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Biffy Clyro / The Myth Of The Happily Ever After

On avait laissé les Écossais de Biffy Clyro sur 2 albums plutôt décevants, Ellipsis (2015) et A Celebration of Endings (2019). Il faut dire qu’après un coup de maître comme Opposites, rien n’est plus dur pour un groupe que de parvenir à rester sur de tels sommets. Leur MTV Unplugged et la bande originale Balance, Not Symmetry avaient également jalonné l’attente de quelques os à ronger. Si le MTV Unplugged était absolument convaincant mais pas révolutionnaire, la B.O. du film éponyme était restée assez quelconque, bien loin de l’A.D.N. des hommes de Kilmarnock.

C’est donc avec appréhension et une certaine dose de scepticisme que nous nous sommes plongés dans cet album de 11 titres. Et bien soyons fair, c’est une réussite. Pas totale, certes, mais une réussite quand même. La seule vraie fausse note de l’opus est Separate Missions, 5’18’’ de souffrance et de synthés désuets. Dommage, parce que Biffy Clyro n’était pas loin du sans faute.

Cet album a vu le jour pendant les 18 derniers mois, et s’est fait presque naturellement, avec un enregistrement en home studio dans une ferme d’Ayrshire. Il s’intitule sobrement The Myth Of the Happily Ever After. Pour les non-bilingues ou les anglophones les moins avisés, Happily Ever After est une expression idiomatique relative aux contes pour enfants : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Las, les Biffy ont détruit et déconstruit le mythe en quelques chansons urgentes et bien senties. Simon Neil, le chanteur et guitariste principal du combo, décrit l’album comme « une réponse émotionnelle aux tourments de l’année écoulée ». Dont acte, bien qu’il faille reconnaître que même en analysant les textes de très près, on ne perçoit pas toujours cette dimension-là dans les chansons. En revanche, il est indéniable que musicalement au moins, le combo parvient à distiller une énergie et une rage on ne peut plus perceptibles.

Durant la crise sanitaire donc, le groupe et Simon en particulier ont reconnu avoir traversé une crise existentielle majeure, allant même jusqu’à se demander si leur musique avait encore un sens. Par conséquent, Simon nous laisse avec un certain nombre de questions tant musicales qu’écologiques, tant philosophiques que par certains aspects religieuses. Et Simon de nous interroger directement en interview : « Pourquoi les personnes qui ont le moins à dire le disent-elles toujours le plus fort ? ».

DumDum

D’après les commentaires de Simon sur applemusic.com, cette chanson évoque l’exaspération de l’auteur quant au fait que beaucoup d’entre nous soient si sûrs d’eux-mêmes, et convaincus que leur façon de vivre soit la seule bonne façon de vivre. Musicalement, c’est très éthéré, quasi spatial. Les guitares sont elles aussi planantes et soulignent à merveille le mantra This is how we fuck it from the start, psalmodié à maintes reprises en fin de morceau. L’Humanité cause sa propre perte, tel est le message caché de cette chanson. Et on ne peut objectivement pas donner tort à Biffy Clyro sur ce point.

A Hunger In Your Haunt

Pour moi, la meilleure chanson de l’album, puisqu’elle reprend tous les codes initiés par le groupe lui-même. Ça chaloupe, ça syncope, ça secoue son popotin, et les riffs de guitare sont ravageurs. La voix de Simon, dans un premier temps parlée, puis scandée, vient parfaitement étayer le riff du pont puis du refrain avec une énergie folle. Les voix des autres membres, les jumeaux James et le batteur Ben Johnston ne sont pas en reste, loin s’en faut. Et que dire du solo, épique, tout en surprises et en contre-temps ? C’est juste fabuleux et à contre-courant de toute la pop mainstream du moment. Un chef-d’œuvre, vous dis-je ! Quant aux paroles, elles traitent de l’énergie vitale qui pousse un Homme à se relever et à faire face. Trouver la force motrice en son for intérieur, un désir ardent dans son obsession, a hunger in your heart. Magistral!

Denier

Intro speed, son saturé, Denier évoque les auteurs d’abus, les manipulateurs de tous ordres, ceux qui vous retournent le cerveau et se font ensuite passer pour des victimes. Le morceau est par moment, comme disent les jeunes d’aujourd’hui, malaisant. En cela, c’est une réussite totale.

