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Interview : BRUIT ≤ (Partie 1)

Tout juste avant une prestation stellaire au Noumatrouff de Mulhouse, et à quelques jours avant une date capitale au RoadBurn, le groupe BRUIT ≤ nous a gentiment accordé une “petite” interview à cette occasion.

SensationRock : Salut Clément, salut Théophile ! Une année s’est écoulée depuis la parution numérique de votre premier album «The Machine Is Burning and Now Everone Knows It Could Happen Again » jusqu’à la parution ce mois-ci chez Pelagic Records de l’édition physique. Comment vous avez digéré cette première année avec heureusement, quelques dates pour soutenir sur scène ce projet qui a déjà recueilli de beaux succès côtés critiques ?

Théo’ : On ressent beaucoup de chance d’avoir pu le soutenir sur scène effectivement. La tournée vient de commencer et c’est un mélange de frustration et d’excitation car l’album a été très bien reçu dès sa sortie. C’est un mix de plein de sentiments qui donne l’impression que l’année fut très courte et long en même temps. Là on attaque vraiment l’année de tournée et donc cette sortie physique nous donne l’impression de l’avoir étalée sur deux ans.

Et avec la sortie au printemps, la signature en label chez Pelagic, chez qui on a signé cet automne. Il y a véritablement un an entre la sortie digitale et la sortie physique, tout est dilué mais ce sont deux belles années pour nous !

SensationRock : Le LP va notamment être disponible en vinyles très bientôt. Cependant votre musique n’est pas disponible sur les « grosses » plate-formes de streaming encore, je pense à Apple Music ou Spotify sur laquelle l’album est référencé mais n’est pas disponible à l’écoute. Un accès, une écoute est-elle envisagée sur ces plate-formes à termes ?

Clément : Non, ça ne sortira pas sur Spotify. Nous sommes listés dessus car on est référencé à la Sacem pour des questions déclaratifs autour du projet. Mais l’album ne sortira pas sur les plate-formes habituelles tels Spotify, Apple Music ou Deezer pour une question de démarche politique et de cohérence avec l’étique que l’on essaie de défendre ainsi que la philosophie de notre musique et la manière dont on essai de faire celle-ci. On pense que l’art de manière globale remplit plein de mediums différents. On essai d’avoir une cohérence. On ne peut pas avoir un discours artisanal, anti-capitaliste et aller sucer les algorithmes des plateformes de streaming majors qui te paient trois centimes pour 10 000 streams. Ce n’est juste pas logique, donc a décidé de trouver d’autres manières pour distribuer notre musique. Nous sommes sur Bandcamp notamment, sur Youtube aussi, il y a des gens qui ont uploadé notre album dessus et on les laisse. Ca permet aussi à des personnes d’accéder à notre musique mais les vidéos ne sont pas monétisées. Sinon c’est de l’artisanat, c’est du contact avec les gens via la salle de concert, par bouche à oreille et in fine le merch’ et les vinyles.

On croit que la musique au tout départ, c’est un truc fait d’un humain pour un humain. Tous les intermédiaires peuvent aider, mais aussi être parasitaire. Et aujourd’hui, ce sont des choses parasites qui deviennent la norme, ils se font du fric sur le dos de beaucoup d’artistes plutôt que d’être un réel tremplin.

Théo’ : C’est vrai que souvent les gens voient que c’est listé sur les plateformes et ils pensent à un bug. Fonc on communique aussi là dessus. On passe beaucoup de temps à répondre à ces questions et on invite les gens à nous suivre sur Facebook ou Instagram.

SensationRock : Cette démarche artisanale et dénonciatrice de l’industrie au sens globale que vous évoquez fait évidemment écho au titre de la première piste de votre album, « Industry » dont on peut voir les sous-propos dans les clips « Diving Into tracks » disponible sur Youtube et qui sont des vidéos explicatives autour de la production des quatre tracks de l’album.

