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FÉROCES, Joséphine

Un peu plus d’un an après Victor, les Bisontins de Féroces nous reviennent avec un troisième EP nommé Joséphine. Un opus d’une puissance insondable où les instruments s’entrelacent et nous plongent dans les tréfonds d’une intense mélancolie d’où il sera difficile de s’échapper.  

 

Après Anna Karina et Patrick Dewaere, c’est la jeune Alice Isaaz qui prête son visage à la pochette du nouvel EP de Féroces. Après Juliette et Victor, les Bisontins ont choisi Joséphine pour leur dernier effort, en référence au film Espèces menacées de Gilles Bourdos et dont le rôle principal de Joséphine est justement tenu par Alice Isaaz. Toujours adepte d’un post-rock flanqué de samples soigneusement sélectionnés, le trio, composé de François Schaubert à la batterie, de Sébastien Descamps à la basse et aux claviers ainsi que de Jérôme Josselin à la guitare, creuse encore un peu plus le sillon d’une musique instrumentale violente et nécessaire.   

 

C’est avec l’unique extrait dévoilé sur les réseaux Qu’est-ce qu’on va devenir nous deux ? que démarre le disque. Un titre plus ou moins sombre où l’aspect pop semble presque prendre le dessus à l’aide d’une section rythmique soutenue et haletante. C’est Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze, dans Je t’aimais de Zabou Breitman, qui prêtent leurs voix à cette introduction de facture classique mais néanmoins efficace. La griffe Féroces, bordée d’une production soignée, est bien présente : la batterie se veut incisive, la guitare atmosphérique et la basse enveloppante. Vient ensuite Une tempête de neige sur l’autoroute et l’on retrouve instantanément cette volonté de créer des compositions faites de contrastes propre au groupe. Le refrain est lourd et imposant, rappelant quelque peu certains motifs post-hardcore. Avec Il a bien fallu que je vive, la bande de Besançon nous entraîne tout doucement vers une musique menaçante où la splendeur de la mélodie vient nous bousculer pour mieux nous faire tomber. Un de ces titres où la frustration, violente, est intériorisée sans jamais exploser. L’opus se poursuit avec le morceau éponyme Joséphine qui nous enfonce encore un peu plus dans une irrépressible mélancolie d’une beauté innommable. Cette fois-ci, comme une catharsis désespérée (à l’image des quelques mots « On recommence à zéro ? » en toute fin de chanson), l’explosion a bien lieu et rajoute encore un peu plus d’épaisseur à ce troisième EP. Le sommet du disque. Il peut très bien voler son avion est le titre le plus long et certainement le plus ambitieux de cet effort. Le sample est seulement et sobrement accompagné par quelques notes de guitare introductives avant que les autres instruments ne viennent apporter leur patte pour créer une rare alchimie. La composition amène à l’introspection, une introspection douloureuse mais utile. Comme une sorte d’uppercut salvateur. Joséphine se termine avec À chacun son petit tunnel, qui fait apparaître le souvenir des intermèdes J’attends qu’il m’arrive quelque chose et Tout est beau, présents respectivement dans Victor et Juliette. Rappelant sur certains aspects les excellents The Album Leaf ou Do Make Say Think, le minimalisme de l’instrumentation donne une importance capitale aux mots. Une conclusion qui laisse les débats en suspens pour offrir une sorte d’aperçu de l’avenir de Féroces. Une belle histoire qui, on l’espère, n’est pas prête de s’interrompre.

 

Avec Joséphine, Féroces laisse de côté la brutalité frontale de ses débuts pour nous proposer des productions toujours plus claires et sublimes. Apportant un véritable sang neuf dans le paysage post-rock hexagonal et même, on s’y risque sans craintes, mondial, le trio nous livre un dernier EP d’une puissance dévastatrice et d’une cohérence folle. Débutant par des compositions plus lumineuses, le disque s’enfonce petit à petit dans les abimes d’une tristesse absolue et insondable. Avec ce dernier EP, Féroces signe là son meilleur disque à ce jour. Un authentique chef-d’oeuvre. Et au vu de la qualité toujours plus importante de leurs compositions, une seule question demeure : « Jusqu’où iront-ils ? »

 

Hugo COUILLARD

Artiste : Féroces

Album : Joséphine

Date de sortie : 01/09/2018

Genre : Post-rock

Catégorie : Album rock

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