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MARILYN MANSON, Heaven upside down

Parler de celui qui fut pendant une grosse décennie Le croque-mitaine officiel de l’Amérique puritaine et conservatrice nécessite la pose d’un décor et d’un tapi rougi par le sang ! J’en fais trop c’est évident. Ça fait belle lurette que Brian Warner et ses bros à la crinière platine du Marilyn Manson ne font plus peur. La faute à l’âge – 48 ans tout de même, pas mal pour quelqu’un qui a fait de l’adage Sex, drugs and rock’n’roll un art de vivre. La faute aussi peut être à la concurrence. Quand Lady Gaga se pare de carpaccio ou que Justin Bieber et Miley Cyrus offrent l’image d’une société outrancière et sans limites, les prestations du Révérend ont une certaine fadeur. On aurait presque le souci de lui après sa chute la semaine passée… Ceci étant dit, l’homme est avant tout un artiste. Et le travail produit pour The Pale emperor était fort intéressant. presque révolutionnaire pour l’androgyne. D’où la question épineuse : Where is Brian ? Vise-t-il une place en enfer ou un peu coin de paradis avec ce Heaven upside down ?

 

Tel un vin, Heaven upside down est l’aboutissement d’années de labeur. Dixième album d’une discographie inégale, notamment depuis le milieu des années 2000, ce Manson cuvée 2017 apparaît comme l’assemblage de plusieurs grands crus. Première impression (Revelation 12), il y a bien cette couleur typique, made in Twiggy Ramirez : la basse est épaisse, ronde et propice à un riff vicieux. Toutes sirènes hurlantes, on dirait même du Rob Zombie. Les ambiances sombres à souhait sont là, permettant au chanteur/hurleur, tel un chevalier noir, d’enfourcher une énième fois son cheval de bataille contre la religion dans des litanies musclées (Say10, Jesus crisis). Comme de bien entendu, la batterie fricote avec les boîtes à rythme, quitte à ne pas bien discerner l’une de l’autre (Tattooed in reverse). Ce rock sidérurgique, teinté de beats parfois hip hop, est indéfectiblement dopé aux claviers massifs. Des clins d’oeil comme We know where you fucking live, Saturnalia ou Blood honey renvoient aux millésimés Mechanical animals ou Holy wood (respectivement 1998 et 2000). Jusque-là, on est en terrain connu.

Des choix audacieux, dans la droite ligne de The pale emperor, sont les notes subtiles de cette nouvelle production. Avec une durée moyenne de 4 minutes et 30 secondes, les chansons sont plus longues que par le passé, la palme revenant à l’excellente Saturnalia qui avoisine les 8 minutes. Les tempi sont moins effrénés qu’auparavant, voire d’une extrême lenteur (Blood honey). Mieux encore, Marilyn Manson se veut plus dansant. Oui Monsieur ! Aux confins de la disco, de l’electro et même du blues, Kill4me est l’un des titres qui offrent le plus de nuances. Guitares crunchy, basse pleine de groove et des claviers plus Gossip que mansoniens, on voit tout le chemin parcouru par la formation. La patte du nouveau guitariste (et accessoirement producteur de l’album), Tyler Bates, n’y est pas étrangère. Ce jeunot de 57 ans ne sature pas à tout bout de champ sa 6-cordes (Kill4me), il y a même la place pour une folk sur Heaven upside down. Plus loin, c’est le piano qui supplante les synthétiseurs (Threats of romance) et sur Blood honey, il relègue au second plan la gratte et sa succession d’accords tenus à la manière de Still loving you. Quitte à détoner avec son esthétique et son empreinte sonore, MM la joue à fond. Des notes de The Kills (Jesus crisis) ou de T-Rex reviennent comme sur le final, Threats of romance, un hymne glam rock, dont le riff est décalqué sur Children of the revolution.

 

Conclusion : Un vampire semble nous faire face sur cette pochette. Blafard et à demi caché par son pardessus, 25 années de carrière vous contemple et toujours pas l’air rassasié. Tant mieux finalement, car avec le temps et au travers de ses quêtes sonores, Marilyn Manson semble se bonifier. Heaven upside down, l’album de la maturité ? … En tout cas, 10 titres à consommer sans modération.

-Benoît GILBERT

(Marilyn Manson, We know where you fucking live)

Artiste : MARILYN MANSON
Album : Heaven upside down
Label/distribution : Loma Vista Recordings
Date de sortie : 06/10/2017
Genre : rock industriel
Catégorie : Album rock

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