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DETONATION FESTIVAL, samedi 29 septembre 2018, La Friche Artistique, Besançon (25)

Détonation – Thé Vanille

Troisième et dernier jour de festivités sur le site de la Friche Artistique avec un programme varié. Des jeunes pousses de MNNQNS aux vieux briscards que sont Arno et Manu le Malin en passant par la pop classieuse de Morcheeba et l’electro sombre d’Otzeki, on vous raconte tout ça.

 

19h30, c’est au duo Otzeki qu’incombe la lourde tâche d’ouvrir les festivités afin de réveiller nos corps endormis par deux jours de concerts et de nous remobiliser pour le sprint final. Tout droit venu du royaume de sa majesté, les deux cousins, Mike Sharp au chant et à la guitare ainsi que Joel Roberts aux claviers et aux boites à rythmes viennent nous interpréter les titres de leur récent LP Binary Childhood. Les suivant depuis plusieurs mois, nous étions donc impatients de découvrir leur prestation live entre électro-rock et clubbing. Pay The Tax ouvre le set de fort belle manière.

Dès les premières notes, on reconnaît la voix si particulière de Mike passant des aigus aux graves en un claquement de doigt. On est aussi surpris par la puissance de son jeu de scène et le charisme qu’il dégage. Tel Jim Morrison, il harangue le public, se mêle à la foule torse nu chantant durant de longues minutes pour finir coucher sur le sol. Une interprétation et un investissement qui, ajouté aux productions sonores hypnotiques, confèrent une note de chamanisme à la prestation du groupe.

On regrette tout de même la programmation en début de journée, le public présent complétement absorbé par la prestation est clairsemé. On ne doute pas qu’un passage plus tardif aurait donné une plus large audience. Qu’importe le nombre, la communion est faite et peu de personnes quitteront la Scène Etincelle avant les dernières notes. Nous profitons entre autre du tube Already Dead, True Love et ses huit minutes de tension, d’une surprenante reprise de My Girl de Nirvana ainsi que l’enivrant Foreign  Love qui clôture un set magistral.

 

Alors que la doublette se retire sous les applaudissements, c’est la Grande Scène qui s’enflamme à son tour. Arno est dans la place et « présente Tjens Matic ». Le rocker, car oui ce soir il est bel et bien question de rock, s’est entouré d’une formation qui envoie du bois. Mélange de ses primes groupes (Tjens Couter et TC Matic), le quatuor aligne les titres dopés à la disto et qui surprennent positivement l’auditoire bisontin. Alors que la guitare plaque des accords claquants et aigus (O la la la, Meet the freak) le « Higelin belge » crie avec rugosité tel un jeune punk plein de morgue.

L’homme affichant 69 printemps est en forme, pugnace même posant à maintes reprises avec un regard carnassier et belliqueux. Le chapiteau jubile et il y a de quoi : c’est la seule date française – à ce jour – de prévue pour cette mini-tournée du groupe. Bref, profitons de l’instant. Le show se termine avec Ha ha et Putain putain, un standard vieux de 35 ans mais qui, porté par une section rythmique barbée de slaps à la basse, se part d’un voile funky. Oui Arno c’est vachement bien !

 

21h00, Le collectif Sonic Crew/Astropolis ouvre les hostilités de cette grande nuit électronique sur la scène de La Friche avec en apothéose le set de Manu le Malin. Mais avant d’affronter l’enfer de Dante du grand pape de l’electro hardcore, les Brestois nous font entrer progressivement dans le rythme. Ils nous proposent un DJ set d’électro hypnotique et minimaliste teinté de notes acides et de nappes élégantes. L’ambiance monte peu à peu en puissance et trace le sillon d’une soirée ou les BPM ne cesseront d’accélérer.

 

Nous quittons La Friche pour rejoindre La Kool Scène où nous attend Miel de Montagne. Dernière découverte du label Pain Surprises Records, Miel de Montagne, jeune producteur et accessoirement ancien coloc de Jacques, distille une électro/pop rétro qui fleure bon la plage et le sable chaud. Rythme bossa, guitare aigue et synthé eighties sont les ingrédients qui nourrissent ses productions. Il chante l’amour, les filles, la possibilité de vivre tout nu, la joie d’obtenir son permis B, l’amour encore et toujours et les filles… Un instant chaleureux ou la foule danse collé-serré, idéal avant de retrouver le trip hop de  Morcheeba et la sublime Skye.

 

Si la petite scène pose le jeu, côté Etincelle, il n’en est rien. Les vétérans de The Melvins investissent la place et envoient la sauce d’emblée (Sesame street meat, At a crawl). Le son est impressionnant, gras, généreux en graves. Enfin direz-vous, c’est normal avec deux bassistes enserrant la guitare… Et pas n’importe quel 6-cordiste, Buzz Osborne. C’est une tranche de l’histoire du grunge qui foule les terres comtoises ce soir (soit dit en passant, pour la seconde fois depuis leur venue aux Eurocks, il y a 15 ans).

