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Matt Berninger, Serpentine prison.

Encore une escapade en solo, celle de Matt Berninger du groupe The national.
Très pris par sa formation et d’autres projets, le songwriter new-yorkais n’avait encore jamais envisagé de faire un album rien qu’à lui. C’est désormais chose faite avec Serpentine prison, un opus de dix morceaux placé sous le signe de la folk.
A propos de cet album solo, Matt Berninger a déclaré : « récemment j’ai écrit pour des films et d’autres projets dans lesquels je devais entrer dans la tête de quelqu’un d’autre, ressentir ses sentiments.
J’ai aimé ce travail mais ça m’a donné envie de fouiller dans ma camelote personnelle. Serpentine prison est la première chose qui en est ressortie ».
Cet album a été produit par Booker T. Jones, chanteur soul originaire de Memphis et membre de la formation Booker T. & the M.G’s sur le label Book Records créé par Booker T. lui-même et construit sur les fondations de l’ancien Concord Records.
Quelques bons amis de Matt ont apporté leur contribution pour l’enregistrement de Serpentine prison : Andrew Bird, Matt Berrick de The walkmen ainsi que Gail Ann Dorsey qui fut la bassiste de David Bowie.

Les amateurs des premiers albums de The national se reconnaîtront parfaitement dans ce Serpentine prison car, à l’instar de Sad songs for dirty lovers, Aligator ou encore High violet, le style de Serpentine prison est tourné vers la folk intimiste.
La plupart des compos sont interprétées à la guitare sèche que seconde magistralement un orgue ou un clavier rétro, instruments que l’on peut par exemple entendre sur les morceaux Serpentine prison, Collar of your shirt ou même One more second.
On remarque aussi le piano dans les compos My eyes are t-shirts, Take me out of town et All for nothing, cette dernière également orchestrée d’un soupçon de guitare et de cuivres.
Les percussions, sur l’ensemble de l’album, s’avèrent pratiquement inexistantes, faisant parfois de timides apparitions.
Tout chez Matt Berninger procure une vive émotion, qu’il s’agisse des textes ou de la voix de barython qu’il adopte. A l’écoute des dix morceaux de Serpentine prison, on a juste à se laisser transporter et Matt fait le reste. Exit les orchestrations sophistiquées et perfectionnées des derniers albums de The national avec grosses percussions et boucles synthétiques, on est en présence d’une folk limpide, transpercée d’émotion à fleur de peau. Laquelle émotion est ressentie sur All for nothing, Serpentine prison et plus dans le formidable duo que forment Matt et Gail Ann Dorsey sur Silver springs qui est d’ailleurs le dernier single dévoilé pour marquer la sortie de l’album.  A Silver springs, ont précédé deux autres singles ayant pour titres One more second et Serpentine prison. Serpentine prison fut composée en décembre 2018, à peine une semaine après la fin de l’enregistrement d’I am easy to find, dernier album de The national.
Quant au clip, il met en exergue le processus de travail d’enregistrement en studio.
Du premier au dixième et dernier morceau de l’album, la voix de Matt Berninger nous réchauffe le cœur par sa douceur et sa gravité.
Accompagnée de l’orgue, de la guitare ou du piano, elle fait s’insinuer en notre for intérieur un bien-être inestimable.

L’album solo loin de son groupe est rarement un exercice simple et plus d’un, sans citer de noms, se sont plantés en beauté. Matt Berninger semble visiblement échapper à l’échec prédit par les mauvaises langues aux grands leaders de formations qui osent s’aventurer seuls. Serpentine prison est la véritable révélation d’un songwriter discret et pudique, de ceux qui ne parlent jamais pour ne rien dire.
Cet envoûtant album de Matt Berninger est d’ores et déjà à classer parmi les bonnes productions folk de cette année avec dix compos que jamais, au grand jamais, on ne se lassera d’écouter.
Serpentine prison, l’album qui consacre un vrai talent de l’indie folk !

Jean-Christophe Tannieres

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