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METZ + ARNO DE CEA & THE CLOCKWORK WIZARDS + TRUCKKS + 2-CYMBALS, IMPETUS FESTIVAL, vendredi 27 avril 2018, La Poudrière, Belfort (90)

Pour sa neuvième édition, l’Impetus Festival démarre sur les chapeaux de roue ce vendredi soir à la Poudrière. Entre performances et shows vitaminés sortant des sentiers battus, l’entame de ce weekend dans le Nord Franche-Comté s’annonce sous les meilleurs auspices.

50 nuances de cymbales

La soirée démarre avec une performance de Laurent Berger. Durant un quart d’heure, le nez rivé sur ses deux cymbales, l’homme pose une ambiance dans la petite salle. L’entrée en matière est étonnante car en quelques secondes la connexion Belfort-Katmandou est faite. On plonge dans une sphère monacale, loin, bien loin du cloître cistercien. Le Tibet, les sommets himalayens enneigés, les moulins à prières, les bonzes – d’ailleurs quelques spectateurs sont assis en tailleur – se révèlent à nous. Elles sont désormais lointaines les Vosges voisines. Exercice intéressant qui grâce à un martèlement constant génère un bourdon permanent, grave mais rehaussé ici et là de touches plus subtiles, rondes, presque gongesques. Le lion de Bartholdi semble bayer aux corneilles avec ce ronron étourdissant. À pas feutrés, le silence, le vide et la pénombre emplissent à nouveau la salle. Fin du temps imparti.

 

tRuckks, oser le bUlldozer

Le changement de plateau est exprès (deux cymbales, deux perches et deux micros, …) et ce sont les furieux de tRuckks qui prennent le relais. Autre ambiance, autre style. Personnellement, c’est la seconde fois que j’assiste au show des Franc-Comtois. Aujourd’hui, ils ont droit à une vraie scène (à Détonation, la caravane éventrée du Vladkistan et son frêle auvent encerclés d’une foule déjantée furent alors leur terrain de jeu). Ici la cour de récréation est immense. De retour des Inouis du Printemps de Bourges, les teenagers ne se reposent pas sur leurs lauriers. Ils balancent la sauce façon disto épaisse.

Leny et Martin descendent à plusieurs reprises dans la foule, collectant au passage quelques tapes amicales et même une casquette. Forçant un brin sur la voix, il est toutefois difficile de comprendre les paroles pourtant en français. Pas grave, l’âme punko-garage foutraque est bien là. Se dépêche, Domination sont des crochets et des uppercuts qui bastonnent une foule désormais habitée par l’envie de se remuer.

 

Surfin’ on the egde

Arno de Cea & the Clockwork Wizards. Annoncé ainsi, ça fait vieille aristo, que nenni ! Voilà encore un trio bien décidé à faire des vagues ce soir. Et dès les primes secondes au vu du jeu massif de Lichen Boy, marqué par une gestuelle des plus amples – laissant au passage apparaître un autocollant explicite apposé au verso de sa 4-cordes – c’est un tsunami sonore qui s’annonce ! Adossés à une batterie à la frappe lourde, quoique teintée de jazz (si si !), les titres instrumentaux rappellent que l’on fait face à un vaisseau-amiral des Productions de l’Impossible.

À leurs côtés, Arno, le guitariste, est un indécrottable trublion gagné par la danse de Saint Guy (ou le twist ?). Tournoyant inlassablement sur lui-même, une jambe en l’air, la guitare coincée en dessous, bondissant sur les murs qui jouxtent la scène tout en assurant ses motifs teigneux et aigus, etc. l’homme est possédé par cette musique ancrée dans l’abyme de la surfmusic la plus rageuse possible. Kraken es-tu là ? Le temps fuse à grande vitesse tant est si bien que quand le groupe se retire sous de larges applaudissements, on a l’impression d’être abandonné au coeur d’une mer d’huile. Mais un rivage au loin se dessine, METZ ! 

 

Du grunge trempé dans la poutine

Tombant de Charybde en Scylla sonore, METZ remet le danger à l’ordre du jour. Bien décidés à rectifier une bonne fois pour toute la Poudrière, les Canadiens démarrent avec The swimmer, un titre très nirvanesque. Derrière ses airs de Bill Gates, comprendre de geek coincé, Alex Edkins le frontman, est un fauve qui rugit à chaque refrain. En embuscade, il y a aussi son bassiste taillé comme une horloge comtoise et résolu à  malmener son instrument afin d’en extraire la quintessence de la brutalité auditive. Autre parallèle avec la bande d’Aberdeen (finalement des voisins… j’adore la géo), le batteur. Avec un jeu carabiné et des roulements comme ceux de Dave Grohl (à s’y méprendre), on assiste à une prestation dantesque.

La saturation enrobe la saturation ; le son est monstrueusement épais. Le public qui s’était petit à petit laissé entraîner par les formations précédentes, lâche la bride. Le boxon est total aux abords de la scène : quelques portés viennent ponctuer un grand pogo bordélique et résolument glissant. Les tRuckks sont en sueur; les bières sont au sol, tout baigne. Le groupe termine avec la tempête Acetate. Fin du chaos, la salle se vide partiellement. Grossière erreur : le trio revient pour un rappel tout aussi remonté que son set. Le chanteur est au coeur du public tandis que la section rythmique assure pendant plusieurs minutes. Lorsque le fracas sonore retombe définitivement, les vivats reprennent le flambeau.

Conclusion succincte pour soirée bouillonnante: les oreilles ont pris cher, mais l’Impetus Festival a tenu toutes ses promesses en cette première date. Demain, la suite se joue au Moloco… 

-Benoît GILBERT

Crédit photo : Benoît GILBERT

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