Clément : Complètement, si l’on poursuit l’analogie. Si en tant que musicien, tu souhaites percer via ces algorithmes, si tu es un jeune qui veut percer on va venir te demander de sortir un single par mois pour tenter de draguer les playlists et d’être en tête de gondole. Ce qui va te permettre d’avoir beaucoup de visibilités. Si on analyse que ton morceau est beaucoup zappé, on risque de te mettre en bas de playlist et même s’il est bien tu te feras aussi remplacer. Donc pour ne pas te faire remplacer, tu vas devoir sortir un nouveau morceau sinon c’est retour à zéro. En trois jours, on peut faire de la musique « Easy-Listening » ça c’est possible. La musique ou il y a plus de recherches, ou l’on prends son temps, on essai d’aller plus loins que nos limites. Ce que l’on essai de faire nous elle, elle n’est pas compatible avec l’industrialisation qui est devenu la norme. On est obligé de se justifier du fait de ne pas être sur Spotify, toi tu ferais bio, maison on ne te poserait pas la question pourquoi tu n’es pas chez Auchan

Cette conscience côté public, elle n’existe presque pas et c’est aussi pour ça que l’on prends la parole sur le sujet. Sur l’agro-alimentaire, il y a eu récemment une prise de conscience par exemple, autant dans la musique ce n’est pas encore ça.

Théo’ : C’est comme le film qui suit le mec qui mange au Mcdo’ tous les jours (SuperSize Me). Il n’y a pas de prise de conscience. Mais c’est aussi typiquement français, l’analogie avec la nourriture elle tiens. Mais malheureusement on est pas au même point pour l’art…

Le PDG de Spotify (Daniel Eck) avait expliqué en conférence que si les artistes voulaient être mieux payés ils n’avaient qu’à pas ne pas mettre trois ans pour sortir un album ! Ces playlists incitent à produire mal et vite. Pour gagner ma vie sur Spotify, il faudrait que je sorte un clavier maître et que je fasse des trucs à l’arrache et oui ça paierait plus que de faire un album travaillé en trois ans.

C’est la suite logique du Fordisme, de produire vite et mal, de privilégier la qualité sur la quantité. Si comme on le voit maintenant les plates-formes vont remplacer les radios, on continuera dans le monopole de quelques artistes et à devoir se plier aux règles pour s’en sortir.

Clément : A côté, Il y a quand même une réalité organique faîte de gens qui vont toujours aux concerts, qui viennent découvrir des groupes. Nous, on essaie de rester connecté à cette chose-là, la rencontre. Sur Bandcamp, tu peux écrire directement aux artistes, acheter des produits en direct chez les artistes. C’est quelque-chose plus « main à la main ».

Théo : Ce ne sont pas simplement deux mondes qui s’affrontent, là c’est du digitale et je pense qu’aujourd’hui on peut trouver des manières de faire les choses de façon plus « justes ».

Sensation Rock : A la manière de ce que fait Bandcamp les vendredi en reversant l’intégralité des montants sans frais aux groupes. Mais la limite à ça n’est-elle pas que la grande majorité des gens qui connaissent cette plate-forme et encore plus ceux qui achètent dessus, savent déjà ce qu’ils veulent ou ce qu’ils recherchent. Ce sont des publics aussi annexes à Spotify qu’étrangers. Mais sur le papier, le public qui consomme sur Bandcamp va être bien plus susceptible de se retrouver dans les SMAC, petites salles indé’ ou avec des vinyles dans les mains que l’écouteur lambda Spotify.

Clément : Oui, ça nous est très souvent arrivé au merch’ de discuter avec des gens qui nous demandent ou est ce qu’on peut nous écouter et on leur parle justement de Bandcamp. Ils notent et derrière à la maison, ils vont checker’ et voir que toutes les semaines il y a des articles, des projets et une véritable communauté derrière.

Pour aller plus loin et être plus sur de la «  philosophie de consommation », avec ces plate-formes il y a une forme de paresse qui s’est installée parce que toutes ces applications sont uniques à chaque usager. C’est une bulle ou une centaine d’algorithmes va venir choisir des choses pour maximiser le temps que tu vas passer sur la plate-forme. Si toi, tu as tendance à écouter surtout du Ska et du Reggae par exemple, jamais tu n’auras en proposition des playlists Metal. Pourtant, les sensibilités et les vies changent à cause d’accidents musicaux.

