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THE SOFT MOON, Criminal

« Comment guérir d’un mal non localisé et suprêmement imprécis, qui frappe le corps sans y laisser d’empreinte, qui s’insinue dans l’âme sans y laisser de signe ? ». Luis Vasquez pourrait répondre à Cioran : en s’expurgeant dans une œuvre convulsive, en s’altérant sous un son épais. Voici Criminal, névroses livrées en pâture sur l’autel ténébreux de Sacred Bones Records.

Comme à son habitude, les titres de chacune des dix parties sont courts et incisifs. The Soft Moon ne s’encombre ni de détails, ni de lyrisme excessif : tout est brut, matte, non dégrossi. À l’instar des déclarations assénées de façon explicite : “I cry so long / It kills” (It Kills), “How can you love someone like me” (The Pain) “I don’t wanna lose my mind / that’s why I keep you so close” (Give Something). Basse charbonneuse, guitares de fibres nerveuses, chorus omniprésent, identifiant ce son unique, vertigineux, transversal à chaque morceau. Si ce Criminal débute sur deux titres s’engloutissant dans une sorte de noise-post-punk rampant et épileptique, les passerelles avec les productions précédentes sont nombreuses, reprenant en amplifiant des éléments jusqu’à présent exploités en fond. Born into This s’ouvre sur le balancement qu’écorchait déjà Feel (sur l’album Deeper) ; le grouillement saturé d’un Choke s’était déjà décelé sur le We Are We de l’éponyme The Soft Moon, ses percussions tribales résonnaient d’ailleurs déjà sur Wrong ; Give me Something rappelle Wasting tandis que les sons plus clairs proviennent du matriciel Total Decay, opus légataire d’une cold-wave anémiée. La structure aussi se renouvelle à travers une gradation émotionnelle atteignant son paroxysme sur la dernière piste (Being et ses “I can’t see my face / I don’t know who I am” mués en “It’s the way I’m broken […] Lock me”- sur Criminal). Luis Vasquez a lâché les brides : tout est permis du moment que la catharsis se concrétise. De la rythmique post-EBM de ILL à la scansion toute NinInNailesque de Young (dont le martèlement métallique fait écho à la scène industrielle californienne en expansion, typiquement représentée par 3TEETH), jusqu’à à la ballade lépreuse de Give Something (morceau le plus personnel avec Like a Father, sur lesquels la voix se charge justement d’effets, comme pour créer une barrière de protection), la nuit est noire mais la lune suinte de son spleen égratigné. On pensait que Deeper avait atteint le fond du gouffre, or Criminal prouve que l’abyme est interminable quand la lune est douce. Jamais spleen n’aura été aussi oppressant, jamais sa charge n’aura été aussi stimulante.

-Clémence Mesnier

 

Artiste : THE SOFT MOON

Album : Criminal

Label/distribution : Sacred Bones

Date de sortie : 02/02/2018

Genre : noisy post-punk

Catégorie : Album rock

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