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DIRTY DEEP, What’s flowin’ in my veins

Avec le (grand) retour du soleil et des weekends prolongés, les BBQ fleurissent. En de pareils instants, il faut une musique de circonstance. Ne cherchez plus, lancez Dirty Deep dans votre lecteur ; ambiance garantie ! La formation alsacienne déboule en ce mois de mai avec What’s flowin’ in my veins. Remplacez la mangrove par la forêt vosgienne, les alligators par de féroces cigognes, les maisons délabrées sur pilotis par des colombages, virez la Bud pour de la Kro et vous y êtes ! Retour sur un album jubilatoire délivré en version Deluxe.

 

On dirait le Sud …

Pour les novices, Dirty Deep a tout d’une formation US transportée par le bayou et délivrant un blues rock à des hordes de rednecks. Pourtant ce groupe originaire de Strasbourg est avant tout le projet de Victor Sbrovazzo, un homme-orchestre à la Bob Log III, assurant le chant, la guitare slidée, l’harmonica et armé d’une batterie sommaire. À l’écoute des premiers efforts mêlant blues rythmé et balades (Back to the roots paru en 2012 et Shotgun wedding deux ans plus tard), on perçoit des figures tutélaires comme John Lee Hooker, Muddy Waters, Son House, R.L. Burnside, mais aussi plus récentes telles les ZZ Top (quoique …), Scott H. Birham ou encore les Black Keys. Bref, la bande son du parfait vagabond écorché à bord des trains de marchandises traversant un paysage du Sud des States, subtile alternance de champs et d’exploitations hétéroclites.

Mais le barbu à la voix rugueuse a agrandi son cercle en accueillant coup sur coup un batteur puis un bassiste qui ont renouvelé l’univers musical de Dirty Deep sans le gommer. Ainsi, les rythmiques minimalistes au tambourin, les guitares aiguisées offrant des motifs traditionnels ont fait peau neuve avec l’arrivée de Geoffroy Sourp, frappeur du groupe hip hop Art District, qui s’est plongé dans ce marigot sonore. Puis, vint le tour d’Adam Lanfrey de parfaire l’équipe avec sa 4-cordes. En 2016, naît What’s flowin’ in my veins et à l’heure du mercato, le trio a rejoint l’écurie Deaf Rock Records. Pour faire patienter la réédition de cet effort, le groupe s’est fendu à la fin de l’année d’un EP, Written in coffee grounds, en compagnie de James Leg s’il vous plaît du peu.

 

… mais quid du dernier né?

Initialement sorti l’an passé, ledit album reparaît ce 26 mai avec quelques modifications. Outre le changement de tracklist, ce disque est présenté dans une version Deluxe, passant de 10 à 14 titres. Les ajouts sont Muddy Water, John the revelator, Bottleneck (ces deux derniers étaient déjà présents sur l’opuscule précédent, Shotgun wedding, mais avec des arrangements plus sobres, plus bluesy) ainsi que Mud turns blood, un single délivré récemment. Ici, la production est plus poussée mais garantit un caractère authentique en conservant des grains de sel saupoudrés ici ou là (cris lointains sur Muddy Water, notes parasites et rires potaches sur la fin de John the revelator ou encore les échanges en off et dans la langue de Molière sur les dernières secondes de Shine, …).

Dès les premiers instants de Holy pocket boogie, la basse vénéneuse nous transporte à Dixieland. Ça sent le cambouis, la rouille, la bière et le marécage – en Alsace, on parle de ried, mais bon. Quelques minutes plus tard, la rustique Muddy Water confirme cette atmosphère de Cotton belt. Avec un son volontairement crade et des micros surannés triturant la voix à la façon des 30-40’s, What’s flowin’ in my veins propose un blues revisité. Ici, la guitare slide et le bottleneck sont dans leur élément. Tels de malicieux crocodiles, ils rodent sur l’ensemble du disque (Goin’ down South, You don’t know) et se mettent totalement à découvert sur Can I kick it ?. L’harmonica s’immisce sur tous les ponts avec des soli proches de ceux d’une guitare électrique (Messin’ around). Monument du genre, John the revelator – titre de Blind Willie Johnson datant de 1930 et tant de fois repris  – est remis au goût du jour dans un gospel aux cris nerveux et prompt à vous donner le tétanos à travers sa guitare distordue d’antan.

 

A cet univers de bayou, le groupe du Bas-Rhin propose des accointances avec le punk, notamment des années 1990. Ainsi, How I ride renvoie à du Offspring ; les chœurs sont typiques (Goin’ down south, Leave me alone ou encore Can I kick it ?) et lorgnent même en direction des Beastie Boys. À cela, s’ajoute une batterie aux beats puissants, s’appuyant souvent sur la caisse claire (Leave me alone) ou sur de nombreuses cymbales, et capable d’embardée (le final de You don’t know). De même, quand il n’érige pas des ponts à la RATM (sur l’excellent How I ride), le trio distille au fil de la rivière Ill également quelques gouttes de rockabilly, à travers des titres comme Leave me alone ou la bien nommée Bottleneck. Les pratiques mystiques semblent au menu sur Howlin’ to the moon, une chanson qui suinte le vaudouisme et les rituels animistes. Ici, c’est Adam Lanfrey qui nous guide avec sa basse hypnotique et résonnante.

En marge de cette passion pour les titres chaloupés, des temps plus calmes et délicats font surface, tels le flirt en territoire folk qu’est Light and blue. La batterie tenue par Geoffroy Sourp est alors ultra lente et dépouillée ; la voix de Victor plus posée. Idem pour Mud turns blood, chanson initiatique et riche en atmosphère planante dans ce bourbier sonore. Les heurts de la main sur les cordes renforcent ce décor d’ailleurs, de forêt fantomatique et de veillée autour d’un feu avec pour compagnon le Baron Samedi ! Enfin, l’album se referme avec Shine, longue complainte aux contours de gospel endiablé, soutenu par un orgue obsolète et en charge d’un solo tonitruant qui semble avec raison de lui.

 

Amateurs de sons qui râpent comme du bourbon de contrebande, What’s flowin’ in my veins est un plaisant road trip au cœur du Sud étatsunien, dans lequel le temps semble s’être arrêté il y a bien longtemps. À ce blues quasi mystique et brûlant qui habite Victor Sbrovazzo, s’est agrégée la puissance de feu de sa section rythmique. Du bel ouvrage. Détonants et d’une efficacité remarquable, ces 14 titres se savoureront prochainement sous le cagnard et dans un transat en tissu, faute de rocking chair.

  • Benoît GILBERT

 

Artiste : DIRTY DEEP

Album : What’s flowin’ in my veins

Label/distribution : Deaf Rock Records

Date de sortie : 26/05/2017

Genre : Blues rock / punk rock

Catégorie : Album rock

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