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LIVE-REPORT : MANSFIELD TYA, vendredi 4 décembre, Auditorium de Lure (70)

Chanson progressive. C’est le terme générique qui a été utilisé pour présenter ce concert des Mansfield Tya, ayant eu lieu à l’Auditorium de Lure le vendredi 4 décembre. 

Nous prenons place dans ce lieu configuré comme une salle de théâtre qui offre une belle vue panoramique sur la scène en contrebas. Nous serons donc assis. Bienvenu au spectacle. Y a t-il encore besoin de présenter les Mansfield Tya ? De répéter que Julia Lanoë oeuvre aussi en Rebeka Warrior chez Sexy Sushi ; que Carla Pallone est une violoniste de l’orchestre baroque de Nantes qui joue depuis peu dans le groupe Vacarme ? Seul importe leur univers fait de nuit et de larmes.

Deux toms, deux violons, un synthé et un ordinateur sont déjà en place. Une sirène retentit. Ou est-ce un cri ? Un Cerbère dans la nuit. Mansield Tya, gardiennes de vos songes.

Carla Pallone prend son violon, son double, sa prolongation ; c’est La Fin des Temps avec la voix de tête de Julia, qui à son tour s’emparera du second violon. Mais pas de façon habituelle, le violon se fait ukulélé, micro-guitare de chagrin : “j’ai peur de dormir / j’ai peur du réveil / je voudrais mourir / pendant mon sommeil”, on reconnaît Cavaliers aux premières notes. De maux en mots il n’y a qu’un pas et c’est Dictionnaire Larousse qui le franchira. Où il est question de châteaux forts et de morts page 303 pendant que les connaisseurs reconnaîtront que le mot “sodomie” a remplacé “zoopholie”. Le minimalisme des cordes qui se répondent crée un dialogue entre la maîtrise de Carla et la décontraction de Julia. Si Ecce Homo ne veut pas dire être pédé on pourra remercier le nerf facial, corde du tympan, de nous en apprendre autant.

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Carla part s’asseoir aux claviers et entame une chanson en anglais, les projecteurs lancent des rayons gamma. De l’influence des rayons gamma sur les Mansfield naîtra Des Coups, Des Coeurs. Si elles ne peuvent nous emmener danser nous partirons quand même dans leur valse à deux temps. Julia Lanoë s’asseoit au premier rang et regarde sa comparse en entonnant le refrain sur différents tons. Franchissement du quatrième mur, déstabilisation, sortie des clous, dérision et pas chassés pour provoquer le coup de foudre raisonné. “Enmène moi danser” comme une injonction, un guide de survie à appliquer pour ne pas suffoquer. Toutes deux se retrouvent assises aux claviers, chantant en choeur pour panser les coups, s’ennivrant de notes puisqu’ “au vin de l’assassin [elles ont] tué [leur] bien-aimée” et que Pour oublier [elles] dor[ment].

La voix aïgue de Carla prend alors le dessus pour la cover de Niagara, Pendant que les champs brûlent. Du feu, des flammes, une nuit sans issue ; aucun doute nous sommes bien au coeur de l’univers païen et urbain. Du feu, des flammes et de l’eau naîtra Bleu lagon.

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Des pulsations font alors soudainement vibrer le théâtre. Dos à dos, debouts, résistantes pendant que La nuit tombe mais que elles, elles ne tombent pas, résistantes. C’est nous qui sommes à terre, incapables de bouger sous tant de force. Un morceau agonisant, le violon grince, il saigne.

On ne peut pas s’arrêter là. Trop court, trop fort, soignez-nous encore. Elles reviennent pour un Je ne rêve plus où Julia joue de la guitare avant que Logic Coco ne laisse progressivement les lumières se rallumer sur le public.

Cerbère pour ouvrir ; La nuit tombe pour fermer : ce sont deux morceaux qui prennent ici des résonnances à la fois intimes et universelles. On pense au vendredi 13, on pense aux nuits trop longues. “Les plus inoffensifs deviendront sûrement les plus dangereux.” Suivez mon regard…

De psalmodies en cris, de sourires en sanglots, les Mansfield Tya auront joué le rôle de pansement, de poétesses, de musiciennes guerrières, de scanneuses de consciences. D’indispensables.

 

-Clémence Mesnier

 

Crédit photo : Clémence Mesnier

 

 

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