Sans The Melvins, pas de Nirvana, encore moins aujourd’hui de Foo Fighters, bref un monument se dresse devant nous. Et à l’instar d’un gourou, emballé dans sa mystique tunique rehaussée d’une multitude d’yeux au regard creux, King Buzzo embarque la foule massée ci-devant. C’est une grand’messe déversant des flots de doom/stoner, de cavalcades à la batterie et sa cohorte de passages grandiloquents qui est servie ce soir. Humour et loufoquerie sont au menu de cette heure. Quand ce n’est pas le frontman qui déclame avec truculence entre deux riffs bourrins (Stop moving to Florida), c’est son bassiste côté cour à l’attitude guignolesque qui ne cesse de poser, grimacer, loucher … pour la postérité.

Dans la foule, l’attitude religieuse du début cède le pas progressivement au lâcher-prise : la communion prend la forme d’une succession de pogos débridés. 22h30, la messe est dite, le chanteur à la crinière savamment ébouriffée se retire. Avec moins de 50 prestations recensées sur le sol français en 35 ans d’existence, on peut se dire privilégiés d’avoir vu le King Buzzo et sa bande du moment.

 

Après la tempête, le Big calm. Morcheeba reprend un flambeau brûlant mais la formation de Bristol n’est pas en reste. Preuve en est : l’arrivée de Skye. La chanteuse paraît dans une tenue rutilante telle une meneuse de revue parée d’un haut-de-forme. Captivante. C’était quoi le concert d’avant… ? Plus sérieusement, c’est une ambiance feutrée et chaleureuse qui est désormais maîtresse du gros de l’auditoire alors que la température est bien retombée sur le reste de la Friche.

Si au premier abord, les Britanniques semblent proposer une setlist aux faux airs de best of – et qui s’en plaindrait d’ailleurs ? – il faut tout de même relever la présence de Never undo (en introduction), Blaze away, It’s summertime et Sweet L.A. en rappel, quatre titres puisés dans leur album de l’année. Tout sourire, la chanteuse est en jambes (nues) ce soir et même s’il lui faut un court moment entre chaque titre, elle fait fi de son rhume. Derrière sa guitare Ross Godfrey prend son pied. La wah wah est omniprésente sans être indigeste. L’homme se révèle bien plus remarquable en live que sur disque. Les soli et autres petits motifs lead sont délicieux et participent en grande partie à ce caractère onirique véhiculé durant toute la prestation (Otherwise, The sea, Blindfold, …).

Trip hop telle est l’étiquette qui colle à l’entité de Bristol (un peu comme un pléonasme d’ailleurs), toutefois Morcheeba déploie sur scène une palette plus large : bluesy avec l’excellent Part of process, c’est surtout du côté de la soul music que le groupe s’oriente. Certes le sublime organe de Skye Edwards y est pour beaucoup, mais ses musiciens apportent également leur patte et une bonne dose de groove. Bien long d’être un set apathique et mollasson, la prestation de ce soir offre un caractère entraînant et dansant qui s’empare même de ceux qui ne font que longer le chapiteau. Morcheeba capture et captive. Empiétant quelques minutes sur le début des Rouennais de MNNQNS, il est physiquement impossible de les quitter tant que Rome wasn’t built in a day n’est pas achevée… Sans conteste, un régal jusqu’à la dernière note.

 

23h45 sur la scène Etincelle c’est l’étoile montante du rock made in France qui s’offre à nous. MNNQNS, très bon exercice de diction ou « Mannequins » en mode gallois pour celles et ceux qui ont déjà trop arrosés la soirée. On ne signe pas chez Fatcat Records par un heureux hasard. Ce seul fait est déjà un gage de qualité. Et pour ceux qui ont pu écouter les deux premiers mini albums Capital et Advertisement du groupe de Rouen, ces quatre garçons ont un talent fou. Il était incontournable de ne pas venir prendre la température du groupe sur scène.

Fer de lance du nouvel vague de groupe rock français, MNNQNS a mis le feu à Détonation avec un set nerveux et impeccable.  Hommage au rock new-yorkais, au punk anglais et aux Strokes des années 2000, Adrian qui a monté le projet seul au départ surprend par sa maturité au chant tout autant que ses comparses. NotWhatYouThoughtYouKnew, If Only They Could, Bored in This Town déferlent sur nous. On tape du pied, on remue la tête et on en redemande. On peut le dire, MNNQNS est sûrement un des meilleurs groupes rock hexagonal du moment à voir sur scène et restera parmi les gros coups de cœur de cette édition. A voir absolument.

