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LIVE-REPORT : FESTIVAL CIRCASISMIC : retour sur l’électronique, ( fin du JOUR 1, vendredi 8 mai et JOUR 2, samedi 9 mai 2015), Chemin de Casamène, Besançon (25)

Alors que les musiques dites « pop » se sont accaparées le rock et l’électro, la programmation du Circasismic a pris des chemins de traverse avec des artistes exigeants et un line-up consistant. Même si le vendredi était axé « rock » et le samedi « électro », chaque journée se faisait écho avec des identités interdisciplinaires à la croisée des genres.

Nous allons donc revenir sur les deux derniers groupes qui ont clôt la première journée en envoyant des détonations survoltées grâce aux outils technologiques.

La prestation d’Electric Electric, math-rock teinté de synthétiseur qui exploite des boucles redondantes auréolées de noise et d’un synthé magnétisant. Le résultat est hypnotique, tiraillé entre un pôle cérébral et un pôle très « dance-music ». Comme si c’était l’ordre, la méthode impartiale, la Discipline qui rend possible la libération et le relâchement. Nous apprendrons que certains nouveaux morceaux ont été joués (le dernier album d’Electric Electric, Discipline, date de 2012 ; depuis nous avions pu les voir dans le projet quadriphonique La Colonie de Vacances ndlr). Les voix sont étouffées, lignes mélodiques dont le sens n’est pas destiné à éclater mais à renforcer l’état de transe dans lequel l’auditeur tombe au fur et à mesure de la progression. La musique d’Electric Electric se bâtît sur la solidité de musiciens aguerris mais elle vise les affects des auditeurs.

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(photo : Floriane Miny)

La transition entre ce programme rock établi par l’association Cinq Sens et les convergences électroniques des choix du Citron Vert s’est effectuée avec Horskh, dernier groupe de la soirée du 8, sur une offensive volcanique intubée d’indus froid. Pour ceux qui les ont découvert ce vendredi, Horskh est aimanté par trois pôles, à mi-chemin de l’indus, de l’électro et du rock. Les morceaux aux titres évocateurs – Magma, Damaged Ropes, Anomaly… – sont construits et arrangés sur hardware. La particularité, c’est que ces morceaux ne peuvent se révéler pleinement qu’en concert, lorsque la partition de batterie vient donner du souffle, prothèse explosive. Le live fait donc partie de l’identité de Horskh, pour que les nappes pré-existantes s’assemblent avec la batterie millimétrée, à laquelle se rajoutent des parenthèses de guitare acérée ou des frappes de tom martiales. Étendez cela par une dynamique de scène fonceuse (via les déplacements), un travail sur les registres vocaux, des effets – crépitements, saturation – et on peut vraiment parler de « performance ».
Jouant devant des terres conquises, Horskh prolongea d’un morceau supplémentaire son set en forme de performance convulsive.

 

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(photo : Floriane Miny)

 

Après la décharge du vendredi-taser il était nécessaire de se remettre la tête à l’endroit à coups d’enclume. Le programme est chargé et sans répit. Alors qu’un soleil estival attirait les festivaliers (qui se sont massivement déplacés), Mat, l’un des fondateurs du Citron Vert, a commencé à lancer les premiers sons entre 17h et 19h sous le chapiteau-bar, répercutant sur l’extérieur une ambiance qui inspire le confort et incite à prendre ses marques sur les lieux.

Féromil a ensuite réitéré (non plus au bar mais en extérieur) ses expériences sonores avec un masque à gaz et un détecteur de métaux. On pourra lui décerner la palme de l’Objet Sonore Non Identifié qui n’hésite pas à prendre le large pour tournoyer autour de son équipement de machiniste ; pendant ce temps, Oph et Lili déambulent tel Dupont et Dupont, grommelant, maugréant et tergiversant.

 

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(photo : Nadège Guy – Na Doo)

Two ME prendra le relai au mixage derrière le poulpe géant avant que le projet de création collective 20 000 basses sous les mers ne nous fasse partir dans un univers aquatique. Préparé en amont depuis plusieurs mois, ce spectacle a été conçu précisément en vue du Circasismic. Costumes, décors et thématiques collent parfaitement à la définition du steampunk, univers inspiré par Jules Verne. Beaucoup de portés donnent de la hauteur à ce monde bleuté qui symbolise les profondeurs maritimes. Acrobaties, récits, théâtralisation et costumes sont autant d’éléments qui attirent l’œil et créent une dynamique captivante. Chacun y trouve son compte, amateur de spectacle vivant ou noctambule en quête d’un dub robuste et vrombissant. L’alliance de Tetra Hydro K, de Nushy Soup et du Serious Road Trip fait des merveilles, les applaudissements fusent lorsque le Nautilus sort du chapiteau après s’être frayé un chemin parmi les spectateurs.

