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HELLFEST 2018, Dimanche 24 juin 2018, Clisson (44) – Part2

Dimanche, J3 – la suite

N.B. : Ayant assisté à une trentaine de concerts ce vendredi, nous avons décidé de découper en trois parties ce live report afin de ne pas effrayer nos lecteurs. Précédemment ont été évoqués les premiers shows. Dans cette seconde partie sont décrits les concerts ayant eu lieu à partir de 15h. Suivront enfin ceux de la soirée.

Bonne lecture.

 

Place aux New-Yorkais de Tombs, qui se produisent au Temple à 15h00 ; à la même heure, donc que The Bronx (côté Warzone) et Asking Alexandria (sur la Main Stage 2), ce qui peut expliquer l’affluence chétive du public sous le chapiteau : bien dommage, leurs passages en France, Belgique ou Suisse n’ayant lieu que tous les 36 du mois ! Le groupe, emmené par Mike Hill et aujourd’hui signé sur Metal Blade Records, a longtemps fait partie de la prestigieuse “écurie” Relapse, dont on remarquera au passage que Bongzilla est l’unique représentant “officiel” de cette édition (Suffocation, Nile, Baroness, Rotten Sound, Amorphis, Neurosis… tous ces groupes présents cette année et ayant été à un moment donné de leur histoire estampillés Relapse pouvant témoigner du statut “culte” du label).

Tombs pratique un black metal résolument urbain et dépourvu de tout décorum, très hardcore attitude : brutal, massif, sale, mélodique au compte-gouttes et surtout profondément sincère et authentique… les quatre musiciens semblent vivre intensément le moment, intérieurement… De Tombs, je ne connaissais que l’EPAll Empires Fall (2016), ultime sortie sur Relapse d’ailleurs : il ne fait aucun doute que je vais m’intéresser plus avant à leur discographie.

 

The Bronx, quatrième formation à débarquer sur la scène punk et très certainement la plus grosse sensation du jour. Une claque même. Réunion de de pointures (l’excellent Joey Castillo à la batterie, Joby J. Ford et Ken Horne aux guitares, Brad Magers à la basse et Matt Caughtran derrière le micro) sous le soleil, le quintet angeleno ne fait pas dans la dentelle. Les riffs brûlants du duo de bretteurs associés à une section rythmique en béton armé viennent se fracasser sur le public (à l’instar de Sore throat ou Side effects deux extraits du dernier album V).

Et soudain, d’un geste, le frontman rageur fend la foule tel Moïse. Le public est désormais coupé en deux et cela va durer, durer… la tension va s’amplifier… Quelques invincibles acrobates restent au milieu de la Mer Rouge, comme si de rien n’était. Finalement, c’est au terme de deux bonnes minutes que le go libérateur est donné. Braveheart, Games of Thrones, voire Le retour du roi (troisième volet du Seigneur des anneaux) me viennent à l’esprit. Les costumes de rigueur, les maquillages mis à l’épreuve pas la chaleur tenace sont alors difficiles à discerner. Un maelstrom visuel pour un déluge sonore, c’est parfait ! A l’issue des 10 titres piochés dans l’ensemble de la discographie du groupe, le public semble en avoir eu pour son compte. Il n’est que 15h40 ; les fans de Turbonegro ont le temps de se reposer.

 

(…) A 16h40, les Suédois de Manegarm ont capté Fred, Eric et finalement pas mal de peuple aussi. Le chapiteau du Temple est noir de monde pour ces partisans du metal viking.

La formule chœurs à 4 voix, violon s’acoquinant à la guitare fonctionne à merveille. Hordes of hel ou I evig tid ravissent le public. Pour ma part je m’éclipse pour gagner le temple du punk qu’est la Warzone.

 

Au même moment donc, voici venir les routiers du punk hexagonal, Les Sheriff. Après les avoir vus pour la première fois l’an passé (personne n’est parfait) lors du festival Rock Your Brain à Sélestat, je déboulonne sur le lieu avec la garantie d’assister à un set ultrarapide, généreux (17 morceaux en 50 minutes) et bourré d’énergie positive. Et en effet, les Montpelliériens débitent une setlist débordant de titres imparables (A coups de batte de baseball, A la chaleur des missiles, Je veux savoir pourquoi, …) qui comme pour les Burning Heads la veille, met le lieu sens dessus dessous.

