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INTERVIEW : COSMO SHELDRAKE

Aujourd’hui sort le premier album du londonien Cosmo Sheldrake. C’est lors de sa journée promo éclair du 28 Février que nous avons pu le rencontrer, entourés de son équipement d’enregistrement, dont il ne peut visiblement pas se passer même pour quelques heures.

SR : Donc, pour la dernière fois de la journée, peux-tu te présenter ?

Bien sûr. Mon nom est Cosmo Sheldrake, je suis un musicien, je viens de Londres. Et je vais bientôt sortir un album qui s’appelle The Much Much, How How and I .

SR : Comment décrirais-tu ta musique ?

C’est une question assez compliquée… Je ne sais pas vraiment, je n’ai jamais trouvé de bonne réponse à celle-ci. Je la compare souvent à une sorte de collage. Mélanger, mixer différents éléments ensemble. En recontextualiser certains… C’est comme de la narration.

SR : Tu utilises beaucoup de sons dans tes chansons, que tu enregistres toi-même lorsque tu les entends je crois, tu te balades toujours avec un enregistreur sur toi ?

Non, pas toujours. Je le faisais avant, parce que j’avais un appareil beaucoup plus petit, mais quand j’ai décidé d’avoir une meilleure qualité j’ai acheté un enregistreur avec un plus gros micro, et ça prend beaucoup de place, ça demande plus d’installation. J’ai fini par moins enregistrer, mais c’est meilleur maintenant. J’ai pensé à racheter quelque chose de plus petit, pour en avoir tout le temps un sur moi, tout en gardant l’option du plus gros micro. Mais j’essaie de le faire, si je pars en voyage ou pendant mes expéditions solitaires et que j’entends des trucs intéressants, j’essaie de les ramener avec moi. Comment choisis tu tes sons/bruits ? C’est une bonne question… J’imagine que c’est le même travail que fait un photographe en choisissant une belle image. Ce sont principalement des choses bien précises, qui font un joli son ou ont une texture sympa. C’est surtout la texture en fait. Ou une ambiance, une sorte de paysage sonore, comme une grande photo. Parfois j’en extrais certains sons particuliers pour gagner en détails,et je les incruste comme ça dans les chansons, pour donner un contexte.

SR : Connais tu Jacques ? Un artiste français qui comme toi, se sert de bruits, de sons complètement différents les uns des autres pour en faire ensuite des morceaux.

Oui, je crois que j’ai vu quelques unes de ses vidéos…

SR : Il reproduit d’ailleurs ces bruits sur scène avec des objets. Comment cela se passe t il, en concert pour toi, est-ce que tu procèdes de la même manière ?

Parfois oui. Tout ce que j’apporte sur scène est là (il montre le matériel qu’il a apporté pour la journée, dispersé un peu partout dans le salon de l’hôtel). J’ai une pédale loop et un micro, donc je peux enregistrer et faire des loop en live. Je fais ça pour les voix principalement, ou pour de plus petits instruments que je peux transporter facilement. Mais j’ai aussi un sampler, donc je fais beaucoup de son avec ça, avec ce que j’ai enregistré auparavant. ça me fait toute une palette de sons, et je passe de l’un à l’autre. Je fais pas mal d’impro aussi.

SR : Y a t il des sons que tu aimerais enregistrer mais qui sont difficiles à avoir ?

Oui oui bien sûr. J’ai un projet en tête : j’aimerais enregistrer Venise, le son du niveau de l’eau qui monte et redescend et le diviser en secondes. Ou alors, enregistrer le son des bulles d’un verre de Coca Cola par exemple… des trucs comme ça. Mais c’est tout un processus dans le temps.

SR : Ton album, qui sort en avril a pour titre The Much Much, How How and I. Que signifie t il ?

Pour moi « Much much » veut dire… à peu près tout. C’est l’immensité et le prix de l’existence. « How how » c’est le pourquoi, questionner le « I ». ça vient de la technique du Cut up en poésie, de William Burroughs. Tu écris, tu écris ce que tu veux sur un sujet, et puis tu coupes tes phrases. T’obtiens une sorte de palette de mots, tu le passes à ton voisin qui doit faire un poème à partir de tes mots. J’ai fait ça avec un ami et c’était dingue de voir ce que ça a donné. Il m’a rendu le poème qu’il avait fait à partir de ce que j’avais écrit, et le dernier vers c’était « The Much Much, How How and I ». C’était il y a six ans, quelque chose comme ça, et je m’étais dit que si je faisais un album, ça en serait le nom.

SR : Sa très belle pochette a été réalisée par qui ?

Les poissons ont été dessinés par un français, Louis Renard. C’est tiré d’un livre avec plein d’illustrations de poissons en couleurs, on les a réarrangées pour la pochette de l’album. J’aime beaucoup parce que ça ressemble à de la pure fantaisie : au début c’est de l’observation de la vie très simple, et plus on avance dans son ouvrage et plus ça devient fantaisiste, parfois les deux se confondent et j’aime ce mélange.

SR : Dans la dernière chanson de l’album, on y entend énormément d’instruments ? De quoi joues tu toi, personnellement, dans cette chanson et ailleurs même ?

Eh bien, sur le dernière chanson je chante, je joue de la clarinette, beaucoup de percus… Le reste du Brass band ce n’est pas moi qui m’en suis occupé. Je joue du synthé aussi. J’ai un ami qui joue du saxophone.

SR : Comment mixes tu tes morceaux ? Préfères tu que les bruits que tu enregistres se fondent complètement dans les autres sons ce qui semble être essentiellement le cas, ou au contraire les faire ressortir davantage ?

Mmmh, c’est une bonne question… Cette fois-ci je n’ai pas mixé l’album, j’ai travaillé avec Matthew Herbert et on l’a fait ensemble en studio, pendant quelques semaines. A propos de si je préfère mettre un son plus en lumière qu’un autre, il s’agit la plupart du temps d’une question de création, surtout quand la musique est un ensemble de sons, construit et soudés entre eux. C’est une question d’arrangement. On a essayé plusieurs combinaisons, sur certains morceaux on a plus mis en avant la batterie, d’autres la basse. Parfois, en rajoutant les sons, on perdait l’énergie que je voulais y insuffler, donc on faisait autrement. Quand je trouvais qu’un son pouvait avoir un potentiel énergétique, on créait tout un mouvement autour ou alors on l’atténuait. C’est un peu du design, ou une technique de storytelling. Ça dépend du contexte et de ce qu’on veut faire passer.

 

  • Noémie

 

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