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IDLES, Joy as an Act of Resistance

En mars 2017 sortait Brutalism, un premier album énervé avec lequel Idles plaçait la barre très haute. Vraiment très haute. Un an et demi plus tard, les cinq Anglais nous assènent un nouvel uppercut du nom de Joy as an Act of Resistance. Nous sommes donc totalement en droit de nous demander si ce deuxième coup est aussi brutal que le précédent.

 

10 mars 2017. Après une poignée d’EP passés un peu inaperçus, la bande de Bristol dévoile au monde entier une perle violente et vindicative. La bien nommée Brutalism. L’urgence post-punk y affronte le côté frontal du punk hardcore dans un recueil de 13 titres d’une quasi-perfection. Il n’y a qu’à écouter des morceaux comme Mother, Well Done ou encore Exeter pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts occasionnés par le chanteur Joe Talbot et ses acolytes. Et leurs prestations scéniques fiévreuses et survitaminées confirment largement toute l’étendue du potentiel du groupe. Alors que s’enchaînaient dernièrement les sorties de plusieurs extraits préparant la venue d’un nouvel essai chez Partisan Records, les fans et les autres craignaient le difficile passage de l’étape du deuxième album. Joy as an Act of Resistance est-il aussi bon voire meilleur que Brutalism ? Plus que de simples oui ou non, la réponse s’avère beaucoup plus complexe que ça.    

 

Colossus met la machine en route et on retrouve sans mal les acrobaties vocales éraillées de Joe Talbot. Les guitares incisives du tandem fou Mark Bowen/Lee Kiernan sont toujours de la partie, la basse d’Adam Devonshire prend toujours autant de place et la batterie de Jon Beavis conserve une lourdeur significative. Ce premier titre ambitieux et plutôt long se termine par une « fausse fin » où la formation nous propose un fracas sonore présageant une suite du même acabit. Pourtant, les quelques morceaux suivants (on pense à I’m Scum ou bien à Love Song) s’avèrent légèrement décevants, l’énergie est toujours présente mais un certain côté pop et faussement fédérateur vient entacher la furie punk des débuts. Néanmoins, Danny Nedelko et ses couplets géniaux viennent hausser le niveau et nous rappeler que le groupe bénéficie d’un talent de composition forcément supérieur à la moyenne.

En guise d’interlude rappelant le conclusif Slow Savage de l’album précédent, June dégage une émotion palpable et bouleversante. Un morceau personnel où Talbot aborde le souvenir douloureux de sa fille morte à la naissance. Une chanson déchirante et chantée avec le coeur où la sincérité du groupe prend alors tout son sens.

Après cette intermède marquant et criant de vérité, le disque reprend de plus belle avec Samaritans, un son qui fait clairement penser à l’exceptionnel Heal/Heel placé en ouverture de Brutalism. La batterie nous embarque pour un aller sans retour dans le pays d’Idles. Certainement le sommet incontestable de l’album. Même constat pour Great, une alternative un peu moins mordante du désormais classique Well Done. Les derniers titres de l’album restent fidèles à la recette musicale des britanniques : les couplets sont tendus et les refrains se veulent explosifs et libérateurs. Mais il manque malheureusement un petit quelque chose. Comme pour la plupart des lives survoltés proposés par les cinq trublions de Bristol, ce deuxième effort se termine par Rottweiler. Un dernier morceau taillé pour la scène, un peu moins direct et qui prend le temps de s’installer pour se conclure dans un déluge sonore où les hurlements de Joe Talbot rencontrent les distorsions assaillantes des guitares. Un final qui donne allègrement l’envie de tout casser.

 

Au final, Joy as an Act of Resistance s’avère être un album de très bonne facture caractérisé par une envie d’en découdre communicative et de tous les instants. Il peine néanmoins à réellement convaincre malgré une urgence toujours fortement présente. Avant même sa sortie, ce nouvel effort devait faire face malgré lui à un problème de taille : Brutalism. Ce deuxième essai aurait pu être très bon s’il n’avait pas été précédé par un premier album historique et exceptionnellement remarquable. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Il restera cependant toujours la scène pour vous consoler et finir de vous convaincre qu’Idles est bel et bien le groupe le plus énervé du moment. Et ce sera sûrement le cas pour encore très longtemps.        

 

Hugo COUILLARD

Artiste : Idles

Album : Joy as an Act of Resistance

Label : Partisan Records

Date de sortie : 31/08/2018

Genre : Post-punk

Catégorie : Album rock

 

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