(photo Nadège Guy – Na Doo)

 

Ce sera encore sur un fond bleu que MartOpetEr arrivera pour faire danser la foule qui commence à s’entasser. Sa silhouette se détache sur fond de projections graphiques. Euphorisantes, les infrabasses sont un gage de persuasion pour les curieux qui entrent sous le chapiteau attirés par les vibrations.

Sur la scène extérieure c’est maintenant un spectacle de feu par Asa Colectiv et Crevton qui illumine la nuit. Si à la Before du Circasismic à la Rodia Plouf et Replouf développaient leur numéro autour de l’eau, ce sont ici les flammes qui tiennent le rôle principal. Sur un trip-hop doux, une armée steampunk masquée et cuirassée façon Mad Max en plein désert se déplace furtivement. Les gestes sont aux aguets, puis ce sont vite des instruments de jonglage qui se mettent à tournoyer, à s’enflammer. Plusieurs registres musicaux illustrent les étapes, du cabaret-western au dub. En arrière-fond nous voyons le travail de mapping projeté sur les alentours du site du festival ; au premier plan ce sont les roues de feu qui rougeoient et crépitent.

Retour sous chapiteau concert pour un marathon électronique. Les « portes » mettent du temps à s’ouvrir. Suspens, attente, montée en pression. La toile se relèvera sur le set d’Ed Cox, grimé d’un sourire clownesque que le Joker n’aurait pas renié. Les premières minutes font rutiler les enceintes avant que le Dj ne se recentre sur sa spécialité : l’accordéon – on aura même droit au remix de la chanson préférée de sa grand-mère, confidence oblige. L’occasion de brasser en fanfare jungle, ska, dub avec cet instrument peu commun pour accommoder une table de mixage. Le Clowncore (titre de son album qui pourrait définir le genre musical d’Ed Cox) pourrait bien être un jazz manouche dopé aux décibels.

 

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(photo Nadège Guy – Na Doo)

 

Access Denied prend le relai ; changement de ton avec un registre plus pesant. Il faut dire que lorsqu’on enregistre sa version réinterprétée du triptyque Le Jardin des Délices de Jérome Bosch, s’attendre à un mix léger et allègre aurait été peu cohérent. Fréquences basses, remix d’un Justice estropié ont tôt fait de conquérir les circa-clubbeurs.

Après ce passage par la Biélorussie c’est au Venezuela qu’un détour est effectué avec le très attendu Zardonic (pour sa seule date de tournée en France outre Paris). Le Dj masqué façon Punisher fait son effet en entrant en matière avec de gros riffs sur lesquels se greffent progressivement des rythmes matraqués. Changement de beats brutaux comme des bombardements ; les lustres en forme de navires et montgolfières qui pendent depuis le plafond reçoivent des projections de lumière et de son qui auraient bien pu les décrocher vu leur puissance. Fondu dans le plomb, le mix de Zardonic pourrait être un carnet de black métal désossé pour être joué au clavier – Zardonic a d’ailleurs été décrit par le passé comme le fils illégitime de Skrillex et de Slayer. Le set s’achèvera sur le hurlement d’une sirène.

 

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(photo instagram Zardonic)

 

Arrivé à la gauche de Zardonic lors de sa dernière partie, BeatRider doit maintenir la tension sans faire baisser l’intensité. Incursion technoïde sur couleurs pop ; on entendra même une incartade de synthés très eighties.

On peut donc affirmer que cette première édition du festival Circasismic fut une réussite sur tous les plans, artistes choisis, organisation, bénévoles, son d’excellente qualité, décors grandioses, thématique steampunk transversale à chaque composante de l’évènement. Microcosme futuriste, le Circasismic fut une bulle hors du temps.
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Crédits photos :

©Floriane Miny : photo de couverture ; photo de conclusion ; Electric Electric, Horskh.

©Nadège Guy (Na Doo) : Féromil ; 20 000 basses sous les mers ; Ed Cox.

©djzardonic sur instagram

 

Merci aux nombreux bénévoles qui ont rendu possible ce festival, aux membres des associations organisatrices pour leur énergie, aux organisations partenaires, à Floriane Miny et Nadège Guy pour leurs instantanés et aux artistes pour leurs prestations exceptionnelles. 

-Clémence Mesnier

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