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INTERVIEW: BLOOD RED SHOES

Un lac, des montagnes, des vignes et de la musique. C’est dans ce cadre magnifique , celui du JVAL Openair de Begnins (CH) que Blood Red Shoes a choisi de conclure sa tournée estivale (report ici). Steven Ansell, batteur et moitié du duo anglais a répondu à nos questions avec plein de décontraction.

Sensation Rock: Il y a une semaine, vous étiez à Rock en Seine à Paris. Ça te fais quoi de te retrouver aujourd’hui dans un contexte plus champêtre et intimiste?
Steven Ansell: J’adore. En plus c’est la dernière date de notre tournée estivale. La semaine dernière, on a fait Reading en Angleterre et donc Rock en Seine à Paris, toujours sur les grandes scènes, ce qui est bien mais qui signifie aussi beaucoup de pression. Et donc pour notre dernier festival, être dans un lieu avec un si beau paysage, sur une petite scène, c’est idéal pour conclure la tournée. C’est beaucoup moins informel, plus relax. On vient seulement pour jouer notre musique, il y a moins de pression et c’est la façon idéale de terminer l’été. C’est fait du bien, tu ressens beaucoup moins de pression, d’autant plus que  tu n’as pas les caméras de télé pointées sur toi. En plus ici, on boit du bon vin. C’est vraiment cool. C’est un peu comme des vacances (rires).

SR: Tu préfères jouer dans des petits clubs, dans des endroits plus intimes que des gros festivals?
SA: Il n’y a pas vraiment de règles. Tout le monde pensent que jouer dans des lieux plus petits c’est mieux. Sauf ta maman qui elle va toujours penser que jouer sur une grande scène c’est mieux, genre “mon fils est célèbre” ( rires) alors que  les fans eux préfèreront les petites salles. De mon expérience, ça dépend. Si tu es en connexion avec le public, qu’il est réceptif à ce que tu joues, c’est surtout ça qui compte. J’ai des souvenirs d’avoir jouer dans un grand festival devant 2000 personnes ou d’autres devant 100 personnes. Ça depend vraiment du moment, tu peux avoir un grand festival pourri et des petites salles géniales et inversement. Non franchement, je ne vois pas de règles. C’est juste une question d’alchimie.

SR: Vous avez enregistré et produit Blood Red Shoes vous-même. Est-ce que c’est parce que vous n’étiez pas satisfaits du résultat des albums précédents?
SA: En fait, on parlait de faire un album tout seul depuis un moment. On voulait prendre le risque de partir tout seul à l’aventure. De ne pas avoir quelqu’un qui te dise quoi faire ou même que quelqu’un  surveille que tu ne vas pas tomber de ton vélo. Là si on se plantait et bien on se plantait mais il n’y avait personne pour nous rattraper. On en a parlé et on a vraiment aimé l’idée qu’il n’y aurait personne pour nous arrêter. C’est sûr, c’est beaucoup plus de pression et c’est prendre plus de risques mais c’est quelque chose à laquelle on voulait se confronter. C’était très stimulant et on a beaucoup appris de cette expérience. Quand on avait un son dans la tête, on n’avait pas à le dire à quelqu’un d’autre. On a beaucoup appris sur nous-mêmes. Et plus que tout, on s’est éclaté. C’est l’album le plus fun qu’on ait fait. Parce que quand tu bosses en studio: tu commences à telle heure et tu finis à telle heure. Et tu travailles avec un producteur qui te dis qu’il veut faire l’album en cinq jours, qui t’impose les jours de repos… Là , on pouvait faire ce qu’on voulait. Si on ne le sentait pas, on s’arrêtait pour quatre jours ou au contraire on pouvait enchainer deux semaines à jouer. Pour nous c’était très créatif car justement c’était très déstructuré. C’était un gros bordel mais on pouvait écrire et enregistrer en même temps. En tant normal, c’est très structuré: tu écris une chanson, tu la joues au producteur, tu pars en studio. Tu as ces trois étapes. Là on enregistrait, on mettait de côté pour y revenir plus tard, on jetait ce qui n’allait pas mais quelque part c’était très fluide. C’était vraiment l’opposé de ce qu’on avait fait sur les trois précédents albums. Et pour le prochain, et bien je voudrais encore faire quelque chose de complètement différent.

SR: Et pourquoi avoir choisi Berlin pour l’enregistrement?
SA: On avait en fait une liste d’endroit où on voulait enregistrer. On ne voulait pas rester en Angleterre où on avait déjà fait trois albums. On a donc fait cette liste et Berlin arrivait en premier car on a toujours adoré jouer là-bas, on s’était pas mal baladé dans la ville et l’atmosphère est super cool. Il y a beaucoup d’espace que tu peux utiliser, beaucoup d’immeubles sont libres. On avait penser à Paris aussi mais c’est hyper cher et c’est très difficile de trouver un endroit où tu peux faire du bruit, surtout tard le soir. Nous, on adore jouer tard, commencer à dix heures du soir pour finir à cinq heures du mat’. Et à Berlin, toutes ses conditions sont faciles à réunir. Tu trouves des grandes pièces où tu peux jouer 24/24 et ne déranger personne car les murs sont très épais. Et on adore la vie là-bas. Je suis vraiment tombé amoureux de cette ville et je ne voulais pas rentrer.

