 titres. Nos problématiques aujourd’hui sont les suivantes: combien de chansons va-t-on mettre sur le disque? Combien peuvent rentrer sur un vinyle? Est-ce qu’on peut envisager un double album? Est-ce que l’on peut se le permettre? etc.

Jérémy – En attendant, on les joue en live pour se familiariser avec les morceaux. On les mixe avec ceux de Rokh.

 

Sensation Rock – Y aura-t-il des clips pour lancer et promouvoir l’album? 

Nicolas – C’est possible qu’il y en ait deux ou trois au minimum. Des clips vraiment sérieux et qui puissent toucher un maximum de monde. 

(Dätcha Mandala, Mojoy)

 

Sensation Rock – Question subsidiaire : toujours des contacts avec les Insus? 

Nicolas – Alors, on envoie des messages mais on n’a pas toujours des réponses… (rires) Plus sérieusement, on a une date avec Louis Bertignac.

JB – C’est le 03 août au Fest In Pia à Perpignan. D’ailleurs, on a découvert une vidéo dans laquelle il est super élogieux avec nous; c’était au cours d’une interview. 

Jérémy – Il nous avait invités chez pendant deux, trois jours pour faire du son. C’était un privilège. Il est cool et très avenant.

Nicolas – On s’est entraîné là-bas, on en avait profité pour faire du maquettage. Et on a fait des jams de ouf!

Jérémy – Des reprises surtout et des sessions Facebook parce qu’il aime bien faire ça. C’est une chose d’être chez lui, le matin avec un café… tu discutes comme maintenant, mais c’est carrément un autre homme quand il prend sa guitare: il dégage un truc.

Nicolas – C’est plus le même homme: dès la première note tu sens le son qu’il a dans les doigts. C’est un homme passionné.

Jérémy – C’est vrai qu’il est cool, mais les autres aussi, Aubert ou Kolinka et cela avant même le Stade de France. Ils nous remerciaient d’être là. 

 

Sensation Rock – Le mot de la fin. 

Nicolas – Profiter de la vie.

JB – Essayer de faire sa part du travail, comme le colibri pour amoindrir l’effondrement de l’espèce, de la vie en général. Par exemple, notre tourneur a décidé de lutter contre les bouteilles en plastique qui sont omniprésentes dans les salles de concert et qui sont jetées sans être finies. Depuis aujourd’hui, on a donc des gourdes en inox, c’est une maigre part mais si tout le monde s’y met ça sera forcément une bonne chose. 

Dätcha Mandala, Le Noumatrouff, Mulhouse, le 26 avril 2019, Benoît GILBERT

 

Propos recueillis et retranscris par Benoît GILBERT

photos: Benoît GILBERT, sauf l’affiche de la tournée 2014: Sandra BASSO

Merci au groupe et son entourage pour leur disponibilité et leur jovialité!  

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