On s’enfonce dans le sujet philosophique mais c’est une critique globale. Le meilleur truc à faire, c’est se renseigner. On passe à côté de chez toi, tu check’ la programmation, tu regardes sur Youtube, , ça te parle, on repasse dans le coin et si ça te tentes, tu viens au Pelpass nous voir par exemple !

SensationRock : En parlant du Pelpass, c’est aussi une date particulière dans votre tournée, dans la mesure ou vous allez vous retrouver, vous « groupe de niche » dans un festival certes indé’, mais à côté de groupe parfois issue de la World Music, du Hip-Hop ou de la grosse techno’ tranchante. Ces dates éclectiques à contrario du Roadburn, avec un public à «conquérir », à transformer. C’est un challenge supplémentaire pour vous ?

Théophile : Oui bien sûr, après nous n’avons pas spécialement l’habitude de jouer dans des festivals spécialisés, c’est nouveau. Encore moins sachant d’où l’ont vient ou il faut vraiment faire des bornes pour jouer. On a déjà joué sur des festivals configurés comme le Pelpass. En Belgique, nous avons joué du côté de Liège dont le nom m’échappe…

« Still Standing For Culture », je crois ou les premiers week-end du mois ou on jouait aussi après d’autres groupes de styles très différents et on vu que notre musique arrivait à toucher des gens là aussi.

Clément : Je vois ou tu veux en venir avec ta question, nous on s’en fiche de ne pas plaire à tout le monde. On essai de faire la musique qui nous semble la plus juste et cohérente par rapport à ce que l’on essai d’exprimer. Mais on comprend aussi que des personnes ne puissent pas être sensibles voir même angoissées lorsqu’ils nous écoutent, mais ce n’est pas grave.

Au départ, on fait de la musique par besoin. Donc on va quoi qu’il arrive continuer à la faire avec le plus d’intelligence, de sérieux et surtout de cœur. Donc même si tu n’écoutes pas de Post-Rock ou de choses « extrêmes », tu peux te laisse submerger par l’émotion de la musique et ça peut devenir une porte d’entrée vers d’autres groupes de notre scène ou d’un autre courant.

Théo’ : C’est la magie du live ! Tu as beaucoup de gens qui n’écoutent pas du tout des choses instrumentales à la maison.

Sensation Rock : Pour exemple des disques qui ne nous marquent pas en écoute à la maison et qui viennent prendre une autre lecture, amplifiée en nous après avoir vu ce groupe en concert. Le RoadBurn est peut-être le festival “le plus pointu” dans son genre de niche même si le spectre est assez large, pourtant pour de nombreux auditeurs ne vous classent pas comme de la musique « extrême » et arrivent plus à intégrer, rentrer dans votre musiques que d’autres genres qui y sont représentés. 

Clément : La vision de ce qui est extrême de ce qui ne l’est pas est fluctuante de tout à chacun.

Théo’ : Après il y a quelque chose de générationnel, les styles du métal moderne, ce sont des choses que nos parents n’ont pas connu. Dans notre musique, il y a un aspect classique. Et les gens quand ils retrouvent quelque chose qu’ils ont connu, ça passe tout de suite mieux, c’est une barrière en moins.

SensationRock : Cette fosse générationnelle est aussi beaucoup liée à des codes qui permettent de décrypter et comprendre cette musique comme pour le rap ou le hip-hop, que soit vis-à-vis des beats ou des paroles. Clément, en tant que producteur, tu es habitué aux productions de ce type, tu les mentionnes justement dans le premier épisode des Diving Into Tracks sur « Industry ». Quelqu’un qui aime le Post-Rock mais aussi le Classique peut aisément se raccrocher à des branches de votre musique et s’y agripper.

