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Red Hot Chili Peppers / Unlimited Love

Les piments rouges du charismatique Anthony Kiedis reviennent encore plus chauds que jamais, 6 ans après The Getaway qui, il faut bien le dire, s’avéra un cuisant échec et même une véritable catastrophe industrielle. À l’époque (en 2016), les Red Hot avaient tenté le pari Danger Mouse à la production, question de mode en vogue. Un échec surtout pour la presse puisque la formation californienne envisageait encore, pour l’album suivant, de faire appel à ce bidouilleur hors paire que fut Danger Mouse mais en musique, on le sait, tout peut changer en un éclair et c’est ce qui s’est passé! Rick Rubin, artisan du succès des Red Hot avec Blood Sugar Sex Magik (91), Californication (99) ou encore By The Way (2002) et bien sûr Stadium Arcadium (2006) est revenu aux affaires, comme si de rien n’était, sa dernière contribution aux manettes datant de 2011 et l’album I’m With You. Rick Rubin n’a pas été le seul à effectuer son grand retour avec les Red Hot puisque John Frusciante, guitariste historique du groupe, a lui aussi été rappelé après moults départs et retours. Pour Anthony Kiedis et sa petite bande, il apparaissait urgent de redorer un blason bien terni par The Getaway et ainsi renouer avec une formule qui gagnait, avec laquelle le succès était traditionnellement au rendez-vous. Les Red Hot Chili Peppers, c’est une véritable machine de guerre! En chiffres : pas moins de 100 millions d’albums vendus dans le monde, 6 Grammy Awards et surtout un total de 12 albums pour près de 40 ans de carrière! Voilà pourquoi, pour ce grand retour, le quatuor californien constitué d’Anthony Kiedis (chant), John Frusciante (guitare bien évidemment), Flea (basse) et Chad Smith (batterie) n’avait absolument pas le droit à l’erreur, attendu au tournant qu’il était avec cette énième réapparition de John à la gratte. Sans pour autant leur faire injure, Dave Navarro et Josh Klinghoffer, bien que s’étant acquitté du mieux qu’ils ont pu de leurs tâches de guitaristes, n’avaient ni l’aura ni le charisme de Frusciante. Pour rappel, John avait quitté le groupe pour la dernière fois après Stadium Arcadium en 2006, après être revenu pour l’opus Californication à la demande de Flea qui, au prix de nombreuses palabres, dut peser de tout son poids auprès d’Anthony Kiedis pour convaincre ce dernier de reprendre Frusciante. Le guitariste, totalement fauché à l’époque, disait s’être débarrassé de ses vieux démons que furent l’alcool et la drogue.

Le 12ème album des Red Hot Chili Peppers, avec Rick Rubin à la console et John Frusciante à la guitare, vient donc de voir le jour. Il a pour titre Unlimited Love. L’amour et la confiance qui, selon Frusciante, ont été pour beaucoup dans la réalisation de ce LP qui comporte, excusez du peu, 17 morceaux! Spontanément, tout le monde a accepté de mettre son ego de côté et de faire la part des choses, John Frusciante le premier. « Nous mesurons là la chance que nous avons de refaire de la musique ensemble et voulons en profiter un maximum » dixit Anthony Kiedis, très prolixe en interviews d’avant sortie de l’album. On imagine sans peine que ce petit monde était content de se retrouver après tant d’années de séparation. Rick Rubin ira même jusqu’à confesser : « Lors des premières séances de travail, j’étais très ému et ai versé ma petite larme car c’était tellement bon de retrouver tout le monde, comme au bon vieux temps! » Tout le monde, John Frusciante qui, sur ce nouvel effort, ne s’en laissera pas conter pour se montrer très actif. Avec Anthony Kiedis, ils furent les deux grands artisans en 91 de la vertigineuse montée en puissance des Red Hot, les Californiens faisant jeu égal avec Nirvana ou encore Pearl Jam.

Unlimited Love se partage entre morceaux à consonance funky et compos d’allure plus rock où, une fois de plus, la gratte de maître John fait des prodiges et des prouesses. Dès le début d’album, on en a un vif aperçu avec Black Summer, pierre angulaire d’Unlimited Love. Black Summer a d’ailleurs été choisi comme single inaugural et force est de constater que c’est mérité! Sur Black Summer, on retrouve les Red Hot d’antan, au sommet de leur art et au meilleur de leur forme: Chad Smith s’excitant derrière ses fûts, John Frusciante omniprésent dans les riffs de guitare et que dire d’Anthony Kiedis, saignant et percutant vocalement comme à la belle époque.