Il y a pléthore de slammers et, parmi eux, un fauteuil roulant fait son apparition, flottant sur la foule ce qui exalte Olivier Téna, le chanteur. Une réussite en quelque sorte. En quittant le site, j’entends certains se poser la question (légitime ?) : quand pondront-ils des nouveaux titres ? Wait and see.

 

Scène alternative par excellence, la Valley offre des propositions musicales étonnantes, addictives et même borderline. Bluffés la veille par Ho99o9, aujourd’hui nous sommes subjugués par Zeal and Ardor. Quid de ce groupe ? 4 ans d’existence, 3 albums stupéfiants et une tournée estivale à venir au cœur des plus grands festivals européens, … en somme un début de carrière ascensionnel et sans écueil réel pour la formation helvétique. Ici, nous avons droit à un syncrétisme musical aventureux, pointeux et magique. Le bayou jonché de crocodiles indolents et le gospel suintent dans les titres pensés par Manuel Gagneux (la tête, la voix rageuse et la guitare du groupe), notamment avec le somptueux Devil is fine.

A cela notons aussi que c’est un véritable melting pot musical qui est jeté en pature à la foule. Les accentuations à la Rammstein portées par la guitare (Servants), les ouragans rythmiques proches d’un Igorrr (In ashes) déversant des vagues d’aigus et de graves à gogo font de ce crew arrivé sur les capuchons un vaisseau fantome à la puissance de feu surprenante. Ce chapiteau a rarement résonné ainsi lors de cette édition du HF. Fin du spectacle, je suis heureux de me dire que je les retrouverai dans quelques jours sur la Presqu’île du Malsaucy.

 

Nous avions vu Arch Enemy en configuration salle de concert à la Rodia début juin, et c’est avec plaisir que nous les retrouvons sur la Main Stage en fin d’après-midi ce dimanche. Arch Enemy nous propose une nouvelle fois de partager un moment autour de leurs titres cultes et archi cultes, extraits des albums Will to Power et War Eternal, auxquels a participé la belle Alissa White-Gluz, introduite dans le groupe depuis 2014. C’est donc The World is yours qui entame ce set où les guitares se répondent face à la section rythmique en pleine forme, aux côtés d’une chanteuse qui prend de plus en plus d’assurance, ce qui rend le show davantage agréable à écouter. On peut entendre dans ce set tous les titres qui ont fait la renommée d’Arch Enemy, de War Eternal à My Apocalypse en passant par The Eagles Flies Alone et We Will Rise. Tout est excellent, et surtout ce Nemesis final qu’Alissa interprète de mieux en mieux, avec de plus en plus de liberté et c’est ça que l’on attend d’elle !

 

Si Zeal and Ardor ont entamé leur spectacle avec des capuches, pour Batushka pas question de les retirer. On est sous le Temple, on joue en costume et masqués jusqu’à son terme. Et s’il fait chaud, c’est encore mieux… Comme Watain la veille, le groupe met un point d’honneur à poser le décor : encensoirs, crânes sur l’autel, tapisseries magnifiques et gestuelle lithurgique. Une mise en scène nécessaire pour l’interprétation de leur seul album Litourgiya et dans l’ordre SVP.

C’est donc à une messe musicale, mixant orthodoxie chrétienne et black metal à laquelle ont droit les personnes présentes. Donc visuellement c’est beau, presque un sans/sang (dédicace à Watain) faute, dommage que les musiciens demeurent statiques. Et comme tout ne repose pas sur le visuel, côté sonore on repassera : la batterie écrase tout et les voix semblent flirter avec la justesse. Je me sauve avant l’eucharistie…

 

… et je gagne la Warzone. Ici, à l’heure de l’apéro on se met Backyard Babies sous la dent. L’occasion aussi de voir Dregen pour la première fois aujourd’hui (le gratteux suédois rejouera en soirée avec The Hellacopters). Et le gus capte rapidement l’attention du plus grand nombre. Outre sa superbe Gibson demi-caissée parée de simili-tatouages, ses bretelles et la casquette visée sur le côté, le guitariste est le plus agité : déhanchés, sauts, poses, tout le programme libre est servi sur un plateau, quitte par moments à fait de l’ombre au frontman, Nicke Borg qui se révèle davantage au mitan du concert avec le titre Abandon.

