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SMASHING PUMPKINS, Shiny and oh so bright vol.1 / LP : No past. No future. No sun

Qui a dit que Corgan était un dictateur au royaume des Citrouilles Fracassées ?! Voilà un homme qui ne manque pas de projets (Zwan, deux albums en solo, quelques collaborations ici et là avec New Order, pour des BOF, un recueil de poésies, investisseur dans le domaine du catch, …) mais dont l’obsession depuis presque vingt ans fut de réunir sous une même bannière la formation d’origine. Fantasme également des adorateurs du groupe, la chose est désormais faite en 2018. Enfin, la bassiste D’Arcy Wretzky n’est pas de l’aventure. Il l’aurait sollicitée… A se demander qui a l’ego le plus trempé des deux… Le retour au bercail de James Iha, tel le fils prodigue sonne pourtant comme un début de réponse. Preuve aussi que le grand chauve est capable de mettre de l’eau dans son vin. Bref, c’est à trois guitares (Corgan-Iha-Schroeder) et avec derrière les fûts le génial Jimmy Chamberlin – lui n’a jamais vraiment lâché Billy – que les Smashing Pumpkins reviennent aujourd’hui avec Shiny and oh so bright vol.1 / LP : No past. No future. No sun, titre à rallonge pour mini-album de 31 minutes et 47 secondes. Une vraie-fausse surprise avec ce rejeton de Mellon collie. Musicalement parlant, on est en terrain connu. Sortez vos petits chaussons fourrés, la nostalgie s’invite dans vos enceintes.

 

Des morceaux so Smashing …

Shiny and oh so bright vol.1 / LP : No past. No future. No sun (promis après on raccourcit le titre !) s’inscrit dans la lignée de leurs grands albums des années 1990. Une idée confirmée à la lecture du premier des huit titres, Knights of Malta. Grandiloquence (garantie par le mariage d’un piano et de cordes) et solennité (la présence de chœurs féminins très soul music) sont les deux mamelles de cette mise en bouche découverte quelques jours avant la sortie de l’album. Billy Corgan démarre sur du velours. Les deux titres suivants, Silvery Sometimes (Ghots) et Travels, poursuivent dans cette direction pop qui a tant contribué à la notoriété du groupe. D’ailleurs, Silvery Sometimes (Ghots) se poserait presque comme le dernier chapitre d’une trilogie entamée avec 1979 et poursuivie avec Perfect. La voix féline, la mélodie, la batterie minimaliste tout tend vers cette infinie mélancolie dont les Citrouilles ont la recette. Un sentiment qui se prolonge avec Travels. Sur les couplets, les accords de guitare trainent et laissent la lumière à une rythmique basse-batterie mid-tempo accentuant ce clair-obscur charrié dans tout cet album.

 

(Smashing Pumpkins, Silvery Sometimes (Ghots))

 

Antithèse des titres précédents, Solara s’avère rugueuse, avec cette propension à monter en puissance et à montrer les muscles. Les classiques du groupes se bousculent ici : Silverfuck, Fuck You (An ode to no one) ou mieux encore United States (in Zeitgeist, 2007) notamment dans la tension suggérée par la batterie qui lâche enfin la bride. Un titre rentre dedans qui ouvrira la voie à Marchin’ on. Sur cet extrait, le son est familier mais le gang lorgne davantage vers le stoner rock. Une innovation qui cède vite la place à un passage pompeux lors du refrain , toute pédale whammy dehors. À la première oreille prêtée, Alienation apparaît comme faiblarde mais mérite une seconde audience. Les amateurs d’EBow (« archer électromagnétique ») et de ces sonorités synthétiques renforcées par un frêle clavier apprécieront cet entre-deux à la rage lumineuse s’extrayant progressivement de la pénombre. Un titre à l’image de la jaquette offrant un personnage ailé, marmoréen et tronçonné qui se cache le visage (réminiscence des fillettes de la pochette de Siamese dream? Oui, cette même doublette emblématique, réembauchée il y a quelques mois pour promouvoir le retour du gang de Chicago. Le clin d’oeil est possible).