Un joueur de foot ne fait pas une équipe, cela vaut aussi pour un morceau car Black Summer n’est heureusement pas le seul à briller de mille feux sur Unlimited Love. Here Ever After, qui lui succède, ainsi que l’énorme These Are The Ways ou encore The Great Apes apportent tout leur éclat et leur dynamisme à un album qui, à d’autres moments, manque de mordant. Citons, au banc des accusés, Not The One, une ballade un peu trop guimauve à notre goût. Les morceaux lents et funky tels qu’Aquatic Mouth Dance, Poster Child et Bastards Of Light sont, disons-le, bien loin de rassembler nos suffrages mais ils impriment tout de même la marque de fabrique des Red Hot depuis les débuts. Dans Poster Child notamment, Anthony Kiedis fait son autobiographie, abordant ses tourments d’adolescent et la musique qu’il écoutait jadis. Malgré des paroles porteuses, l’habillage musical de Poster Child demeure succinct et sans éveiller la moindre émotion en nous. C’est gentillet, sympa, ça s’écoute mais on ne s’y étendra pas, à l’image de Not The One ou d’Aquatic Mouth Dance.

Unlimited Love souffle le froid, c’est incontestable, mais le chaud aussi et des morceaux comme The Heavy Wing, The Great Apes ou bien These Are The Ways méritent vraiment que l’on s’y attarde, sans parler du sublime Black Summer. Ces compos truffées de cinglants riffs de guitare font tout le sel de ce 12ème album des Red Hot. On se croirait revenus à l’époque d’albums tels que Californication, By The Way et même Stadium Arcadium sur lequel John tirait sa révérence jusqu’à son retour annoncé en 2019. These Are The Ways, Here Ever After et The Heavy Wing prouvent qu’ils sont les égaux et qu’ils n’ont rien à envier à des morceaux de la trempe de Dani California, By The Way et Scar Tissue, pour ne citer que ces trois-là car la liste de grands standards des Red Hot, ceux qui ont fait leur gloire et leur succès, se révèle bien trop longue pour être énumérée entièrement. The Heavy Wing, puisqu’on l’évoque, n’est pas sans justement rappeler Dani California, dans sa rythmique comme dans ses riffs de guitare. Un morceau qui débute lentement pour monter en puissance au fil des minutes. En outre, sur The Heavy Wing, John Frusciante prête main forte à Anthony Kiedis au chant. Frusciante n’a-t-il pas été l’auteur de quelques albums solo, comme par exemple en 2004? Avec ses talents innés de guitariste patenté, on en oublierait presque qu’il sait aussi chanter même si, il est vrai, sa voix est bien moins reconnue que son jeu de guitare.

Sans ces morceaux que sont These Are The Ways, Black Summer ou The Great Apes, ce nouvel opus des Red Hot nous semblerait d’un ennui mortel, comme dénué de saveur mais, tel le phénix, John Frusciante a renaquit de ses cendres, s’attachant à montrer qu’il était là pour faire le job que l’on attendait de lui même si, sur des morceaux comme Poster Child notamment, il faut attendre longtemps avant de l’entendre jouer, étant moins présent que sur These Are The Ways par exemple.

Avec Unlimited Love, les Red Hot ont réussi leur pari de reconstituer leur réseau de fans qui, sur The Getaway en 2016, y avaient perdu de leur latin et s’en trouvaient quelque peu désabusés. Ce retour à la formule gagnante avec le duo Rubin/Frusciante s’avère peut-être pauvre en innovations et en prises de risques mais elle a, comme toujours, le mérite de plaire et de taper où il faut. Pourquoi être allé se fourvoyer dans l’inconnu avec Danger Mouse au lieu de rester dans sa zone de confort en compagnie de Rick Rubin! On ne le saura jamais bien que, fort heureusement, la raison l’ait emporté.

Selon la formation californienne, pas moins de 50 morceaux ont été enregistrés lors de ces dernières séances de travail avec Rick Rubin, d’où les 17 figurant sur l’album. Un nouvel opus, constitué du reste des compos, serait même proche de paraître mais après la tournée, laquelle passera par le Stade de France à Saint-Denis les 8 et 9 juillet de cette année.

Ces sessions d’enregistrements prolifiques ont un précédent, l’album Stadium Arcadium qui avait vu l’élaboration de 38 morceaux en tout, le groupe en ayant sélectionné 28 pour en faire un double album dont fut extrait Dani California.

Avec ce 12ème album Unlimited Love, les Red Hot Chili Peppers signent un retour tonitruant et qui, quoi qu’on en dise, est loin de passer inaperçu. La mauvaise parenthèse The Getaway semble gommée, Rick Rubin et John Frusciante sont arrivés à point nommé pour remettre les pendules à l’heure. Anthony Kiedis, ayant fait fi du passé, savait mieux que quiconque ce qui restait à faire pour faire cesser l’hémorragie et ainsi mettre fin à cette spirale négative créée par The Getaway. Il fallait laisser John reprendre son rôle de guitariste.

Unlimited Love ou le plaisir d’un groupe à se retrouver pour de fructueuses sessions d’enregistrement et surtout, plus que tout, le symbole de la renaissance de ce fantasque quatuor que l’on croyait perdu dans les limbes de la musique!

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