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FESTIVAL GENERIQ : PATTI SMITH, Mardi 14 février, Notre Dame Du Haut, Ronchamp (70)

Depuis décembre dernier, le sujet Patti Smith à la chapelle de Ronchamp est vaguement houleux ; il y a ceux qui ont leurs places et ceux qui en rêvent, les premiers s’excusant presque de leur bonne fortune pour amoindrir le chagrin des seconds. Mais ce 14 février, quand la navette nous dépose à 18h sur le site qui exhale le mystère en plein crépuscule, on ne retient que la chance qu’on a d’être là. Le ravissement se lit sur tous les visages.

 

C’est sous un ciel rougeoyant que les premiers convois arrivent sur la colline de Bourlémont à Ronchamp. La vue est filtrée par une fine brume et des pèlerins d’un genre nouveau cheminent vers l’entrée de la chapelle. Imaginée dans les années 50 par Le Corbusier, Notre Dame Du Haut est un ensemble contrasté, où la lumière répond à l’obscurité, la drôlerie à l’austérité, où le silence devient un chant en jouant dans les branches des arbres du parc.

En découvrant le dispositif léger mis en place pour accueillir la prestation de Patti Smith, attendue comme un prophète dans un recueillement intimidé, on se réjouit de la proximité dans un silence quelque peu solennel.

Devant l’autel, un micro et des amplis, quelques pédales, pas de rampe d’éclairage mais un simple habillage coloré qui sublime les courbes de l’édifice en laissant la part belle à la musique.

Quand Patti entre sur cette scène dépouillée,  elle est accompagné de Jackson à la guitare, le fils qu’elle a eu avec Fred Sonic Smith, figure emblématique des seventies et chanteur des MC5.

Chanter dans cette chapelle et dans ces conditions était, de son propre aveu, le rêve de l’artiste, et c’est pétrie d’une reconnaissance lumineuse qu’elle a officié ce soir là.

Parce que Patti Lee ne se déplace jamais sans sa horde de fantômes, elle a rendu hommage à ses morts, son frère Todd, son époux, le poète William Blake, Robert Mapplethorpe ou encore Prince, disparu en 2016,  dont elle a repris le titre When Doves Cry. On ne peut pas dire que Patti ait le goût du drame et de la mort, mais elle porte en elle un grand nombre de deuils, et tire une énergie positive de ces pertes qui crépitent en elle, comme un feu sacré.

Elle alterne le chant et la lecture, c’est devenu une habitude depuis que l’écriture est devenue son activité principale. Elle lit des extraits de Just Kids qui interrogent le rôle de l’artiste et la notion d’art, évoquant sa jeunesse bohème à côtoyer les plus grands esprits de sa génération, mais aussi des poèmes de son recueil Auguries Of Innocence.

Peu à peu, elle réchauffe le public qui observe une attitude tout en dévotion devant son charisme brut et son aura chamanique.

Sa bienveillance chaleureuse et quelques pitreries auront raison de la réserve de son auditoire.

Sa voix intacte, puissante, épouse les courbes de la chapelle, Patti et Jackson nous offrent un moment rond, lisse, sans la moindre aspérité. L’artiste est en paix, elle a distribué tant de claques qu’on ne soupçonnait pas son talent pour les caresses.

Elle a choisi une set list délicate et poétique en chantant Wing, Beneath The Southern Cross, Wild Leaves ou encore une magistrale et vibrante interprétation de Pissing In A River.

La complicité et l’amour qui émanent de ses échanges avec Jackson participent à la magie et à la douceur de ce moment passé hors du temps.

Avant de quitter la scène, elle célèbre les amoureux avec Because The Night, le public est debout et chante avec elle. Puis termine le set avec People Have The Power , accompagnée du public qui scande ce slogan comme pour s’en convaincre. L’ambiance est beaucoup moins méditative et lorsqu’elle part pour un court répit avant d’enchaîner un second tour de chant, elle déclare, radieuse, « Ronchamp, je t’aime » et le doute n’est pas permis : elle le pense.

 

  • Adeline POIDEVIN
  • Crédit photos : Eric
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