Surfant avec aisance sur le punk ou le hardrock, les Suédois offrent une récréation idéale pour les slammeurs. Le concert se referme avec une série de tubes que sont Th1rte3n or nothing, Nomadic et Minus celsius. Le groupe se retire en incitant la foule à être présente pour les prochains groupes sur la WZ (Gluecifer, The Hellacopters et Turbonegro) ; la solidarité scandinave !

 

BARONESS, avec des majuscules bien sûr. Baroness ou le grand moment de ce dimanche. Voir Baroness au HF18 fut semblable à une parenthèse bouleversante dans ce déferlement de kilowatts clissonais. Prévenus un peu plus d’une heure à l’avance via l’application du festival, le groupe géorgien évoluera en acoustique sous la Valley, son batteur devant impérativement s’absenter pour raison familiale. Le chapiteau n’est pas plein contrairement à l’an passé (en face, la Main Stage accueille Megadeth et dans la foulée Alice In Chains).

C’est donc à deux, puis à trois que la bande de John Dyer Baizley prend place sur des tabourets, les électro-acoustiques posées sur la cuisse et le clavier parcimonieux de Nick Jost en position centrale. Les morceaux ont clairement un autre visage (Eula et ses envolées vocales mettent la chair de poule), ils paraissent même sublimés. Entre le dépouillement (pas de pédales à effets caractéristique du son des Baronnes), un rythme ralenti (exit la batterie furibarde de Sebastian Thomson) et l’intense émotion que les musiciens ne cherchent pas à cacher (à plusieurs reprises, Gina Gleason est au bord d’éclater en sanglots, chose que ne put contenir le chanteur), le concert oscille entre moment intimiste, comme une confession nécessaire et épiphanie artistique.

Alors oui la performance n’est au cordeau et tant mieux. Ce fut un spectacle plein d’humanité qui nous fait accueillir avec empathie tous les petits défauts perçus. Devant cet impromptu musical – au vu des circonstances, d’autres groupes auraient annulé – on ne peut que s’incliner. Bravo !

 

Un saut sur la MS2 pour entendre Alice In Chains. Presque comme une parenthèse, la scène principale s’offre au grunge, genre pour lequel les pionners se comptent sur les doigts de la main. Alors oui AIC sans Staley et sa voix magistrale ça n’est plus pareil (cf. Black Sabbath/Ozzy Vs Black Sabbath/Dio ou RATM/La Rocha Vs POR/B-Real+Chuck D, la liste est longue) mais bon William Du Vall fait tout de même le boulot. A titre d’exemple, Nutshell a vraiment de la gueule. La balade made in 90’s par excellence adoucit les mœurs : le public réuni est des plus contemplatifs. Nostalgie et mélodie, quand vous nous tenez… Je n’assiste pas à toute la prestation car Gluecifer m’intéresse et puis j’aurai tout le loisir d’apprécier leur concert des Eurocks à venir début juillet. Un bémol et non des moindres est à souligner : le groupe est statique (mention très spéciale pour le guitariste Jerry Cantrell) et avec leur tablette apposée sur le pied de micro peut être pour les partoches, les tablatures ? … Seattle, Cobain et consorts sont bien loin.

 

Gluecifer à la même heure qu’Alice In Chains, c’est un petit peu comme la finale de Coupe de France entre le PSG et Les Herbiers… Plus sérieusement, pour ce second concert après un hiatus de 13 années les Norvégiens ont réussi à attirer l’essentiel des Warzoniens habituels (les autres mangent sur la plateforme qui surplombe la scène : Iron Maiden, H-1). Ouvrant avec I got a war et enchaînant avec Automatic thrill, le quintet semble retrouver à grande vitesse les sensations d’antan).

Veste blanche et lunettes de soleil pour affronter l’astre qui baigne la scène depuis trois jours, Biff Malibu se donne des airs de crooner, tandis que les guitares balancent des riffs hard rock qui font mouche (Take it , Easy living, etc.). Après réflexion, Gluecifer a  surtout œuvré dans les années 90 et au début des années 2000, soit la même période qu’Alice In Chains ! Problème : leur Seattle se nommait Oslo…

 

À suivre les concerts de la soirée. 

-Marion ARNAL, Fred et Benoît GILBERT

-Crédits photos : Benoît GILBERT, Eric

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