Dans la définition du mot Bruit dans nos bons dictionnaires de français, au delà de l’évocation de la dysharmonie sonore, on rencontre aussi la notion de Bruit au sens « Bruit de couloir », la rumeur voir in fine, la nouvelle au sens littéraire. Ce sens de nouvelle est à additionner aux instruments « classique », il est aussi surtout présent grâce aux cordes qui vont venir instaurer cette trame narrative dans ces quatre nouvelles qui composent l’album avec des gradations dramatiques.

Pour la piste “Industry”, Clément y évoque l’esprit américain des méga open-spaces des villes modernes. Moi quand j’ai écouté le disque, j’ai eu de mon côté une vision des chaînes logistiques chez Amazon par exemple. Sur cet album instrumental en quatre chapitres, chacun peut finalement venir imaginer sa propre histoire derrière la trame principale et ne pas suivre l’ordre des pistes stricto-sensu.

Enfin, le Bruit ça me fait aussi penser au bruit numérique d’une image, cette fluctuation parasitaire. Dans votre musique il y a aussi évidemment une grosse dimension cinématographique. C’est aussi un objectif de pouvoir laisser aux gens la possibilité d’écrire cette histoire ?

Clément : Dans les « Diving into tracks », je viens décrire nos processus mais ça ne veut pas dire que ce soit l’image juste. On a mis très peu de texte, il y a quelques samples parlés, mais on suggère une histoire uniquement. Et effectivement, chacun doit être à même d’écrire son histoire. On essaie dans l’intention de faire de la musique de film sans images, de la musique à l’image sans images. C’est à l’auditeur de se faire son propre film.

Théo’ : Ce que l’on a toujours aimé dans la musique instrumentale, c’est justement de ne pas avoir un texte qui te dit « ce morceau parle de ça… » et venir te raconter la chose de A à Z. Comme pour l’écrit quand tu découvres un morceau avec un clip, tu n’auras plus jamais l’écoute de ce morceau sans la vision de ce clip dans ton cerveau. Même pour un titre instrumental, tu auras le scénario du clip. Ce qui n’est pas le cas des clips captés en live ou tu peux très bien t’imaginer la scène en dehors de l’église sur une scène classique par exemple.

SensationRock : Si on revient à la représentation de l’image depuis le début des 33 tours avec la pochette comme quasi-unique outil marketing pour vendre l’univers d’un disque. Aux années 90’s avec MTV et l’avènement du clip tout puissant et des budgets pharaoniques. Aujourd’hui beaucoup de groupes indé, comptent sur non pas les clips studio, mais sur des Lives qui représenteraient une meilleure mise en avant de ce qu’ils font.

On pense à radio aussi comme KEXP par exemple sur Youtube qui est l’une de nos références car ils ont vraiment l’amour de ceux qu’ils invitent, les mix sont excellents et le public, initié. C’est quelque chose qui vous importe aussi ? Vous avez prévu d’autres enregistrements vidéos ou captation prochainement ?

Théo’ : Au-delà du clip, on trouve que la vidéo live, c’est une sorte de clé pour comprendre la musique. Une porte d’entrée aussi pour plus qu’imaginer, voir les musiciens derrière qui jouent l’album, car beaucoup de gens écoute l’album sans se rendre compte de l’intensité du live et c’est ce qui donne aussi envie à des programmateurs de nous faire venir pour jouer.

Clément : Je rejoins Théo sur tout ce qu’il a dit, faire un clip déjà ça coûte un pognon fou pour que ce soit vraiment chouette et puis ça veut dire que tu fermes la liberté d’interprétation. La vidéo Live permets de montrer une nouvelle lecture du morceau, l’esthétique, ce n’est pas juste montrer un gars qui frappe sur une batterie, montrer une performance, un symbolisme par rapport aux propos même du morceau. Par exemple, notre dernière vidéo live du titre “Industry” a vraiment dans la mise en scène et la manière dont elle est filmée, un sens par rapport à ce que le morceau raconte. On parle de cercle vicieux, de perte d’équilibre, du burn-out dans l’industrie. C’est une vidéo caméra à la main, pas du tout stabilisée comme on a l’habitude, donc très organique avec des défauts. Avec un travelling qui donne cette sensation de tournis, les rails du travelling sont visibles à la caméra, avec les vidéos d’usines qui nous sont projetés sur le corps et ça créée du sens esthétique même si on a une performance Live qui montre que cette musique se consomme dans une salle de concert.

