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JACCO GARDNER, Hypnophobia

Tout droit sorti des limbes psychédéliques d’un autre âge, le jeune prodige hollandais nous offre un deuxième album possédé, Hypnophobia, absolument superbe. Les nostalgiques insomniaques peuvent enfin rêver éveillés sans drogues dures…

Son premier album (Cabinet Of Curiosities, 2013) avait véritablement créé la surprise. Oscillant entre un Syd Barret pas encore décroché, un Brian Wilson toujours surfeur et autres pépites de Peebles ou de Nuggets, le sidérant batave Jacco Gardner (prononcé Yacco) semblait se réveiller d’un coma de 45 ans, comme si rien ne s’était passé depuis 1967. Sa pop baroque sixties sonnait tellement vintage, que le sanguin Phil Spector doit encore se demander comment il a pu passer à côté à l’époque…Le tubesque Clear The Air avait traversé les charts européens autant que les âges, pour nous contaminer de son innocence surf garage sautillante. C’est que notre jeune Jacco (il est né en 1988) est un de ces explorateurs à l’ancienne comme on en trouve plus. Originaire de Hoorn, ville portuaire du plat pays des tulipes, d’où les plus grands découvreurs de terres du XVIIè commençaient leurs périples. Notre Hollandais devenu volant aura sans doute hérité de ce goût argonautique de la recherche poussée à l’extrême.

Bien que moins surprenant (on connait maintenant l’animal), Hypnophobia prolonge à la perfection l’approfondissement obsessionnel de son art jusque dans les moindres détails.Après les ingénues sixties, J.Gardner, multi-instrumentiste analogique, inspecte cette fois les limbes psychédéliques des seventies avec la précision d’un orfèvre suisse. Le premier titre, Another You, vous met d’entrée tout habillé dans le bain. Des claviers fantomatiques, une voix (comme les chœurs) toujours bourrée d’effets en tout genre, le ton, au millimètre, est donné. S’en suit l’instrumental et cinématique Grey Lanes, ballade psycho-pop contemplative façon Melody Nelson, absolument parfaite. Et chacune de ses compositions inspirées se déroulent comme un vieux film oublié dans le grenier, puisant audacieusement dans l’infinie banque de sons des glorieuses années LSD. Comme en témoigne encore l’excellent Find Yourself, qu’on croirait composé par Sky Saxon (The Seeds), et 1er clip sorti de cet album.

Images multicolores, visions d’un chevelu schizophrénique déjanté, hallucinant en roulant des joints à bord de sa Ford Capri. Cinématique est encore bien le mot pour le titre crimsonien donnant son nom à l’album, rappelant subtilement les thèmes des italiens de Goblin, groupe underground de l’époque, spécialiste des BO de films angoissés comme Suspiria de Dario Argento, ou Zombie de G.A.Romero. Dans un autre genre tout aussi 70’s, le picking de Brightly, qu’il accompagne de sa voix douceâtre et qui fini par (légèrement) s’emballer, n’est pas sans rappeler le Lauréat de Simon & Garfunkel, voir le Diabolo Menthe d’Yves Simon… Hypnophobia est une sorte d’errance ininterrompue en 8 pistes et 8mm, à l’intérieur du vieux rêve baroque dans lequel il se serai perdu.

Cet extra-terrestre funambule réussi en tout cas, là ou la plupart se sont pris les pieds dans le tapis, y compris ceux de l’époque, et c’est là toute la force de cet album remarquable. Mon coup de cœur du moment.

Artiste : Jacco Gardner

Titre :  Hypnophobia   

Label/distribution : Full Time Hobby Records

Date de sortie : le 4 mai 2015

Genre : Rock psychédélique

Catégorie : Album rock

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