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BERTRAND CANTAT & AMOR FATI, le mercredi 07 mars 2018, La Laiterie – Grande Salle, Strasbourg (67)

Le fil des Moires, voilà ce qu’est cette tournée entamée il y a quelques jours. Fragile et dont la continuité demeure entre les mains et les ciseaux d’autrui. Une suite presque logique pour celui qui avait narré en 2011 l’antiquité dans l’album Chœurs. N’empêche les (menaces de) déprogrammations à répétition des concerts sont conséquentes : en ce début de soirée l’ambiance dans la salle n’est pas au beau fixe. Pis, elle se fait délétère durant le changement de plateau quand trois fanatiques deviennent défiants à la vue de mon appareil photo (photographe = média = médisance). Je ne connaitrais pas l’artiste, et caetera. La nausée n’est plus très loin, une raupée fort probable. « Soyons désinvolte, N’ayons l’air de rien ».  J’y suis, j’y reste. Alea jacta est.

 

Novocaine for the soul

Le show strasbourgeois est sold out depuis longtemps. La foule alignée sur le trottoir est une impressionnante cohorte qui ne désemplit pas malgré le froid. Et pourtant nombreux sont déjà dans la salle lorsque débute la première partie. Zéro Degré est une formation minimaliste tant dans sa musique que dans son jeu de scène. Avec deux tables sur lesquelles reposent machines et claviers, le duo emmené par Nicolas Tochet pose une délicate pellicule electro lounge sur son auditoire. Le Messin déclame nonchalamment des vers distants et sombres tout en ajustant des samples sur son ordinateur, tandis que son acolyte déroule des motifs de clavier dans la veine de Radiohead, voire précisément du premier Thom Yorke. La prestation ne fait pas dans l’emphase ni dans la démonstration technique mais s’apprécie vraiment. Une façon d’adoucir les mœurs, de faire redescendre la pression ambiante ? Une première pour une première partie… Une certitude : lorsque la doublette annonce le dernier titre, mes tendres voisins d’un soir ne se gênent pas pour montrer leur contentement. No comment.

 

La ponctualité comme une délivrance

Entouré de mes pires potes, le changement de plateau semble interminable; quatre vers tournent en boucle dans ma tête : Faut vous dire, Monsieur / Que chez ces gens-là / On ne pense pas, Monsieur / On ne pense pas, on (c)rie. Repetita ad nauseam. (…) Accompagné d’Amor Fati, la formation qui le suit dans cette Odyssée, Bertrand Cantat arrive. Il est 21h30, vive la ponctualité. Ovation spectaculaire un brin troublante. La setlist se calquant sur les cinq premiers titres de l’album, l’amorce est faite avec la très feutrée Amie nuit. Mes trois nouvelles connaissances, Mac Carthy, Hoover et son fidèle Tolson, suspendent alors leur chasse aux sorcières ! Désormais relégués au rang des sinistres mouches sartriennes, ces ultras en goguette virevolteront et danseront au gré de l’astre palois. Pour la Laiterie, l’étincelle a lieu avec la suivante, Amor fati. La salle scande avec son invité la locution polysémique qui charpente ce refrain rageur. La fougue grossit progressivement sur scène. Reptilienne lorsque Cantat joue avec les ondes de son thérémine (Silicon valley), elle se gave généreusement de la guitare abrasive de Nicolas Boyer sur la morgueuse Excuse my french. L’Angleterre et son animation de crânes tricolores formant l’Union Jack sur la toile en arrière-plan jouent la parfaite transition avant une première parenthèse Noir Désir (A l’envers à l’endroit). Etirés comme des élastiques, J’attendrai et Les pluies diluviennes apparaissent comme des poèmes plus graves bien que parcourus par des sifflements apportant une touche de légèreté. Des titres remarquables dans leur instrumentalisation et pourtant Strasbourg n’est que la seconde date de la tournée, preuve que malgré les péripéties, l’alchimie opère au sein du sextet.

Après un court échange avec le public, le groupe poursuit avec la période Détroit. Dès les premiers mots d’Ange de désolation, certain(e)s sont en pleurs, d’autres en communion. Rebelote avec Ma muse. Un sentiment étr-ange passe. Puis, le spectacle prend un virage à 180 degrés : le riff inimitable de Tostaky déferle sur la Laiterie comme un bulldozer. Le public contemplatif devient acteur et se déchaîne au son de la voix cassée du chanteur. Le pogo dans la fosse ne cesse pas lorsque la basse introduit Ici Paris. Fin du titre, un anonyme balance « Ici Strasbourg ! » et suscite le rire sur scène. Une occasion de faire une pause et un brin d’humour potache avec un pseudo accent alsacien. « On n’est pas allemand ! » Nouveau rire avant de réembrayer avec la non moins furieuse Lost. Alternant le feu et la glace, c’est dans un registre plus calme qu’Anthracitéor conclut ce tour de chant.

Encore.

C’est un rappel généreux qui est donné, débutant avec Sa majesté. Et c’est vrai que la formation domine bien son sujet, ravivant dans la foulée la flamme des années 90 pour les nostalgiques avec la pamphlétaire L’homme pressé. Dernière pioche dans le nouvel album, Aujourd’hui prend des allures de protest song grâce aux images projetées sur le backdrop. Après avoir présenté toute l’équipe qui entoure le groupe désormais assis sur des chaises hautes, les six hommes interprètent Le vent nous portera dans une version intimiste. Quoi qu’on dise, lise ou pense, le charisme et l’art ont été réunis sur les planches de la Laiterie ce mercredi. Indiscutablement de l’art.

Setlist de Bertrand Cantat & Amor Fati

Amie nuit

Amor fati

Silicon valley

Excuse my french

L’Angleterre

A l’envers à l’endroit

J’attendrai

Les pluies diluviennes

Ange de désolation

Ma muse

Tostaky

Ici Paris

Lost

Anthracitéor

Rappels

Sa majesté

L’homme pressé

Aujourd’hui

Le vent nous portera

 

-Benoît GILBERT

Crédit photo : Benoît GILBERT

 

 

Post-scriptum : Aux trois mousquetaires évoqués plus haut, fiers quinquas investis comme des croisés, forts d’un langage fleuri au printemps de 400 bons mots de vocabulaire (malheureusement là c’était encore l’hiver), chantres de l’intolérance la plus évidente, viscérale, vraisemblablement intestinale, et afin de ne pas jeter l’opprobre sur l’ensemble du public présent, vous laissez malgré tout un arrière-goût désagréable et tenace, comme une amère ricine infusant sur cette soirée. Constat très attristé que l’âge ne fait pas toujours gagner en maturité, encore moins en civilité.

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