Logo Sensation Rock

Bjørn Berge / Heavy Gauge

L’homme n’est pas un perdreau de l’année. Né en 1968 à Haugesund en Norvège, le colosse est l’un des musiciens les plus respectés en Europe et dans le monde, et l’étendard d’un blues rock acéré, viscéral et sans cesse renouvelé.

Heavy Gauge comporte 9 titres. C’est court, mais que voulez-vous, quand l’intensité est de ce calibre, c’est un régal pour les sens. Sauf….pour le toucher. Heavy Gauge fait référence au tirant utilisé par Bjørn Berge sur ses guitares Cole Clark, un luthier mondialement reconnu pour la sonorité profonde de ses instruments.

Confirmation auprès de Bjørn lui-même via Facebook: il utilise du 013-056. Et obtenir un tel jeu délié, souple et précis avec un tel tirant qui plus est sur une 12 cordes, ce n’est plus une prouesse mais un miracle ! De plus, l’homme est charmant, ce qui en fait l’artiste blues le plus attachant après le regretté B.B. King.

The Wrangler Man (https://www.youtube.com/watch?v=iuMxtVn6RO0) ouvre le bal. D’emblée, on ne regrette pas d’être venu, parce que l’ADN de Bjørn y transpire ; stomp box pour le rythme, 12 cordes prêtes à vous lacérer le cœur, du slide, du picking, une voix aussi réconfortante que glaçante par instants, et une puissance sans pareille.

A Matter Of Time calme ensuite le tempo et la tension. Guitare sautillante et joyeuse, voix chaleureuse : « I will have you, it’s a matter of time, life makes no sense unless you’re mine ». On voit mal qui pourrait être insensible aux doux mots du héraut.

Arrive Bound to ramble, et l’on se demande si la voix grave du bonhomme connaît ou non une limite basse. Le sort d’un condamné à l’errance, la faute à une femme qui aurait abandonné le colosse. Oh yeah, la source éternelle du blues n’est pas tarie, tant qu’il y aura des femmes, des guitares et des hommes pour souffrir.

Mais Bjørn Berge, c’est avant tout un guitariste prodige. Un musicien certes pétri de talents, mais un travailleur de l’ombre depuis qu’il a 13 ans. Nourri par Robert Johnson et Ry Cooder notamment, sans jamais tomber dans la copie des maîtres du Valhalla. La preuve avec ce boogie blues I Got It Made, entêtant, entraînant, technique et ludique pour qui souhaiterait s’initier à la musique de Bjørn.

Ses attaques sont tour à tour franches et droites, et tellement légères comme pour le solo de Rip Off. Un jeu puissant, percussif, un tempo enlevé, balancé par l’incroyable précision de son toucher. De la belle ouvrage, du grand art, messieurs dames. Notes doublées façon Wes Montgomery ? Du tout, 12 cordes bien utilisées !

A Stray Dog convoque le pactisant du Diable Robert Johnson. Le jeu en slide de Bjørn y est tout bonnement hallucinant, tout en mélodie, soulignée de la voix du Norvégien. Parlons en, de cette voix. Elle semble avoir été forgée aux flammes d’Odin, dieu d’Asgard, dans un alliage connu des divinités seules. Et Odin s’est penché sur le berceau de « Little Bjørn » pour lui murmurer : « Ta voix sera grave, pleine, rauque, tu en feras exactement ce que tu voudras, parce que j’en ai décidé ainsi. Tes cordes auront la solidité de mes meilleurs aciers, mais grâce à ta force, la souplesse du roseau aussi ».

(NDLR : les propos runiques d’Odin ont été traduits du norvégien pour plus de crédibilité… Toute ressemblance avec Marraine la Bonne Fée serait purement fortuite).

Alone Again traduit la solitude du pauvre hère, celle du musicien sur la route.

Coliseum jure un peu dans le paysage, on se rapproche d’un Jack Johnson, et il faut le concéder, Jack n’est pas Robert. C’est largement au niveau, le travail sur les voix et les guitares est impeccable, mais c’est plus passe-partout que le reste de l’album.

Enfin, Bottle Floats. Déchirant, déchiré, ravagé, et l’on ne sait pas trop si ce sont les guitares de Bjørn que l’on entend ou un arrangement pour violon et violoncelle en pizzicato. Un morceau d’une délicatesse exceptionnelle, d’une noirceur totale. Une bouteille à la mer, et l’espoir renaît. Peut-être….

On ne peut que remercier Odin et le travail acharné de Bjørn pour leurs bienfaits, et allumer un cierge en guise d’ex-voto !

Note : 10/10

Total
24
Shares
Related Posts
Read More

LIAM FINN, FOMO

Transgressive Records/PIAS/2011 Le prodige néo-zélandais revient avec un nouvel album,FOMOet évite la redite. Cool. FOMOsignifieFear Of Missing Out,…
%d blogueurs aiment cette page :