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PALÉO FESTIVAL, le mardi 17 juillet 2018, Plaine de l’Asse, Nyon (Suisse)

Dans la galère de l’autoroute. Comment formuler autrement la chose ? Plus d’une heure trente pour parcourir le dernier kilomètre jusqu’au parking du Paléo (?!), rentrer dans la bretelle de décélération – la bien mal nommée tant il est compliqué de dépasser le 7km/h… Bref, le tronçon Lausanne-Nyon est calamiteux. Oh oui il y a bien le Léman sur notre gauche, mais il est tout de même bien lointain, inaccessible presque superficiel en pareille circonstance. Patience, on y est presque.

 

Aussi le show de Declan McKenna aux Arches, ben je l’ai suivi à la radio sur la RTS 1ère… un chouette concert aux dires des deux présentateurs, « mené de main de maître par le jeunot arborant une jupe léopard » (cf. les animateurs helvétiques). Que dire de plus ?

 

C’est finalement avec un certain retard que j’arrive sur la Grande Scène, à la mi-temps du spectacle donné par Kaléo. L’Islandais aux faux airs de Chris Isaak (source : la RTS) mais avec un teint halé, le muscle saillant, électrise une foule importante et résolument jeune. Les titres sont réussis, très pop rock avec quelques élans bien sentis et punchy. Comme dirait l’autre: Kaléo au Paléo, ça le fait !

 

 

 

Au même moment, c’est le chapiteau du Détour – le bien nommé – qui mérite toute mon attention. Algiers a la mission de faire face au bellâtre des fjords. Précisons-le d’emblée : la formation américaine est grandiose et mérite amplement d’être vue en concert. À plusieurs moments, elle semble planer bien au dessus de la plaine de l’Asse. Le meneur à la dégaine hendrixienne (grossière bévue : l’homme est droitier. Erreur connue par le fautif qui évolue alors avec une gratte de gaucher ; ah !) focalise tous les regards, les appareils photos et les portables du coup.

Ledit Franklin James Fisher se donne corps et âme dans sa performance et lorsque sa récalcitrante 6-cordes n’en compte plus que 5, l’instru traverse la scène à l’horizontale, direction le roadie ! La formation d’Atlanta est bien plus vénère ici que sur disque. On a droit à un set savoureusement psyché et foutraque, noisy aux entournures et qui s’acoquine sans problème avec des rythmes groovy (The underside of power). Belle démonstration et première claquounette de cette 43édition du Paléo. C’est à reculons que je quitte le groupe lors du dernier titre pour gagner les Arches.

 

Présentés comme les petits génies de la pop music (au Paléo, sur les scènes d’envergure, il y a une personne qui annonce le groupe qui s’avance) Django Django débarque devant une foule compacte – la jauge des Arches est sensée contenir une dizaine de milliers de personnes – afin d’empiler les titres poppy. Un peu comme des perles d’ailleurs.

Si la mayonnaise prend de suite avec le public, il me faut plus de temps, soit le troisième morceau (Tic tac toe) pour apprécier le moment à sa juste mesure. Ça remue plus, mais juste un peu plus. Blasé ? Point du tout. Je sais toutefois que Crimer évolue à deux pas sous le Club Tent et il faut dire que j’avais apprécié les clips mis en avant par les programmateurs du festival pour présenter le groupe. Donc, ciao les Londoniens.

 

Ce qui est sûr, c’est que Crimer a déjà une fanbase capable de blinder le chapiteau qui lui est mis à disposition. Le trio (chanteur-guitariste, guitariste, claviériste) assisté de boites à rythmes catapulte son auditoire dans les années 80. Tout y est ; les vêtements, les brushings, la gestuelle, le chant un tantinet à la Depeche Mode – une mise en bouche en quelque sorte) et évidemment le son.

Les amoureux du genre et/ou de la période se régalent, les novices et les plus jeunes découvrent tout sourire avant qu’un déhanché jusque-là ignoré, ou refoulé, s’empare d’eux. L’échauffement idéal avant le show de la bande à Gahan de 22h15.

 

À peu de chose près, l’ensemble des festivaliers converge à l’heure dite aux abords de la Grande Scène. Le Paléo a sorti l’artillerie lourde dès le premier jour des festivités avec Depeche Mode. Les Britanniques arrivent en grande pompe et démarrent avec Going backwards extrait du dernier album en date (Spirit, 2017 – avec Cover me, les deux seuls extraits joués ce soir) puis embraient sur It’s no good. Gahan est en grande forme. Vêtu d’un complet rouge et noir, le brun ténébreux harangue la foule durant tout le show et lorsqu’il ne chante pas de sa voix solennelle, il exécute quelques pas de danse ou tournoie sur lui-même. A contrario, ses acolytes Flechter et Gore sont bien moins expansifs pour ne pas dire introvertis. N’empêche, comme toujours le guitariste prend toute lumière en interprétant Somebody. Un ange passe. C’est une grand’messe aux faux airs de best of (Precious, Everything counts, Stripped, Personal Jesus) qui régale le public. Les tubes sont pour la plupart joués dans des version étendues (Never let me down again, Enjoy the silence, …). Les monstres sacrés referment la parenthèse avec Just can’t get enough, titre bien plus léger musicalement parlant, qui fait danser la plaine de l’Asse. Les bras levés la fête bat son plein jusqu’à minuit.

 

Au même moment, il y a au Détour les locaux de HEX. Nous sommes alors aux antipodes : 200 personnes éparses, avides de sons futuristes industriels, névrosés, servis par une lumière striée et balayant aléatoirement se sont donnés rendez-vous.

Ceux qui évoquent la froidure de DM peuvent alors raviser leur jugement. HEX c’est de l’hermetic rock concocté par une bande d’apprentis shamans helvétiques, soucieux de l’esthétique visuelle et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’effet recherché est atteint. Au sein de la formation, je devine Jonathan Nido, également membre de Closet Disco Queen et Coilguns (et bien d’autres en fait !). Bref, il y a bien une scène rock suisse, consanguine, prolifique et qualitative. HEX est lent et c’est cool.

 

La nuit se conclut avec trois possibilités pleines d’éclectisme. Je commence avec le show excentré de Txarango sous le Dôme. Une ribambelle de musiciens catalans s’est déployée sur la scène. Ça s’agite en tout sens.

On se croirait à une date de Manu Chao ! Les titres sont enlevés et le groupe tout sourire. Un état très contagieux qui en deux temps trois mouvements transforme le public en acteur remuant. Ici, on finira la nuit sur une note festive.

 

Côté Club Tent, c’est la smala de Superorganism qui tient en éveil les festivaliers. Les thèmes pop, sucrés, décalés comme ceux de The Asteroids Galaxy Tour font mouche (It’s all good, Nobody cares, Night time, …). Le set est à peu de chose près le même qu’aux Eurockéennes. Rappelons que le chef d’orchestre est un petit bout de femme à l’allure enfantine. Là aussi on terminera sur un fond musical espiègle.

Avant de partir, je jette un œil et une oreille aux Arches. Bicep transporte alors avec son set onirique les amoureux de sons synthétiques et de boite à rythmes. Journée venteuse sur la Plaine de l’Asse qui se ferme ici avec une brise electro. Demain mercredi, la programmation sera davantage rock. En attendant, trouvons une sortie au parking…

-Benoît GILBERT

Crédit photo : Benoît GILBERT

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