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EUROCKEENNES 2017, jeudi 6 juillet, Belfort (90)

Après une interminable attente aussi bien au parking qu’à l’entrée (histoire de rappeler que nous faisons définitivement partie de la génération Bataclan et Manchester, mais profitons en pour saluer toutes les forces de l’ordre ainsi que l’ensemble des techniciens et bénévoles pour leur travail remarquable), c’est avec un plaisir énorme que nous arrivons sur le site, entre joie de retrouver un écrin familier et superbe, et attention portée à quelques nouveautés (la loggia, jolies installations lumineuses, animations nouvelles).

La première partie de l’équipe Sensationrock entrant enfin sur le site du Malsaucy, nous arrivons la Loggia. Pour cette 29e édition, les programmateurs ont décidé de délocaliser la plus petite scène du festival au niveau de l’ancienne zone d’attente et de fouille (pour les puristes des Eurocks). Ici les esprits s’échauffent rapidement avec les Anglais de Shame. Déjà sollicités lors du festival Génériq, ils sont de retour dans le coin afin d’asséner leur punk brut de décoffrage. Pour preuve, le chanteur délaisse rapidement son t-shirt et les chapeaux collectés auprès de la foule pour apparaître sous les traits d’un hooligan scandant ses hymnes de stade de foot, tandis que son bassiste, pourvu d’une chemise aux palmiers imprimés, singe un lapin Duracell en bondissant dans tous les sens, notamment sur l’efficace Gold hole. Installée sous quelques arbres, l’assistance répond par des pogos généreux, au cœur desquels on retrouve un habitué du festival à la tête de cheval. Bref, le ton est donné pour ces Eurocks 2017.

Intrigués par les échos nombreux louant la fratrie D’Addario, nous quittons à regret les Britanniques pour gagner la Green Room. Changement radical d’univers ; ici le public est bien plus diffus. Les jeunots largement encensés proposent une pop gentille et sucrée trempée dans les années 60-70. Le show gagne progressivement en nervosité, notamment lorsque Michael et Brian D’Addario jouent de front. Néanmoins cela semble bien moins pêchu que les punks abandonnés quelques mètres en arrière. D’ailleurs, la basse est visiblement tenue car une frêle conscrite vêtue d’une largue salopette… Soyons clairs : beaucoup attendent déjà PNL, voire Kevin Morby qui doit investir la Plage dans un instant…

21h45, premier rush des Eurocks avec la programmation de front Soulwax et The Orwells. Coupons-nous en deux ! A la Loggia, c’est plutôt garage rock, façon Pixies. Mario Cuomo, le chanteur de The Orwells, a désormais des faux airs de Jack White avec sa chevelure noire. Lorsqu’il ne crie pas puissamment dans son micro, comme sur l’excellente et dissonante They put a body in the bayou, le frontman entame des petits pas de danse qui rajoutent un je-ne-sais-quoi à son charisme naturel. Cette prestation réussie s’appuie sur des mélodies catchy et de larges plages de larsens pendant une heure. Malheureusement, un Iguane au sang bouillonnant nous attend aux antipodes de la presqu’île du Malsaucy. Nous nous soustrayons à cette foule captivée pour le rejoindre.

Pour la seconde partie de l’équipe, cette attente aux entrées nous aura fait rater le début des festivités : nous débarquons sur la fin du concert de Kevin Morby, qui honore pour la première fois le site du Malsaucy de sa présence. Cette détente est bienvenue, moment de repos sur fond de météo se raffraichissant. Une musique subtile, évoquant parfois Pink Floyd ou le meilleur de Eels nous emballe littéralement. Un jeu de lumière subtil alors que le jour commence à se faire très rare ajoute un caractère soyeux à la prestation scénique remarquable de cet artiste, visiblement heureux de jouer en France. Mention spéciale à deux titres particulièrement convaincants : City Music et My name, créant une atmosphère délicieuse de belle fin de journée d’été.

