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Nick Cave & the bad seeds, Ghosteen.

Le songwritter australien Nick Cave est de retour, une fois de plus flanqué de son fidèle groupe The bad seeds, trois ans après Skeleton tree. Ce nouvel et 17ième effort a pour titre Ghosteen (que l’on peut traduire en français par fantôme adolescent). Un opus dédié, à l’instar de son prédécesseur, au fils de Nick Cave Arthur, âgé de 15 ans, décédé en chutant d’une falaise sous l’emprise du LSD non loin de Brighton (juillet 2015).

Ghosteen a été enregistré entre Berlin, Los Angeles et Brighton, ce qui n’a pas le moins du monde entravé l’élaboration studieuse et perfectionnée de cet album. A l’inverse par exemple de Nocturama
(2003) et plus précisément, par exemple, du génial Bring it on), guitare et batterie sont quasiment absentes et font place au synthétiseur ainsi que, sur certains morceaux, à l’orgue qui tient une place non négligeable dans l’orchestre actuel. Cette tendance électro a déjà été décelée dans l’album Push the sky away en 2013, que certains observateurs considèrent comme étant le premier d’une trilogie.
La voix de Nick Cave s’accorde, sans difficulté aucune,  avec ce somptueux et harmonieux ensemble qui, de temps à autres, reçoit le concours d’envoûtants chœurs qui auraient sans nul doute leur place dans les plus grandes  cathédrales.

Ghosteen se révèle être, on peut le dire, un prolongement de Skeleton tree (2016) car le crooner nous dévoile, sans la moindre retenue, sa douleur et sa souffrance mais en restant pourtant très digne et en gardant une certaine pudeur. Mettre son âme à nu, exhorciser toute sa douleur, c’est ce que Nick avait déjà amorcé dans Skeleton tree sans réellement y parvenir. (Il est vrai qu’à l’époque le chagrin causé par le deuil ne l’avait pas encore tout à fait submergé).
D’un morceau à l’autre, on passe d’une ambiance sombre et lugubre de mort où tout semble figé à un contexte de vie, de résurrection en se disant que le monde va continuer de tourner quoi qu’il arrive et qu’il faut, pendant qu’il en est encore temps, admirer sa beauté.
L’exemple le plus évocateur est le sépulcral Sun forest où le lugubre éclipse le vivace, Ghosteen speaks nous ramenant à la vie et à l’optimisme dont le rockeur australien veut tant bien que mal faire preuve malgré la douleur causée par la perte de ce fils. Dans Ghosteen speaks, Nick dit : « cherche-moi, je suis à tes côtés ».
Néanmoins, l’absence d’Arthur demeure omniprésente dans cet album et le songwritter rêve que son fils va revenir. Une citation de Nick Cave, extraite du morceau Waiting for you, illustre bien cet état d’esprit : « le train arrive, il me ramène mon fils vers cinq heures et demie ».
Hommage encore dans Spinning song mais cette fois-ci, chose curieuse, au king Elvis. Spinning song exprime à lui seul le leitmotiv de ce LP qui est de croire en la beauté du monde puisqu’il faut, coûte que coûte, croire en quelque chose.
On retrouve la même notion positive de vivacité dans le morceau Ghosteen, long de 12 minutes, où Nick Cave imagine des petits fantômes dansant sans répit dans sa tête.
Leviathan, quant à lui, nous transporte dans un univers chamanique uniquement palpable aux confins de la Sibérie ou dans les contrées de l’Afrique sauvage.
Hollywood (14 minutes), est un savant mélange classique et moderne dans lequel orgue et synthétiseur se taillent la part du lion, tout ce bel orchestre formidablement mené par Nick. Dans Hollywood, il dit : « j’attends que mon temps vienne, j’attends que vienne la paix, j’attends ma place au soleil ». Par ces paroles, on peut interpréter que Nick attend, le plus tard possible toutefois, de retrouver son fils dans l’haut-delà.

En restant objectif, Ghosteen n’est pas l’album de l’année, un disque à écouter très souvent, mais le travail de production n’a pas été négligé et rien n’a été laissé au hasard.
A 62 ans, Nick Cave possède toujours un timbre de voix clair et parfaitement audible, ne souffrant d’aucune faiblesse à l’exception, bien évidemment, de celles qu’il a tenu à exprimer, de son propre chef, au fil des morceaux renfermés dans cet opus.
A vous désormais de prendre le temps d’écouter Ghosteen et de vous laisser porter par la voix langoureuse de Nick Cave. Un album qui mérite bien quelques minutes de votre précieux temps, pourquoi pas en faisant une petite sieste !

Jean-Christophe Tannieres

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