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INTERVIEW: HANNI EL KHATIB

Moonlight dans les bacs, le Californien gominé est sur la route pour le faire vivre sur scène. On a profité de son escale à la Rodia de Besançon pour le rencontrer et parler un peu plus de ce nouvel album. Mais aussi de skate et de hip-hop…

Sensation Rock: Moonlight ton troisième album est sorti depuis à peine un mois. Comment a-t-il été accueilli auprès du public ?
Hanni El Khatib:
Et bien pour ne rien vous cacher… Je n’en ai aucune idée. Le fait est que je ne lis jamais les articles à mon sujet. C’est une règle que je me suis fixé dès le début. Je ne sais donc pas ce que pensent les gens à part bien sûr mon entourage et mes amis. Mais je sais déjà que eux l’ont aimé. Après, je ne m’occupe pas de ce qui se dit, je fais la musique qui me plait.
SR: Head In The Dirt a été produit par Dan Auerbach des Black Keys. Tu as choisi cette fois-ci d’enregistrer seul dans un studio de L.A. Pourquoi ce choix ?
HEK:
A la fin de la tournée de Head In The Dirt, j’étais de retour chez moi et le besoin de me retrouver en studio pour enregistrer s’est fait naturellement. Je ne me suis pas posé de contraintes. J’avais simplement des chansons qui se sont retrouvées là et sans m’en rendre compte j’avais écrit le quart de l’album en une semaine.
SR: On sent que tu as eu envie de tester de nouvelles choses sur ce disque. Tu y joues d’ailleurs quasiment de tous les instruments…
HEK: Oui on peut dire qu’à part la batterie, qui est le boulot de Ron, j’ai joué d’à peu près tout sur ce disque. Quelques amis m’ont rejoint également pour certains morceaux. C’est une chose que je n’avais encore jamais faite. Sur l’album précédent qui était produit par Dan(Auerbach) l’approche était totalement différente. J’arrivais dans son studio de Nashville avec une chanson en tête, lui montrais de quoi il s’agissait. Le groupe ensuite l’assimilait et on enregistrait en live. Moonlight ressemble d’avantage à mon premier album sauf qu’il a été produit en studio et non dans une chambre.
SR: Moonlight sonne différemment de tes précédents albums. Même si l’on garde des bases de blues, garage, on nage parfois dans un univers étrange soul et même de disco à l’image de Two Brothers. Ta façon d’écrire est sans doute plus personnelle ?
HEK: Absolument. Moonlight est d’avantage personnel que Head In The Dirt qui a été enregistré en l’espace de deux semaines entre deux tournées. Ce disque s’était fait de manière très spontanée. Moonlight quant à lui a été plus réfléchi. On pouvait passer tant de jours sur un titre, le laisser de côté pour un autre puis y revenir quelques jours plus tard. Pour ce qui est des nouvelles sonorités soul et disco c’est en effet nouveau dans ma musique mais pas dans mes influences. Je me suis dit que pour cet album je pouvais me permettre de tester de nouvelles choses sans avoir de pression puisque j’étais en gros seul maître à bord. Je ne me mets d’ailleurs aucune limite. C’est peut être un risque car les gens s’attendent à ce que je reste dans le même esprit de mes précédents disques mais peut être que ce changement sera un nouveau point de départ pour mes futurs albums…
SR: On a pu entendre un remix de Moonlight par GZA du Wu Tang Clan et également une collaboration avec le rappeur Freddie Gibbs sur Satin Black. On sent que le hip hop compte beaucoup dans tes influences…
HEK: Oui j’ai évidemment grandi au son du hip-hop qui est certainement mon premier amour dans la musique.
SR: Envisagerais-tu de faire un album avec des musiciens venant du hip-hop, un peu dans le style de ce qu’on fait les Black Keys avec Blakrock?
