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INTERVIEW JEAN-DANIEL BEAUVALLET

On ne présente plus JD Beauvallet, membre fondateur des Inrockuptibles et critique musical de grand talent. Un an après « Passeur » son autobiographie il nous revient avec « Les Années New-wave 1978-1983 », un livre qui fera date. Entretien.

« Je sais que tu avais écrit ce livre avant « Passeur » ton autobiographie et finalement il sort après. »
« Oui il était fini avant « Passeur ». On a changé l’ordre de sortie pour donner plus de visibilité à celui-là car on avait peur que « Passeur » ne le vampirise. »

« Est-ce que tu as pensé les livres l’un par rapport à l’autre ? »
« Pas du tout même s’il y a des choses communes entre les deux bouquins. »

« Comment as-tu choisi les cent groupes que tu cites dans le livre. Ce sont les combos les plus importants de la new-wave ou le choix est subjectif. »
« C’est totalement subjectif. C’est presque scandaleux de n’écrire qu’une demi-page sur The Jam par exemple. J’ai écrit de manière empirique sans plan d’action. »

« Est-ce qu’il y a des groupes que tu n’aimes pas dans ceux que tu cites ? »
« Non car par exemple je n’aime que « Fade to Grey » de Visage, je n’aime pas le reste et pourtant tu les trouves dans le livre. Il y a bien vingt, trente groupes qui n’ont sorti qu’un 45 et pour lesquels je me battrai becs et ongles. »

« Tu mets à chaque fois un album par groupe : c’est celui que tu considères le plus emblématique ? »
« Oui et non. Parfois je choisis de mettre l’album historique du groupe. Pour les Smiths mon album préféré c’et le premier qui objectivement n’est pas le meilleur. C’est même objectivement le moins bon mais c’est celui que je chéris. C’est difficile de choisir un album emblématique pour chaque groupe. Pour Joy Division quel est l’album emblématique d’eux : « Unknown Pleasures », « Closer », difficile à dire. »

« J’ai l’impression que ton livre est plus fait pour les gens qui veulent découvrir la new-wave que pour les spécialistes du genre. »

« J’ai plus pensé aux néophytes effectivement. Quand les amis de mon fils viennent à la maison je leur fais découvrir des disques. J’avais ça en tête pour le livre. Il y a un côté un peu algorithme dans ce livre. Je ne voulais pas mettre que des trucs obscurs, des choses cachées. Il aurait été absurde de mettre de côté les groupes les plus évidents de la new-wave, Joy Division, Cure. »

« Le livre s’arrête en 83. Pourquoi ? »
« 1983 c’est le moment où Cure, New Order, Depeche Mode deviennent majoritaires. C’est le basculement de l’underground vers le grand public. »

« Je pensais que tu avais arrêté là parce que plein des groupes new-wave commencent à sonner pop et plus new-wave à ce moment-là. »
« La cassure est à la fois stylistique et philosophique. Quand « Blue Monday » devient le maxi le plus vendu de l’histoire de la musique en Angleterre cela change tout. L’expression que je déteste c’est commercial apparait à ce moment-là. »

« Tu as dit qu’il était important d’écrire, comme tu l’as fait dans le livre, sur les villes où les choses se passent. »
« Oui. Tu te rends compte que certaines villes rentrent en ébullition grâce à une poignée d’individus. A Bristol tout tourne autour d’un unique disquaire, Revolver. Les punks à Liverpool, à Manchester, à Glasgow ne sont pas les mêmes. C’est dommage d’ailleurs que je n’ai pas écrit sur une ville comme Glasgow. »

« Manchester et Liverpool sont très différentes. »
« Liverpool vivra toujours sous le joug des Beatles. Manchester n’a jamais eu les Beatles. La ville pourra avoir les meilleurs groupes du monde elle n’aura pas eu les Beatles. A Liverpool les Beatles se rappellent à ton bon souvenir en permanence. »

« Tu parles beaucoup de Manchester dans le livre. C’est la Ville new-wave ? »
« Comme je te disais tout à l’heure quelques personnes peuvent faire bouger les choses. Tout le monde était au concert des Sex Pistols à Manchester : Morrisey, les futurs Joy Division. L’avantage de Manchester a été d’avoir eu Tony Wilson. »

« Tu y habitais dans ces années-là. »
« Je sentais à Manchester une excitation que je ne sentais pas à Liverpool. Dans cette ville je pouvais faire trois concerts dans la même soirée. Il y avait une vraie effervescence alors même que les quartiers musicaux se concentraient sur trois rues. »

« Il y a un son particulier dans cette ville. »
« Oui Peter Hook parle de ce sifflement particulier que tu entends à Manchester. Tu peux entendre ce grésillement dans les disques de Joy. »

« Tu as choisi une photo de couverture avec Joy à Manchester. C’était une évidence ? »
« C’est presque un caprice cette photo. Elle a été prise par Kevin Cummins. Je voulais une photo rare de Joy Division. Il y a tout dans ce cliché : la rigueur, le côté géométrique. »

« Tu parles beaucoup des Etats-Unis. On évoque trop peu le fait que la new-wave c’est aussi l’Amérique. »
« Tu as raison. Echo ne serait jamais devenu Echo sans Television. Les scènes anglaises et américaines se nourrissaient l’une l’autre. Il y a moins une obsession du look aux Etats-Unis qu’en Angleterre. Au CBGB tu avais tous les soirs Patti Smith, les Ramones, Blondie, Johnny Thunders…La scène new-yorkaise est assez intello. Ils ont un bagage que n’ont pas les jeunes anglais. Ils citent Rimbaud, Verlaine. »

« Tu cites quelques groupes français dans le livre. »
« C’est important de montrer qu’il y avait une scène new-wave en France, pas que Téléphone. J’avais filé un disque d’un groupe montpelliérain, Provisoires au label Factory. Ils étaient fans d’eux. Kas Product, Marquis de Sade vendaient peu mais avaient un public. Kas Product était un groupe qui avait une vraie originalité. »

« Tu n’es pas branché que new-wave. Pourquoi avoir consacré un livre à ce genre musical ? »
« Je me suis construit avec le Velvet, Bowie. Avec eux et Kraftwerk tu as l’ADN de la new-wave. J’écoutais Bowie à 12, 13 ans mais j’étais tout seul. Avec la new-wave je suis dans un truc collectif. »

« Tu écoutes encore beaucoup de new-wave ? »
« Non pas spécialement. J’écoute du classique, de la musique électronique africaine. »

« Tu as choisi Jehnny Beth pour écrire la préface du livre. Pourquoi elle ? »
« Elle n’était pas née à cette époque mais elle fait sa musique avec passion. Il y a une filiation évidente avec la new-wave dans ce qu’elle fait, dans ce qu’elle est. »

« Que représente la new-wave pour toi aujourd’hui ? »
« J’écoute encore beaucoup Joy. J’en ressens le besoin, presque physiquement. Rien ne me fait plus plaisir qu’un jeune groupe qui les reprend. »

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