Théo : Comme tu le disais, c’est surtout des groupes indé’ qui font des vidéos Live. Ce sont des cycles, mais en ce moment j’ai plus l’impression que les gens cherchent à écouter un chanteur solo ou un duo et ne connaissent plus les groupes et l’ensemble des mecs qui jouent dedans.

Je n’ai pas Spotify donc quand j’entends parler d’un groupe, je cherche non plus juste avec le Nom mais je mets « Live » en plus dans ma recherche et je vais chercher n’importe quoi. Que ce soit une sortie de console ou juste quelque chose d’écoutable puis regarder quel est la formation, quels sont les instruments, etc…

C’est une démarche de musique de niche, mais ça permets aussi pour nous que les gens qui nous cherchent sur le net, puissent tomber sur des vidéos de bonnes qualités et qui sont représentatives de ce qu’on propose en Live.

Clément : Ça ramène aussi à l’idée de base qui est ; la musique ce sont des humains qui font de la vibrations pour d’autres humains.. Nous, on crypte toutes ces vibrations via la production, les arrangements… Mais dans le Live, on met en avant cette réalité-là. Si on fait un clip, là c’est autre chose.

SensationRock : C’est aussi la meilleure des publicités et la démarche la moins formatée ?

Clément : On essaie toujours de proposer quelque chose de singulier, pas uniquement lorsque l’on joue, mais aussi sur la manière dont c’est filmé. Beaucoup travaillent sur le montage, à trouver le concept, le lieu ou quoi… « The Machine Is Burning » ce morceau a quelque chose de surnaturel, on essaie de dépasser les limites en terme de permanence. Et nous avec le matos, c’est via le travail des effets de saturation, de reverb’. La guitare va venir sonner presque comme un choeur et la basse qui va sonner comme un synthétiseur. Là d’un seul coup on créé quelque chose de surnaturel avec une acoustique naturel. Donc le mur de son n’est pas qu’électrique mais est aussi créé par l’acoustique des tuyaux. C’est les deux mondes qui se rencontrent pour former ce mur de son. Il se passe quelque chose dans cette église via les micros qu’on a utilisé, le son est énorme !

The Machine Is Burning…” C’est l’effondrement, ou est ce que l’on en est par rapport à la tradition, la nature et l’humaine en général. Toutes ces choses-là, ont étaient réfléchis pour que le clip trouve un écho dans la scénographie. Ce n’est pas pas « tiens, on va faire des jolis mouvements de têtes devant la caméra ! »

SensationRock : Et cette dernière piste de l’album est effectivement grandiloquente, c’est la plus ambitieuse avec un aspect d’élévation, presque de ravissement final avec des références peut-être bibliques qui m’ont fait à penser que l’église du Gesu (ou le clip live a été tourné), fut un choix logique pour y interpréter ce titre. Ça a été compliqué de venir tourner là-bas ?

Clément :  On a eu de la chance, on est passé via un copain qui à une entrée là-bas. C’est une Église qui est désacralisée et qui est le siège d’une association toulousaine qui fait un festival d’orgues. Dedans, il y a cet Orgue, un Cavailler-Coll. C’est le Stradivarius de l’orgue, le facteur français d’orgues le plus réputé dans le monde et qui a fait l’orgue de Notre-Dame. Donc incroyable ! Il y a souvent des concerts là-bas en plus.

On a eu beaucoup de chances et ça n’a pas été si simple que ça notamment en termes de timing. Ça a été intense et puis c’était le jour du début de second confinement, on ne savait pas si le tournage allait être autorisé par la mairie donc il y avait une ambiance très chelou. On avait tous plein de projets qui venaient de tomber à l’eau. L’équipe de cuivres a eu un concert d’annulé, donc on était tous dépités et on s’est dit « allez, on y va et on verra. Une ambiance du désespoir qui se ressent bien dans le truc, on joue pour les deux, quatre mois à venir et donc on vide notre sac. Et c’est des choses imprévisibles, mais dans ce malheur on a eu la chance que ce soit hyper cohérent avec le morceau. Et là chose a été capté avec grand talent par Arnaud Payen.

