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ARCADE FIRE, Everything Now

L’un des disques les plus attendus de l’année débarque (enfin) : Arcade Fire délivre son cinquième album produit par Thomas Bangalter (moitié de Daft Punk) et Steve Mackey (bassiste de Pulp), et se détache du rock alternatif qui était jusque là sa signature pour un son plus pop et disco, aux influences nouvelles et d’une certaine inventivité qui fera sans doute débat.

La chanson titre Everything Now ouvre le disque, et la première remarque qu’on peut se faire est qu’Arcade Fire, qui avait montré tout son talent dans des arrangements opulents et complexes, est aussi à l’aise avec des compositions plus dépouillés et étonnantes, avec un piano qui évoque ABBA ou l’ajout de la flûte pygmée avec le musicien Patrick Bebey, donnant une indéniable envie de danser et de s’amuser. Signs of life et son tempo basse-batterie (digne d’un film de la Blaxploitation) donne un côté « funk pétillant », avec Win Butler s’essayant au rap. Creature Comfort s’ouvre avec des synthés et une basse inquiétante (ambiance post-punk), sur laquelle s’immiscent des clochettes : les chœurs puissants (menées par Régine Chassagne) permettent d’identifier clairement le groupe culte. Peter Pan et son intro Reggae Dub (évocation brève du Karmacoma de Massive Attack) dévoile un petit bijou de moins de trois minutes, divulguant par le titre même le thème de l’enfance et peut être de la nostalgie, thème récurrent dans la discographie du groupe. Seul bémol : les paroles sont peut être un peu faiblardes, voir décevantes (I can’t stop crying/I just wanna live forever/Keep my promises, keep it together ). Chemistry (qui rappelle « Come Together » des Beatles) offre un son tendance rocksteady (voir même caribéen : pour la première fois, l’album ne fut pas enregistré au Canada mais à Paris et à la Nouvelle Orléans), peut être avec un peu trop de guitares saturées par moment comme si le morceau avait été mixé avec le célèbre « I love rock and roll », avec un refrain relativement banal et des textes là encore moins riches.  

 

Les chansons démontrent toutefois le profond renouvellement mis en l’œuvre pour cet album, qui peut (on le comprend aisément) surprendre les fans du groupe montréalais qui a conquis le monde par des albums déjà mythiques. Qu’ils se rassurent : au milieu de l’album, Infinite Content permet de retrouver les grandes heures d’Arcade Fire (chanson chaotique mais brûlante et passionnante), notamment en offrant deux ou trois versions d’un même titre : c’est le cas pour le dernier cité qui se dédouble d’une belle ballade ambiance country, loin des riffs de la version précédente.    

Le problème vient peut être de ce patchwork musical poussé à l’extrême, entre tradition et modernité, qui donne l’impression que le groupe se perd un peu en chemin (c’est le cas pour  Electric Blue, pas vraiment convaincant). Deux titres plus longs et cohérents s’offrent à notre écoute par la suite. D’abord Put Your money on me (avec un nouveau l’évocation d’ABBA), titre qui évoque le désespoir (« But if there’s a race, a race for your heart It’s over, before it starts ») par une mélodie très fraiche et les harmonies vocales de Régine ; puis ensuite We don’t deserve love, magnifique morceau crépusculaire bien loin de la joie et de la fête des premiers titres : le doute, la tristesse, la mélancolie l’emportent en dénonçant les dérives d’une société cynique hyper connectée et dénouée de relations humaines. Frisson garanti pour ce titre absolument fascinant. Everything Now continued clôture le disque, tout en légèreté et grâce, mais aussi de la gravité derrière le calme apparent de ce titre.

 

Au final, Arcade Fire livre un opus plutôt dansant, dénotant une fidélité au son rock des débuts mais faisant preuve aussi d’audace par des influences très diverses. L’album est peut être en retrait vis à vis des précédents, inégal mais curieux, plus consensuel et moins émouvant, invitant le public à mettre tantôt un pied sur le dance floor, ou à s’aventurer dans un chemin parsemé d’idées noires. La bonne nouvelle vient de la hargne et de la passion que sur scène le groupe insuffle à ses nouveaux titres, en témoignent les dernières Eurockéennes. Arcade Fire ou la capacité de tout pouvoir transformer en live. Tout maintenant ?

  • Julien LAGALICE

Artiste : Arcade Fire
Album : Everything Now
Label / Distribution : Columbia Records
Date de sortie : 28 juillet 2017
Genre : indie rock
Catégorie : album rock

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