Separate Missions

Sans doute la pire chanson de l’album. 5’18’’ de souffrance, avec des claviers datés. À oublier fissa.

Simon a avoué s’être inspiré des Cure et Robert Smith, oui mais voilà, ce qui était de mode dans les années 80 est totalement suranné à présent.

Witch’s Cup

Bon, il y a une touche de claviers pourris, mais là, ça passe crème ! C’est dans ce morceau que le groupe mentionne le titre de l’album. Côté signification, on aborde le mysticisme, l’existence de forces supérieures. Pour mieux critiquer ceux qui abusent de la fragilité des âmes perdues.

Et musicalement, c’est abouti et puissant.

Holy Water

La chanson est à double sens. Initialement, Simon y évoquait l’épuisement de la planète et l’urgence climatique (The sinner’s in the hospital room / The saint is in the bed). Puis la pandémie est arrivée, donnant un éclairage nouveau à ce titre somptueux. Celui d’un monde qui s’effondre, le tout sur un air de ballade terriblement efficace. Du grand Biffy Clyro.

Errors In The History Of God

Ou comment l’Humanité court à sa propre perte, le tout sur une mesure en 7/4 pas piquée des hannetons.

Là encore, on retrouve l’A.D.N. du groupe, avec des syncopes, des riffs ravageurs et des guitares saturées. Absolument divin, avec un accord de résolution final très surprenant, permettant sans nul doute l’enchaînement avec Haru Urara.

Haru Urara

C’est l’histoire d’un cheval, une rosse ayant perdu toutes ses courses. Oui mais ce cheval a déplacé les foules et insufflé un vent d’optimisme sur l’archipel du Japon. Une ode à la loose, un changement de regard, un pas de côté. Le tout bien évidemment sur des riffs nerveux.

Unknown Male 01

Pour ce morceau, on arrête de rire. Il traite du suicide chez les hommes en particulier. La dépression, la perte, les familles restantes. Le groupe a perdu 2 de ses amis dans de telles circonstances, Scott Hutchinson et un certain Dan. Comment aborder un tel sujet ? Frontalement. Et c’est bien ce à quoi le groupe s’est employé. La noirceur transpire de ce morceau, à peine égaillée par une mélodie accrocheuse, construite en progression descendante sur les phrases :

Innovation celebration Adoration, give me more et You can fake it, infiltrate it Corporate it, little boy, puis ascendante sur Bury your head in the sand all you want A billion vibrations surround you at once We’re on our way together into the unknown, tel un mouvement de ressac, puis à nouveau descendante sur Deviation, mutilation Self-abasement, what a chore For only one more day Sometimes I purr, sometimes I growl Sometimes I squeak, I can roar It’ll shake your teeth, et rebelote, ascendante sur le même passage que tout à l’heure. Franchement, on ne saurait dire si cela a été fait à dessein, mais cela compte réellement parmi les progressions chromatiques les plus représentatives d’une chanson. Jeunes compositrices et compositeurs, prenez-en de la graine.

Existed

Ce titre évoque le pardon, et le fait de devenir une personne meilleure, le droit à une seconde chance aussi. Mais musicalement, on n’est pas loin de la faute de goût, un peu comme pour Separate Missions. Certes, c’est moins empreint de sonorité kitsch, mais quand même.

Slurpy Slurpy Sleep Sleep

Simon l’admet, ce morceau constitue une soupape, un OVNI sur l’album, dont le seul but est d’aérer un opus qui, il faut le reconnaître, n’est pas à prendre à la légère. Autrement dit, c’est un défouloir, un exutoire, une transition vers nos vies parfois cabossées, parfois recluses, mais parfois pleines de moments d’émerveillement et de gratitude.

Au final, l’album The Myth Of The Happily Ever After est dans l’ensemble une pièce majeure de l’œuvre des Biffy Clyro. Pas un sommet, certes, mais une œuvre qui comptera pour le combo écossais. Et qui aura eu le mérite, ce qui n’est pas fréquent, d’aborder des sujets difficiles, pour mieux les sublimer.

Note : 8,5/10

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