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Crows / Beware Believers

La sensation rock du moment, il ne faut pas la chercher plus loin que l’Angleterre. Il s’agit des londoniens de Crows, formation post-punk qui vient de sortir son album Beware Believers.

Les amateurs de The Murder Capital ne seront pas dépaysés puisque le style musical de Crows s’en rapproche, disons même que le groupe emmené par son leader James Cox fait mieux que The Murder Capital.

Avant Beware Believers, les Britanniques avaient déjà un vécu, à savoir deux EPs en 2016 et un premier LP en 2019 nommé Silver Tongues. C’est justement après la sortie de cette galette que, ne voulant perdre la moindre parcelle de temps, le groupe a commencé à composer les morceaux qui constitueront Beware Believers. À l’été 2019, James Cox est pris d’une subite inspiration et les mots coulent de source, allant jusqu’à faire des phrases. « À l’été 2019, le Covid n’était pas encore entré dans nos vies mais d’autres maux nous tenaillaient : le Brexit et la folie que notre gouvernement nous faisait vivre. » Ce sont les termes employés par Cox pour évoquer ce second LP qui, on l’aura compris, a été inspiré par la politique britannique et la société en déclin dont sont responsables, par ricochet, les politiciens conservateurs comme travaillistes. Pouvoir et opposition, tous dans le même sac!

James Cox avoue également avoir beaucoup lu les ouvrages de J.G. Ballard et de Kurt Vonnegut, ces écrivains n’ayant pas été pour rien dans l’élaboration des textes. Room 156, l’un des morceaux de Beware Believers, se rapporte à l’univers de Ballard, sombre et mystérieux. Ce titre pourrait aisément être celui d’un roman policier traitant d’un meurtre commis dans un hôtel, chambre 156.

Pour l’enregistrement de Beware Believers, le groupe s’est réuni dès janvier 2020 aux Fish Factory Studios de Londres, séances de travail interrompues puis reprises plus tard, dès que tout a été de nouveau possible. Beware Believers s’est ainsi matérialisé ce 1er avril, déboulant tel un OVNI sur la planète rock. Une distribution gérée par le label Bad Vibrations Records.

Closer Still donne d’entrée le ton d’un album énergique, rentre-dedans, où les guitares bourdonnent à satiété. Et encore, le rythme de Closer Still est soutenu, ce qui ne sera pas la même avec l’étourdissant Garden Of England, l’un des trois singles dévoilés, qui musicalement revêt des similitudes avec More Is Less de The Murder Capital, principale source d’inspiration de Crows. Only Time est du même acabit, entraînant et composé dans l’urgence. Déjà, Crows imprime sa patte, entrant sans préambules dans le vif du sujet. Ce qui interpelle de prime abord, à l’inverse de The Murder Capital ou d’Idles, c’est cette aptitude de James Cox à poser sa voix, à véritablement chanter, au lieu d’éructer comme le ferait un certain Joe Talbot. Voilà pourquoi Crows rassemble tous les suffrages et se pose comme le combo britannique en vogue de ce début d’année.

Le rock des Britanniques se veut même, sur certains morceaux, plus psychédélique et aérien. On parlait de Room 156, cette compo baigne en plein dans cet univers sombre: rythme posé, guitares aériennes et voix de James Cox ce qu’il y a de plus normal. On peut imaginer, sur Room 156, James Cox relater l’histoire de ce meurtre commis dans ladite chambre d’hôtel. Un psychédélisme et une ambiance mystérieuse qui font de Room 156 l’un des grands moments musicaux de Beware Believers et ce n’est pas innocent si, pour promouvoir l’album, ce morceau a été choisi comme single. Slowly Separate, paru récemment, est le troisième.

Meanwhile poursuit dans ce décor de thriller, à l’image de Sad Lad qui constitue l’épilogue de Beware Believers. Les groupes post-punk peuvent aussi faire dans le psychédélique, la ballade onirique qui transporte dans les endroits les plus sombres, dans des décors idylliques et inquiétants à la fois. Au premières notes de Room 156, Meanwhile ou Sad Lad, on est immédiatement happé, envoûté par ces riffs de guitare aériens et la voix chaude autant qu’hypnotisante de James Cox.

Healing, Moderation ou encore Slowly Separate, bien que n’exerçant pas le même attrait que Meanwhile et Room 156, sont des morceaux qui comptent et ont tout à fait leur place sur ce second LP de Crows. Les Londoniens nous offrent du bon rock qui sonne juste, ne forcent aucunement leur talent comme Idles qui, à vouloir en faire trop, en arrive à bousiller satisfaction comme dirait un certain chanteur français. Les Britanniques de Crows ont en eux ce petit plus qui fait toute la différence, qui leur permet de se faire apprécier du publique. Point n’est besoin de gueuler comme un veau (on devinera à qui cela s’adresse) pour se faire entendre, James Cox l’a bien compris, jouissant d’une voix qui passe formidablement bien à l’oreille de l’auditeur, une voix relâchée et très audible. Ajoutons à cela une grâce et une chaleur communicative.

Rien n’empêche cependant Crows de faire du rock puissant, preuve en est avec The Servant et Will Eyed And Loathsome où la guitare est en première ligne. The Servant est composé musicalement dans la même urgence que Garden Of England et Only Time : cadence endiablée et trépidante, bonnes grattes qui vont bien, le tout magnifiquement dirigé par le grand manitout James Cox. Du rock de ce calibre, on en redemande!

Crows se cantonne encore à la Grande-Bretagne mais, selon toute vraisemblance, ne devrait plus tarder à s’exporter outre Manche. Il est en effet question d’une venue de James Cox et de ses acolytes dans l’Hexagone en septembre, pourquoi pas à l’occasion de notre festival Détonation à la Rodia! Il n’est pas interdit de rêver! Dans cette éventuel espoir de voir Crows en concert chez nous, apprécions Beware Believers comme il se doit car ce second LP du combo londonien le vaut bien. Dire que Crows sont la sensation rock du moment n’est pas exagéré, les Britanniques nous ayant gratifié de 11 morceaux de haut vol : 38 minutes de bonheur musical intense! Les détracteurs d’Idles ou de Shame peuvent nous faire confiance les yeux fermés, Crows changera sans aucun doute leur perception du rock post-punk british.

Beware Believers : un album où les guitares résonneront longtemps dans nos petites cages à miel!

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