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MARK LANEGAN + JOE CARDAMONE + LYENN, samedi 4 novembre, Les Docks, Lausanne (CH)

Quelques lignes ne suffiraient pas pour dérouler la liste de projets auxquels Mark Lanegan, essentiellement connu comme voix ultra-identifiable de The Screaming Trees, Gutter Twins et Queens of the Stone Age, a participé. Depuis The Jury, formé avec Kurt Cobain en 1989, ce chanteur américain s’est imposé comme l’un des acteurs principaux de  l’histoire du rock’n’roll. Il aurait donc été malvenu de rater une occasion comme celle-ci.

C’est son bassiste, Lyenn, qui a la charge d’ouvrir la soirée avec une formule folk alternant entre trois guitares, reprenant certes les basiques du songwriting habituel du genre (paroles lyriques : “listen to the wind / whispers in the breeze / kiss me farewell” ; attitude renfermée), mais agrémenté d’une voix exceptionnelle dont la capacité de modulation explosera sur le dernier morceau joué, variation de cris et chuchotements.

Dans les cinq minutes qui suivent le final de Lyenn, un écran de projection s’allume, happant la salle dans un court-métrage de 8 minutes, Holy War (disponible ici).

Images subliminales et violentes, références symboliques au feu, croix inversées, masques inexpressifs, visages tordus, lumières artificielles, couleurs intenses et apparition de Joe Cardamone en figure erratique ; tels sont les éléments très lynchiens qui hypnotisent et oppressent durant le temps de la diffusion.
Après 17 ans avec The Icarus Line (un projet qui digère l’influence des Swans), Cardamone s’est lancé en solo. Allure de dandy déglingué à la Nick Cave, spoken-word cholo-goth (le leader de Prayers, Rafael Reyes, apparaît d’ailleurs dans Holy War), sa présence androgyne fascine et amuse tout à la fois, se jouant des clichés auxquels il fait référence.

La scène est axée sur le visuel puisqu’aucun instrument n’y prend place, seul Joe Cardamone déambule, éclairé par des projections intenses allant de l’image du ruin-porn à l’ésotérisme. C’est au coeur des plus sombres heures (le décès d’Alvin DeGuzman, guitariste d’Icarus Line), que ce projet, exclusivement scénique pour le moment, a pris forme.

Ce sont ensuite à des dispositions scéniques plus conventionnelles que nous revenons après cette parenthèse pour accueillir Mark Lanegan et ses quatre musiciens. Son dernier album, Gargoyle, se prête parfaitement à l’exercice du live entre le punchy Beehive qui pousse les potards dans le rouge et les accalmies de Sisters. En effet, c’est un virage un peu plus synthétique qu’il a emprunté depuis Blues Funeral et Phantom Radio, une formule pop tordue dont l’énergie irradie.

Dans une carrière personnelle protéiforme -on se penchera sur le livre de Mathias Moreau, Visions de Mark Lanegan. Essai biographique au regard de l’émancipation, sorti début 2017 dans la même période que Gargoyle-, ce dernier opus déroule une forme de blues-rock-goth rythmé, noir et entraînant. On s’amuse du contraste entre la présence timide de Lyenn, dont les paroles chuchotées avec réserve détonnent face au ton rugueux et massif de Lanegan, dont un seul “bonsoir” fait trembler les murs.

D’une présence immobile et imperturbable, Lanegan s’impose, à l’image de son album, comme une gargouille, gardien de ce temple qu’est la cathédrale du post-grunge dont il s’est défait au fil des années. Cela n’empêchera pas de finir avec deux rappels, Blues for D. puis un duo avec le guitariste, avant de quitter expressément la scène.

Les Docks nous auront donc comme à leur habitude concocté une riche soirée, entre personnage historique qu’incarne Lanegan et découverte comme nous n’en avions pas fait depuis longtemps grâce à la surprise Joe Cardamone.

 

 

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