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9MW, The Rapture

Faire du rock stoner en France tient-il de la gageure ? Que nenni ! Depuis des années, des formations ont réussi avec brio à digérer ce style : 7 Weeks, Bukowski ou encore Red Mars Sky. À la droite de cette trinité, il y avait aussi les Last Bärons, forts de deux disques et d’une certaine notoriété. 9 ans plus tard, le groupe split, donnant naissance à deux lines up : les FogWax et 9MW (diminutif de Nine Million Witches). Et ce sont ces Sorcières qui nous ravissent en ce début d’automne 2016 avec leur premier LP, The Rapture.

Dès les premières notes, la bride est lâchée. On perçoit le potentiel du groupe formé par la fratrie Landeau (respectivement Damien, chanteur-guitariste et Ludovic à la batterie) et par Ludovic Bunel à la basse et au clavier. Ces trois rescapés publient un concentré de stoner rock, héritage de leurs expériences musicales passées, auquel ils ont ajouté une multitude de sonorités nouvelles.

Bercés au rock poussiéreux des Kyuss ou des Queens of the Stone Age, il n’est pas étonnant de retrouver ces références dès les premiers titres (How long ?, A wicked game). Ici, la basse, boostée par une distorsion très grasse, est massive et assure seule la mélodie sur des couplets, des ponts … On pense à Nick Oliveri, mais version normand !

À cela, il faut  ajouter l’influence non négligeable de Triggerfinger qui se ressent à travers How long ?, The rapture ou encore Monster. Sur ces morceaux, le style pêchu et classieux des Belges est tout simplement dupliqué. Bref, ça déménage, mais avec élégance.

De même, les Black Keys transpirent aussi sur certains riffs rudimentaires et triturés, comme ceux de How long ? ou encore de la dernière piste, Glass tears.

 

Par ailleurs, la musique est totalement décomplexée et s’écarte sans difficulté du carcan stoner. En effet, sur la chanson éponyme, un clavier aux sonorités psychobilly s’associe à une guitare endiablée, tous deux prêts à nous faire secouer la tête. Grand moment à venir lors des concerts ! Avec Drop your gun, on est à la croisée du blues et du métal. Des slides s’associent à un harmonica (non messieurs les Ricains, vous n’avez pas le monopole de l’instrument!) tandis que le chant est hargneux, faisant jeu égal avec des métalleux, à l’instar de Baroness. Soon ! They’re coming !, nous sommes littéralement projetés dans une ambiance digne d’un film d’horreur, façon série Z : des cris, des choeurs exagérés, un rythme pesant, un clavier à la Marilyn Manson… Une invasion imminente semble inéluctable, cependant, la voix posée de Damien Landeau tend à nous rassurer malgré le danger.

Enfin, ce disque revêt aussi un aspect pop clairement assumé. Lors d’interviews, le chanteur qualifie le style du groupe de « Stoner pop ». Le saupoudrage est perceptible sur le refrain de How long ? et l’est davantage sur la seconde partie de l’album. Avec A wicked game, l’ambiance est chaloupée, la voix claire, certaines intonations rappellent étrangement Bono. Mais ce sont Ready for the night et Glass Tears qui en témoignent le mieux. En effet, la première chanson est servie par un beat électro saturé et ralenti, ce qui peut désorienter par rapport au début du disque. Une ambiance de désolation et mélancolique est à l’honneur. On hésiterait presque avec une balade teintée de new wave, à la Placebo. Balade dans laquelle Damien Landeau use d’une voix claire et suave.

Glass Tears tient la place la plus complexe de l’album. Et c’est dans un style émo que le groupe se lance afin de boucler ces 8 titres. Un final plus enlevé, avec un solo de guitare et un clavier hors de contrôle, vient salir cette pop song trop sage. Bref du stoner pop comme dirait l’autre !

Entrant sur la scène rock avec fracas, les 9 Million Witches ont maîtrisé l’exercice du premier album. Dépassant leur premier amour pour le rock stoner sans jamais le renier, ils prouvent au passage qu’ils ont plus d’une corde à leur arc. Chapeau bas Messieurs ! Gageons que ces trois Normands conquerront le public hexagonal au fil des prochaines dates, car cet opus est résolument taillé pour le live.

 

  • Benoît GILBERT

Artiste : 9MW

Album : The Rapture 

Label / Distribution : Dirty Motel Records

Date de sortie : 11 octobre 2016

Genre : Stoner pop / Fuzzy rock

Catégorie : Album rock

 

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