With sympathy calme à nouveau le jeu. Le cristal ruissèle des guitares arpégées dans ce titre à la mélancolie tout droit puisée de MACHINA / The machines of god. Et pour garantir cette tristesse, rien de tel qu’une basse dépouillée mise en avant durant quelques secondes. L’album se referme déjà avec Seek and you shall destroy, morceau à la durée relativement courte (on est sous les 3 minutes syndicales). Le caractère incisif du riff et des couplets tranche avec un refrain à l’esthétique pop. Et lorsque Chamberlin affute ses baguettes sur sa caisse claire et son charleston de façon synchronisée, on pourrait croire qu’il lance le refrain Monster in the parasol. Ironique ? Pensez-vous… pour le plaisir je joins le clip des QOTSA.

(Queens Of The Stone Age, Monster in the parasol)

 

… au sein d’un format atypique qui peut laisser sur sa faim.

Huit titres seulement, une déception ? Oui et non. Au premier abord, cela paraît bien court pour une formation ultra-créative. Parenthèse ouverte : son prédécesseur Monuments to an Elegy n’en comptait déjà que 9. Neuf morceaux bien trop sophistiqués et parfois sans vraie saveur, agrégat sonore dont il était difficile de voir le bout. Estampillé Vol.1, ce nouveau disque invite à croire qu’il est pensé comme un diptyque – voire un triptyque, soyons fous – avec la sortie rapprochée (?) d’un second volet. Ceux qui se souviennent du projet Teargarden by kaleidoscope, seront les plus dubitatifs, so wait and see

Evoquons aussi deux écueils ; mettons de côté les miaulements un brin lourdingues de Knights of Malta. Premièrement et en lien avec ce format resserré, Chamberlin est inégalement mis à contribution au cours de cette alternance de mid-tempos et de ruades rythmiques. L’homme est cantonné à des parties minimalistes quand il n’est pas supplanté par une boite à rythmes sur les extraits les plus pop du disque (Silvery Sometimes (Ghots)). Corgan aime avoir un banc de touche de qualité, dommage qu’il faille attendre la mi-temps (Solara) pour l’entendre enfin, lui, son charleston génial et toute sa vélocité. Bon, c’est pas moi le coach…

Deuxièmement et annoncés dès l’introduction, les Smashing version 2018, c’est un line up de 3 guitaristes. Force est de constater que l’on peine à percevoir cette plus-value sur la présente galette. Le retour d’Iha s’inscrit comme de bien entendu, mais sans réelle excentricité guitaristique et encore moins sonore. S’en est navrant de la part d’un artiste qui a roulé sa bosse dans dans des projets diamétralement opposés durant deux décennies. Trois guitaristes disons-nous… Gageons que cette armada sera davantage exploitée sur scène. Y aura-t-il un vrai mur de son comme l’a toujours recherché Corgan, ou un homme apparaîtra-il comme superflu derrière sa 6-cordes? Au hasard Jeff Schroeder, le fidèle joker d’Iha depuis 2007?

 

Façonné dans une vieille marmite, avec l’aide Rick Rubin à la prod’ (j’allais l’oublié…), Shiny and oh so bright est bien plus digeste que son prédécesseur Monuments to an Elegy. On peut dire qu’il se veut fédérateur aux yeux de ceux qui ont prié le retour de Iha. Dans la discographie des Américains, on peut facilement intercaler cet opuscule après Zeitgeist et avant Teargarden, projet compliqué marquant le début d’une errance musique d’une dizaine d’années. Aujourd’hui, le brillant Corgan semble redécouvrir la lumière…

-Benoît GILBERT

 

(Smashing Pumpkins, Solara)

 

 

Artiste : SMASHING PUMPKINS

Album : Shiny and oh so bright vol.1 / LP : No past. No future. No sun

Label/distribution : Napalm Records

Date de sortie :16/11/2018

Genre : rock alternatif

Catégorie : Album rock

 

 

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