Au même moment, Féroces attire une foule substantielle sur la Kool Scène. Les locaux (pour lesquels nous avions récemment fait la chronique de leur dernier 6-titres Joséphine (à lire ici)) assurent une prestation léchée. Partisans d’une musique instrumentale, la performance du trio octroie une place cardinale à la scénographie. Les extraits filmiques sont la clé de voûte de cet instant multi-sensoriel des plus chiadés. Il y a du Pink Floyd (des premières heures) dans Féroces. Et même si modeste fut la scène offerte aux Bisontins, ils ont su attirer et faire voyager leur auditoire du soir. En somme, un clair obscur classieux et au potentiel énorme. A suivre.

Moodoïd annoncé à 23h45, démarre finalement avec plus d’un quart d’heure de retard. Anecdote au premier abord inutile mais qui finalement n’en est peut être pas une. La troupe emmenée par Pablo Padovani débute avec Amour voiture. On est à la croisée des chemins avec les productions de Jean-Benoît Dunckel (Air, Darkel) et la langueur d’un Sébastien Tellier. La touche de psyché (Je suis la montagne) fait jeu égal avec un groove omniprésent au service d’une sexualité à fleur de peau et transpirant dans les paroles de chacun des titres. La voix résolument traînante et sensuelle du chanteur/homme-orchestre (proche de celle de François Marry de Frànçois and the Atlas Mountains) est le pendant parfait aux choeurs féminins déversés pendant les refrains. Sensualité quand tu nous tiens !

Un écueil est tout de même à relever et non des moindres : où est la foule ? Sous cet immense chapiteau vide – où une heure auparavant il était impossible de se frayer un chemin pour admirer les gambettes de Skye – il n’y a pas grand monde pour se mouvoir sur le titre pourtant tenace qu’est Reptile. Est-ce que le retard accumulé au début, associé à la froidure inondant les berges du Doubs ont précipité les festivaliers vers la sortie ? Où en direction de la Friche pour AZF et bientôt Manu Le Malin ? Ce qui est sûr c’est que les applaudissements finaux sont comptés. Peut être eut-il été plus savant de programmer Moodoïd sur cette scène avant Morcheeba ? Bref, c’est ainsi.

 

Décalons-nous de 10m sur la gauche et nous y sommes, face à la Kool Scène. Il est 02h du mat’, ça caille sévère maintenant. Thé Vanille est le dernier show que nous avons prévu de voir, un quart maxi et ciao bambino ! Eh ben, il n’en fut rien ! Le trio a réussi le tour de force de nous captiver 4 quarts d’heure ! Oubliant entre autre les prestations de The Melvins, Morcheeba et consorts. Point d’exagération en écrivant cela, mais si tout est déjà dit et que la notoriété est un acquis pour les groupes précédemment cités, Thé Vanille est en plein essor et mérite sincèrement qu’on lui consacre le meilleur de ce live report. D’ailleurs une chronique à part et centrée sur leur performance du soir ne serait pas une ineptie.

Performance qui, bien que démarrant avec une perte partielle de son, ne vit pas une perte de niaque des Tourangeaux. Remontée comme un coucou, la chanteuse Nastasia Paccagnini assure le show, alternant chant et séances de danse twistée et breakdance. Derrière ses claviers ornés des dinosaures (comprendra qui verra leur vidéo Diplo weekend, lien ci-joint), la facétieuse et dynamique brunette dégage une sorte de facilité vocale. C’est à la fois sucré, rapide, précis et d’une versatilité étonnante lui permettant de monter très haut. En résumé des montagnes russes sur l’échine d’un brachiosaure menées de main de maîtresse, qui sur l’avant refrain de Diplo weekend nous rappelle vaguement une petite islandaise excentrique… C’est très pro et ses deux acolytes sont aussi responsables de ce constat éclatant.

La légèreté est de mise pendant cette heure de concert  à l’image du premier opus de The Asteroid Galaxy Tour. Ici il y a toutefois un saupoudrage de mathrock, notamment dans les fulgurances du batteur John Murdoch, quand ce ne sont pas des pincées de garage débridé que vient plaquer le guitariste Valentin Pedler, tout en contraste avec les sonorités sautillantes et enjouées des claviers. Cheveux à demi-colorés et travestissement à base de blouse très en vogue aux Seniorales, ce dernier se paie un temps le luxe d’un rap déjanté sur les couplets de Who’s bad ? Ça part tous azimuts mais quel pied ! Ce concert est un évidence : cette formation débusquée par Cold Fame est une petite perle ! Définitivement, Thé Vanille est la saveur qui reste en bouche à l’issue de ce samedi. Nous ne pouvions espérer meilleure conclusion pour cette édition du festival que cette savoureuse orchidée, dont les titres épicés ont infusé à grande vitesse dans nos têtes. Nous ne saurions que trop vous conseiller d’aller les voir s’ils rodent par chez vous. De notre côté, nous attendons avec impatience la seconde tournée de Thé Vanille…

  • Benoît GILBERT, Rémy POIDEVIN
  • Photos: Benoît GILBERT

Merci à toute l’équipe du Festival et de la Rodia pour cet excellent weekend !

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