SensationRock : La vidéo est effectivement superbe et on vous voit à seulement quatre musiciens principaux dedans. C’est le cas aussi en tournée, quand on écoute votre musique, on peut s’attendre à voir plus de mains et de pieds sur les planches. Comment vous avez fait cette transition du produit fini à quelque chose à qui arrive à prendre corps sur scène en quatuor ?

Théo’ : L’idée de ce disque était de ne pas se bloquer justement à quatre instruments. Par contre il y a des samples sur scènes, des compromis d’arrangements assumés forcément pour le Live.

Clément : On a la chance de vivre à une époque ou les ordinateurs permettent de combler les trous. Mais si un jour on a la chance de tourner à vingt avec un orchestre à cordes et des synthé’, on le fera !

Théo’ : Au Roadburn on aura des cuivres d’ailleurs, le truc de l’église c’est génial, mais c’est surtout des questions techniques et financières derrière.

Clément : Il y a l’album, les vidéos en Live et le Live c’est encore autre chose. En Live, tu vois on a des cuivres, l’orgue, des cordes parfois. Industry est peut-être le titre le plus représentatif du live mais derrière je mixe en studio. Ce que l’on fait sur scène est plus brut, plus punk et donc ça implique aussi plus de guitare. Plus noisy alors que les versions albums on cherche la poésie ou sur le live on vient chercher l’énergie et le dépassement des limites sonores et émotionnelles.

Théo’ : Pour faire rentrer tout ça dans un Live il y a un tri à faire. Par exemple un synthé, on préfère avoir ça dans un sample qu’une guitare, on trouve ça bien. Idem pour les cordes, ça peut se sampler facilement et d’autres moins. Et que l’on ne souhaite pas ne pas voir en façade jouer par quelqu’un.

SensationRock : Il n y a donc aucune frustration ou de blocage à venir triturer l’album et ne pas se dire « je dois absolument venir faire sonner l’album en Live. A quel moment on se dit « Stop !» ,je suis satisfait de mon mix, ou on se dit « maintenant c’est le bon moment, on arrête de travailler sur l’album » et Go ?

Clément : Quand tu as pris rendez-vous chez le gars pour le Mastering pour moi c’est ça la deadline. Le mercredi 8 Août tu as ton rendez-vous et donc à ce moment c’est terminé tu retouches plus rien et c’est comme ça. (rires)

Théo’ : Mais tu prends rendez-vous quand tu commences à approcher du but et te dire que tu as quelque chose qui a la forme que tu voulais lui donner. On pourrait rajouter des arrangements à l’infini mais on tri, on enlève…

A une époque dans d’autres projets, on avait pas forcément cette maturité pour anticiper, là on arrive à voir quand on part dans le trop, quand une partie est bien mais dispensable. C’est déjà très très arrangé donc on ne souhaite pas surcharger les morceaux. On se dit stop à l’écoute.

Clément : Ce n’est pas parce qu’une idée est cool et qu’elle sonne bien qu’elle est forcément pertinente. C’est quoi l’idée de base, qu’est-ce que je veux raconter dans le morceau, est-ce que cette idée est utile au propos. Si oui super, sinon Ciao ! Et un moment donné dans ta création, tu vas aller au bout du processus, tu as enregistré et tu comparé avec tes versions d’avant. Au moment du mix il y a encore des choix qui sont fait, tu regardes si tu as avancé, une fois que c’est mixé, c’est mixé.

Mais effectivement aujourd’hui dans les morceaux sur scène, il y a des nouvelles idées et c’est mieux que la version album. Il y a des breaks avec une certaine magie que nous n’avions pas à l’époque, car les morceaux étaient frais. Mais c’est la vie, ce n’est pas grave. Et peut-être qu’on sortira un jour un album live totalement différent et c’est cool ! Ça veut dire que les morceaux vivent et évoluent…

Cliquez ici pour accéder à la seconde partie de l’ITW

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