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PALEO FESTIVAL, mardi 18 juillet 2017, Plaine de l’Asse, Nyon (Suisse)

Deux jours après Décibulles, nous sommes conviés à un nouveau temps de festivités. Pas n’importe lequel, le Paléo Festival ! Cette institution en Romandie, qui souffle ses 42 bougies cette année, a depuis longtemps gagné ses lettres de noblesse, notamment en attirant une part non négligeable de festivaliers étrangers (10% selon les organisateurs). Et ce soir avec la venue des Red Hot Chili Peppers, Nyon va devenir la ville la plus groovy de Suisse. Tête d’affiche de l’événement, ils permettent aussi d’afficher sold out dès le premier jour ; qui plus est un mardi !

 

J’arrive une demi-heure avant le début des hostilités et constate que la foule est déjà nombreuse mais totalement dispersée sur ce site immense qu’est la Plaine de l’Asse. Alors que je prends mes premiers repères, je suis interpelé par une patrouille de la Garde Suisse. Comme dirait l’illustre Helvète Pascal Vincent : ça joue le chalet ou quoi !

Mission périlleuse mais au combien exaltante pour The Staches : ouvrir le bal. Avec un show dynamique rapprochant la pop enjouée et un garage rock nerveux, ces quatre Genevois attirent sous le Club Tent les premiers festivaliers en quête de sons rythmés et entêtants. Lise Sutter, la claviériste, assure le chant avec de courts phrasés enrobés de delays maousses. Petit à petit, les visages se dérident et les titres d’approche facile remuent l’auditoire.

Sous un soleil pesant, je traverse de part en part le site afin de rejoindre le chapiteau du Détour. En provenance de Québec, Les Foreign Diplomats ont déposé ici leurs valises afin de délivrer leur synth-pop, oscillant entre morceaux vitaminés et aspects mélancoliques, notamment à travers la voix versatile et fragile du frontman. À certains égards, j’observe des accointances avec Bloc Party, à titre d’exemple les rythmiques appuyées au service d’arpèges brillants ; côté clavier, les motifs rappellent Metronomy. De la mélancolie oui, mais heureuse et fortement entraînante.

Premiers à fouler la Grande Scène, les Gascons de The Inspector Cluzo. Et question foulage, ces deux gus ont égratigné pendant une « putain de messe dépourvue de setlist » tout un régiment ! Les oreilles chastes, le politiquement correct et les conventions ont été fauchés d’entrée de jeu, en commençant par ceux qui recourent aux ordinateurs (dédicace à Justice), Royal Blood et leur usage immodéré de pédales à effet, les modulations de voix bourrées d’OGM chez Phoenix, les bassistes (en particulier Flea qui est sensé recevoir un délicat présent, à savoir un t-shirt porteur du titre Fuck bass player), les métalleux et le Hellfest, les Français, et finalement les Suisses qui brident le son à 95db… Rares sont ceux épargnés ! Et côté musique ? Les rockfarmers sont des showmen capables de moudre dans la même chanson du funk, du rock fort endurci, du blues, etc. Désireux d’abattre toute forme de barrières ou autres enclosures, ils font monter sur scène une femme, puis une trentaine de personnes le temps d’un titre avant de jeter la batterie dans le pit. C’est la sécu qui fut ravie !

19h45, le rush du mardi : à quelques dizaines de mètres Alice Roosevelt et Sate s’affrontent. Ne boudant pas le plaisir de jouer à domicile devant un parterre déjà acquis et débordant du Club Tent, les Suisses arborent de longs sourires. Les titres proposés sont clairement dansants, portés par des motifs délicats, entêtants et une batterie aux rythmes pop. La voix renvoie à certaines reprises à Robert Smith des Cure. Le show captive avant de se terminer par Daylight.

Annoncée comme une charismatique amazone afro-américaine, je délaisse les artistes locaux afin de voir Sate sur la scène des Arches. Au-delà des apparences, vêtue d’une combinaison de cuir légère, de résilles, d’une armure d’écailles et affichant pour l’occasion une iroquoise platine et tressée, la voix de cette chanteuse voluptueuse est un véritable diamant aux facettes nombreuses. Capable de hurlements féroces lors de ce show très rock’n’roll, elle fait ensuite place nette à des envolées bluesy troublantes le temps d’un slow. Assistée d’un band remarquable, l’énergique Sate ne se ménage pas afin de plaire à une assistance conquise.