Une fois mis en conditions, nous devons nous résoudre à faire un choix entre l’indie-rock de The Orwells et l’eletcro-rock de Soulwax. Dilemme qui se résoudra sur la Greenroom où le second groupe a entamé une setlist électrisante. Il est 21h45 lorsque les musiciens impeccablement habillés de chemise ou chemisettes blanches offrent un set mémorable dans la lignée de leur remarquable dernier album From Deewee défendu ici avec brio. Un son d’une rare puissance, pas moins de trois batteries déchainées (comme pour Is it always binary ou le fabuleux Missing Wires) et des approches parfois minimalistes évoquant un Kraftwerk surboosté (Conditons of a shared Belief qui impose sa rythmique minimale). Soulwax fait penser à Goose pour l’énergie live ainsi qu’à DBFC (passé aux Eurockéennes en 2016), pour le mélange de rock et d’électro prenant une belle ampleur et révélant tout son potentiel dance-floor en live. Plus la setlist avance et moins il y a de voix. Le public a répondu présent et les pas de danse se sont multipliés à l’occasion de cette performance d’une rare maitrise. Assurément un des premiers grands temps forts du festival. Leur tête géante toute en volume trône au centre de la scène, hissée en l’air et mis en valeur par un code couleur noir et blanc.

Le temps de gravir la pente menant à la Grande Scène pendant que les dernières notes nous accompagnent où le public nombreux attend une des dernières légendes du rock : c’est parti pour un live historique. Les musiciens apparaissent avant la star torse-nu, et les premières notes nous réjouissent : l’iguane débute par un I wanna be your dog imparable, comme si la prestation ne pouvait être que sauvage et bestiale. Et elle le fut. Le premier quart d’heure fut d’une rare intensité, avec The Passenger ou Lust for life ; Iggy se déchaine, jette son micro, va saluer la foule, crache sur les caméras ; la scène ne semble vivre que par lui et pour lui. Si récemment, nous l’avions vu apparaître d’un calme olympien dans la campagne PETA, c’est l’Iguane qui apparaît dans toute sa splendeur, animé d’une vitalité hors-norme, toutes lumières dirigées vers le ciel. Après la tournée de Post-pop depression et son line-up de supergroupe (Josh Homme, Troy Van Leewen et Dean Fertita des Queens of the Stone Age ou encore le batteur des Arctic Monkeys, Matt Helders) ce sont cette fois Seamus Beaghen, Mat Hector, Kevin Armstrong, et Ben Ellis qui ont pris le relai.

Le pouvoir de fascination qu’exerce le septuagénaire est captivant : des jeunes bacheliers aux retraités, en passant par des filles hypnotisées (la demande en mariage sur une pancarte d’une festivalière a fait sourire la foule), il ne laisse personne indifférent. Depuis presque un demi siècle, avec puis sans les Stooges, Iggy Pop a marqué l’histoire du rock (comme en témoigne le toujours puissant TV eye). L’énergie est intacte, à l’instar du superbe Sick of you (une fausse ballade très rock), et un rappel pour quatre chansons permet d’écouter un autre titre mythique, No Fun, avant de finir en apothéose par Real Wild Child, avec Iggy à nouveau parti taper des mains de son public.

Si vous vouliez enchaîner sur Jain après Iggy Pop, l’affaire était compliquée. Son univers joyeux et coloré se marie parfaitement avec les décors installés sur le festival : cette années, rubans géants et néons ont proliféré. On repartira sur le son boosté d’une plage technoïde que Nina Kraviz commençait à faire danser, alternative à DJ Snake passant le même soir.
Mais nous restons bloqués sur le concert d’Iggy, qui semble résumer à lui seul tout ce que le rock doit et peut être : puissant, urgent et libre. En 2017, on vote tous Iggy.

 

Crédits photos : Eric

-Julien Lagalice, Benoît Gilbert, Clémence Mesnier

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