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INTERVIEW – EIFFEL

Sept ans après Foule Monstre Eiffel nous revient enfin. Stupor Machine le nouvel album montre un groupe en grande forme. Un disque à l’univers sombre qui baigne dans une thématique d’anticipation assez noire. Rencontre à Paris avec Romain et Estelle Humeau.

 

Sensation Rock – Le nouvel album sort sept ans après Foule Monstre. Vous avez été durant ces années chacun dans vos projets solos mais il y avait toujours l’idée d’un nouveau Eiffel ? 

Eiffel – On ne s’est jamais déformés. C’était une pause à durée indéterminée. On avait dit après l’album précédent que la pause serait de deux, trois ans. Au bout de ces deux, trois ans, on a senti que ce n’était pas encore le moment. Il y a d’autres éléments qui ont fait que cela a pris plus de temps que nous ne l’avions pensé initialement. Il n’était pas prévu que Mousquetaire 1 et 2 de Romain sortent en deux fois mais en une seule. Estelle et moi avons monté une maison de disque afin de distribuer Mousquetaire 2. Les maisons de disques ont accepté Deezer, Spotify et toute cette merde. Elles vont disparaître. Nous nous sommes dit qu’il fallait anticiper cela. On fait de la musique de manière professionnelle. Cela prend du temps. 

 

Sensation Rock – Le fait qu’il n’y ait pas eu de changement de line up durant ces sept ans a dû être plus facile pour se retrouver. 

Eiffel – Depuis 2008, le groupe n’a pas bougé. Nous ne sommes pas romantiques au point de se dire que l’on va créer un groupe et que cela va durer pour la vie. C’est bien pour une relation amoureuse, moins pour un groupe. On aime la façon de créer d’un Damon Albarn qui a plein de projets différents.

 

Sensation Rock – Vous avez eu plein de collaborations extérieures depuis vos débuts. 

Eiffel – Oui, c’est enrichissant. On trouve même qu’on aura pu en faire davantage. On aimerait aussi que des collaborateurs extérieurs interviennent dans Eiffel. 

 

Sensation Rock – Vos projets solos nourrissent Eiffel ?

Eiffel – De façon subliminale. La composition est importante mais ce n’est pas tout. L’humeur, l’attitude l’est également et elle vient de ce que chacun fait dans ses projets solos. 

 

Sensation Rock – Le nouvel album est très rock.

Eiffel – Oui, on a mis des pianos, des synthés mais on voulait un côté tranchant au niveau de la production. On aime les Kinks, les Hives, ce truc un peu garage que l’on trouve noble. Sur Foule Monstre, les guitares étaient encore là mais il y avait l’idée de mettre un truc à la Gorillaz qui a donné un côté un peu trop emphatique. On a voulu retrouver dans cet album la folie rock’n’roll, l’arrogance. Le disque est assez pessimiste dans le propos et c’était intéressant d’y mettre un côté rock 50’s positif. 

 

Sensation Rock – C’est votre premier album où le titre de l’album est en anglais. 

Eiffel – Pour nous, ce ne l’est pas forcément. Ce peut être du latin-espagnol.

 

Sensation Rock – Vous avez dans ce disque ce côté chanson que vous avez depuis vos débuts.

Eiffel – C’est naturel. On a tous dans le groupe beaucoup écouté  Brel, Brassens, Ferré. Le fait de chanter en français fera de toutes façons forcément chanson. Higelin, Ferré sont très rock’n’roll. Au fond, on fait de la chanson avec des sons empruntés au rock. 

 

Sensation Rock – Les textes sont sombres. Ils parlent beaucoup d’anticipation.

Eiffel – C’est de la science-fiction réaliste. Nous sommes dans de la proche anticipation. Le titre Manchurian Candidate vient en partie du film Un Crime dans la tête de Frankenheimer, qui est tiré lui-même d’une histoire vraie de médecins nazis programmés par la CIA à la fin de la seconde guerre mondiale pour faire des expériences sur des enfants. Ces enfants ont été programmés pour tuer des gens : des politiques, des journalistes, des chanteurs. 

 

 

Sensation Rock – Vous aviez dit qu’A tout moment qui avait étiqueté politique ne l’était pas; Oui sur cet album l’est.  

Eiffel – Benoit Hamon, Thomas Piketty sont engagés, bien plus que nous. Tout l’album parle de la manipulation des médias. A qui appartient les médias ? Il faut savoir que Google a un poids énorme sur le parlement européen. Dans nos manières de vivre, on sent qu’il est nécessaire de faire autrement. On ressent le besoin de créer un débat. On vit un moment particulier où les gens ont peur et on a tous envie que cela change. 

 

Sensation Rock – Le disque peut être une base de réflexion pour l’auditeur ? 

Eiffel – Dans l’Histoire, des groupes de rock ont montré du doigt mais ça ne sert à rien. Lorsque l’on parle de truc politique comme dans Gravelines, qui est un morceau anti-nucléaire, c’est de manière métaphorique. 

 

Sensation Rock – Pourquoi avez-vous choisi Cascade et Chasse Spleen comme premiers singles sortis de l’album ? 

Eiffel – Ce sont des morceaux pop. On trouvait que c’étaient les morceaux les plus tendres du disque et qu’il fallait donner en premier un message d’amour.

(Eiffel, Cascade)

 

Sensation Rock – Le groupe existe depuis vingt ans. Vous pensiez durer aussi longtemps ?

Eiffel – Depuis 2009 on s’est dit que chaque album pouvait être le dernier. Si un jour on a plus envie, on arrêtera. On a commencé à une époque où c’était déjà devenu plus difficile dans l’industrie musicale. Pour les groupes qui arrivent maintenant, c’est encore plus dur.

 

Sensation Rock – Vous partez en tournée après la sortie de l’album ?

Eiffel – Oui, elle débutera le 3 Mai en Belgique. On va également faire des Festivals mais pas ceux achetés par des vendeurs d’armes.

(Eiffel, Chasse spleen)

-Pierre-Arnaud Jonard

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