HEK: Je ne pense pas que je ferai quelque chose dans ce même style. Je ne me vois pas faire un album avec écrit mon nom “featuring” un tel puis un tel.  Je préfère donner un son à un artiste, comme peut le faire un producteur, participer à l’album d’un autre ou plus collaborer avec un artiste et créer ensemble comme un vrai groupe et faire un vrai album. Quelque chose dans ce genre est plus intéressant pour moi.
SR: Et quels sont tes artistes hip-hop favoris?
HEK: En ce moment, j’aime beaucoup Freddie Gibbs. Mais en fait, j’éprouve toujours autant de plaisir à écouter ce que je considère comme les basiques: A Tribe Called Quest, Mobb Deep, Souls Of Mischief et bien évidemment, le Wu Tang. Tous ces trucs East Coast du début des années 90 sont vraiment mes préférés. J’aime aussi la scène de Bay Area, c’est là d’où je viens, E-40, Mac Dre, Mac Mall, The Jacka… Je peux continuer encore et encore si vous voulez parler de hip-hop…
SR: Parlons plutôt de ton label Innovative Leisure qui compte de plus en plus de groupes qui tournent plutôt bien comme Allah Las, Nick Waterhouse, Bass Drum Of Death… Le petit label indépendant commence à prendre de l’ampleur…
HEK: Oui, oui. On a maintenant une vingtaine d’artistes. Superhumanoids, Gassomer, Crystal Antlers, Tijuana Panthers… Et ça continue de grandir. Au début, c’était juste Nick et moi.
SR: C’est un peu comme une grande famille. Le bassiste de Tijuana Panthers par exemple jouait avec toi.
HEK: Oui. Et Johnny qui joue ce soir de la basse, joue avec Crystal Antlers. Et là je viens de finir de produire l’album d’un groupe français, Wall Of Death. Et on l’a enregistré dans le studio de Johnny à Long Beach. Donc oui, c’est une véritable famille.
SR: Pour notre plus grand plaisir, on te retrouve régulièrement en France. D’ailleurs il paraît que tu avais rencontré Dan Auerbach à Paris dans un bar… Et donc tu as produit le nouvel album de Wall Of Death… Entretiens-tu une relation particulière avec notre pays ?
HEK: Oui. Avant même de parler musique, ma mère était obsédée par la France. Et donc dès le plus jeune âge, j’ai été familiarisé avec des choses françaises. Et quand j’ai commencé à faire de la musique, et que j’ai sorti mon premier album, il a tout de suite été vite adopté par le public ici. Ce qui est dur quelque part, puisque beaucoup d’artistes américains n’ont pas eu la même reconnaissance à l’étranger, spécialement en France où le public me semble assez particulier dans ce qu’il aime. Soit c’est des choses très très underground, soit des choses hyper populaires. Et donc il y a des groupes indé qui n’ont pas la chance d’être reconnus, alors qu’aux Etats-Unis, ils vont remplir des grandes salles. Donc personnellement, je me sens chanceux de pouvoir jouer ici.
SR: Pour terminer qu’écoutes tu en ce moment ?
HEK: J’écoute beaucoup de vieux trucs. Je suis toujours à la recherche de “vieilles” musiques. Et tous les trucs nouveaux que je voulais écouter pendant le voyage sont dans mon ordi que j’ai perdu. Alors attends (il sort son iPhone). Ah oui, il y a ça. Ce n’est pas totalement nouveau mais je le découvre seulement. Goat. Je connaissais de nom mais je n’avais pas écouté. Leur album World Music, c’est un truc de malade. Et le nouveau D’Angelo. 14 ans plus tard. C’est extra. Il l’a écrit et produit lui-même. Ça c’est effectivement un vraiment très bon album du moment. C’est comme de la musique soul psychédélique.
SR: Et avec cet emploi du temps plus que chargé, as-tu encore le temps de pratiquer le skate ?
HEK:
Pas vraiment. On vient de finir une tournée aux Etats-Unis où on a pu faire du skate quasiment tous les jours, dès qu’on avait une heure de libre. Mais ici, on n’a pas encore eu le temps.

Interview réalisée par F. et Johan.
Traduction par F. et Johan.

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