Lorsque les Foals arrivent et entament tout de go la remarquable Mountain at my gates, la foule est bien plus nombreuse que pour les farouches fermiers du Sud-Ouest. Yannis Philippakis est encore calme. Il lui faudra quelques titres pour entamer des pas de danse en alternance avec de frénétiques tremolos. Les chansons les plus appréciées et les plus enlevées du répertoire des Poulains sont présentes sur la setlist du soir : Red socks pugie, Olympic airways, Heavy Water, etc. Alors que tombe la nuit, la pop mélancolique se dépose langoureusement sur Nyon avec Spanish sahara et A knife in the ocean. Au cours des derniers titres, la tension est à son comble et le coup de grâce est asséné par What went down. Le chanteur descend alors dans le pit afin de se frotter aux premiers rangs, prompts à hurler avec lui le percutant refrain. À quelques centimètres de ce petit homme aux cheveux gominés, semblable à un furieux félin faisant front à un public démentiel, les premiers vers du refrain prennent subitement tout leur sens. (« When I see a man, I see a lion »). Je suis littéralement scotché. Et pourtant, le meilleur reste à venir ce soir.

Encore improbable il y a quelques jours, je suis finalement là, attendant les Red Hot Chili Peppers ; aux premières loges SVP ! Annoncés à 23h30, les Californiens débutent avec une dizaine de minutes d’avance et boucleront leur tour de chant à l’heure dite. On a donc eu droit à du rab ! (…) Flea entre le premier sur scène, attifé d’un patchwork intégral et surmonté d’une chevelure de dalmatien, et fait face à Josh Klinghoffer pour un jam introductif. Le sentiment est mitigé mais rapidement dissipé par les primes notes de Can’t stop et l’arrivée d’un Anthony Kiedis arborant sa désormais fidèle moustache. Ce soir, des titres anciens et gravés dans le marbre du rock (I wanna be your dog, Give it away) côtoient les récents issus de la dernière galette, comme Dark necessities ou la groovy sick love. Californation semble un poil mollassonne, mais Suck my kiss ou Go robot montrent que la formation a toujours le feu sacré ; Flea n’a rien perdu de son slap légendaire, encore moins de ses exubérances scéniques. En bon grognard français, j’apporterai un bémol à ce moment rare avec le cas Klinghoffer. En effet, lorsque le gratteux tente de réinterpréter à sa sauce les soli pondus par ses prédécesseurs, ses réalisations sont d’une platitude exemplaire. Je n’ai peut-être pas encore digéré la fuite de Frusciante en 2009 et encore moins l’éviction de Navarro en 1998, mais tout de même, quid de la mélodie ?! Fin de la digression. (…) S’éclipsant à l’issue de 15 titres et quelques jams, trois morceaux sont offerts en rappel dont Higgs boson blues, une reprise de Nick Cave interprétée par le seul guitariste. Passée la faussement calme Goodbye angels, le groupe nous abandonne avec l’art et la manière sur la jouissive Give it away. Alors que Chad Smith assène les derniers roulements, on jumpe comme à vingt ans sur scène et dans le public, tandis que les quatre écrans circulaires en médaillons autour d’un plus grand dispensent une imagerie animée sexuellement explicite…

Suivant le courant, nous nous acheminons vers Les Arches afin de terminer notre soirée avec Møme. Pour ma part, ayant assisté il y a deux jours au même concert lors du Festival Décibulles, l’effet de surprise n’existe plus. J’apprécie les titres, la performance, le lightshow mais cela m’est désormais familier. Je me permets même de citer, mots pour mots et quelques secondes avant l’artiste, ses prises de paroles à mon voisin ; échanges qui, au premier abord, ressemblaient à une confidence livrée en totale improvisation lors de son passage en Alsace et qui refont surface ce soir en Romandie. Alors comment conclure ce live report ? Avec un pointe d’exotisme, en se disant « au-revoir » à l’hawaïenne : Aloha.

 

-Benoît GILBERT & Anne-Claire

-Crédit photo : Benoît GILBERT

 

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