SR: Est-ce que tu vois des limites à la formule guitare-batterie? Avez-vous déjà penser à inclure d’autres instruments comme sur Tightwire avec un piano par exemple ou encore Stranger avec du clavier?
SA: Oui, il y en a une autre sur In Time To Voices avec des claviers, Two Dead Minutes. Tu vois, jouer avec seulement une batterie et une guitare, c’est une restriction… Mais c’est une bonne chose. Si tu as toutes les options, comment tu choisis? Quand tu as moins de choix, tu te dois d’être plus créatif. Et puis finalement un jour, tu te sens à l’étroit, et Laura vient avec un clavier, elle en joue et on voit ce qui se passe. Le première chanson qu’on a écrite à Berlin était Tightwire justement. Il y avait cette pièce avec un piano et Laura a commencé à jouer dessus. On a adoré le fait que ce soit la première chose qu’elle a écrite et on voulait la garder. Et le fait que ce soit au piano, on n’y a pas réfléchi. Il n’y a pas de règle. Mais la plupart du temps, on compose juste avec la batterie et la guitare, c’est comme ça qu’on se sent le mieux.

SR: Le son de Blood Red Shoes est très électrique. Mais y a-t-il des chances d’entendre quelque chose de plus acoustique dans le futur?
SA: En concert, non je ne pense pas. On ne se sent pas prêt pour ça. Les seules fois où on a joué en live acoustique, c’était en showcase pour la sortie de l’album devant trente personnes. J’adore. Mais jouer en acoustique sur une grande scène, non. Si on joue sur une grande scène, je veux que ce soit super fort. Alors au moment où je te parle, on ne pense pas du tout à faire quelque chose d’acoustique.

SR: Vous êtes encore trop jeunes pour ça (sourire)?
SA: Peut être, oui. Peut être quand je bougerai moins, que je jouerai du tambourin et que ma voix sonnera comme celle de Tom Waits. Remarque, ce serait cool (rires).

SR: Ça fait un moment que vous êtes sur la route désormais. Et pourtant j’ai entendu dire que vous pensiez déjà à votre prochain album et à retourner immédiatement en studio. Mais où trouvez-vous du temps pour une vie de famille?
SA: Ben en fait, on n’en trouve pas. Si tu montes un groupe à la façon dont nous le faisons, si tu crois vraiment en lui, tu dois sacrifier beaucoup de choses. Tu dois complétement t’immerger dans ton groupe. Je pense que c’est ce que doit vivre un sportif avec sa carrière. Tu ne peux pas avoir les deux. Tu fais des sacrifices dans ta vie et la vie de famille en fait partie. J’ai connu beaucoup de musiciens qui ont voulu avoir les deux mais qui n’ont pas pu continuer ensuite.

SR: Finalement, le groupe devient ta famille.
SA: Mais le groupe est ma famille. Ça fait dix ans qu’on est ensemble. On ne serait pas là en ce moment si on n’avait pas fait ce choix. On ne voit pas beaucoup nos familles mais on trouve du temps ici et là. Heureusement, on a tous les deux des familles qui aiment la musique donc ils viennent nous voir lors des festivals. Comme celle de Laura à Rock en Seine ou la mienne à Reading.
Tu sais, j’ai deux sœurs, je ne les vois pas beaucoup. Elles se connaissent très bien entre elles, et moi quand on se voit, je suis un peu comme un étranger pour elles. Mais bon, c’est le deal.

SR: Donc comme tu le disais, le groupe a maintenant dix ans. Quel est le secret de votre longévité?
SA: Je n’en ai aucune idée. En fait, on ne s’est jamais assis en se disant qu’on allait être dans ce groupe pendant tant de temps. On joue juste de la musique et on se sent bien. Je ne sais pas. Je n’ai quasiment été que dans ce groupe donc je ne peux pas comparé. J’ai été dans d’autres formations mais jamais à plein temps. Pour nous, ça n’a jamais été une question, on fait juste notre truc et si jamais ça ne marche plus, et bien on arrêtera. Je ne pense pas qu’il y est un secret.
On a la chance d’avoir des fans qui sont très loyaux, qui font que les choses continuent et sont faciles. On est toujours meilleurs amis, c’est toujours facile pour nous de faire de la musique ensemble. Et surtout on adore toujours autant ça.

SR: Tu penses que Laura est ton âme sœur musicale?
SA: Oui, tout à fait. Et tu vois, on ne pourrait pas inclure un autre musicien parce que Laura et moi sommes si connectés, ça fait tellement longtemps qu’on joue de la musique les deux que personne ne pourra jamais nous comprendre ou s’intégrer. C’est un peu comme si on avait notre propre langage. Il faudrait dix ans pour l’apprendre. C’est impossible pour quelqu’un de rejoindre le groupe.

SR: Et pour finir, peux-tu nous dire ce que tu écoutes en ce moment?
SA: Il y a The Wytches, ils sont Anglais. Ils viennent de sortir un album. On a tourné avec eux. J’écoute ça tout le temps… Et du coup Laura aussi. Ils ont d’excellentes chansons, ils sont très jeunes et c’est leur premier album et je pense qu’il va falloir les surveiller. En fait, beaucoup de choses me plaisent en ce moment. Je pense qu’il y a plus de bons groupes maintenant que quand on a commencé. J’écoute aussi beaucoup Clarence Clarity. On ne sait pas grand chose de lui, tu ne vois jamais son visage. Ça sonne comme du r’n’b mais c’est très sombre avec un groove très sexy mais des paroles flippantes, un peu comme la bande-son d’un film de David Lynch.

Interview réalisée par – F. et Burnwitch.
Traduction par – F.

Remerciements à l’équipe du JVAL Openair et surtout à Maï Kolly et Nicolas Jones.

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