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LIVE-REPORT : THE STRANGLERS, vendredi 13 novembre 2015, La Rodia, Besançon (25)

Il était environ 21h30. Peut être un peu plus, peut être un peu moins. Jusque là, dans la grande salle, les téléphones portables servaient avant tout pour capter une photo ou une vidéo du concert sold out des Stranglers, manipulés par des étudiants comme par un public plus âgé, venus pour « le » concert de cet automne.

Pour avoir croisé au bar aussi bien des fans de la première heure que des amateurs curieux de voir ce monument du rock, certains livrant une anecdote ou une bio détaillée d’un membre du groupe, on sentait impatience et excitation monter avant même le début du concert, pour ne jamais plus redescendre. Mes excuses dès lors au groupe Snaannacash que je n’ai pas vu sur scène.

Ce sont ces mêmes portables qui, à l’heure indiquée, ont commencé à informer du drame des attentats parisiens, dans une certaine confusion : que se passe t-il ? combien de morts ? des nouvelles du Bataclan, stade de France? Les conversations sur la terrasse après le concert évoquaient bien entendu le drame en cours, qui nous glaçait d’horreur, mais aussi la qualité du show que nous venions de voir. C’est face à ce paradoxe et dans cette ambiance étrange que nous nous trouvâmes : je tenais un sac plastique floqué du nom du groupe, avec à l’intérieur un tee shirt à valeur de relique, mais l’esprit tourmenté comme tout le monde. Malgré tout, la promesse de faire un compte rendu du concert l’emporta ; « La politique peut être renforcée par la musique, mais la musique a une puissance qui défie la politique » aimait dire Nelson Mandela. Ces modestes lignes d’un spectateur bisontin sont dédiées à tous les morts de cette barbarie.

Tous de noir vêtus, le nom affiché à l’arrière plan, un aigle sur la batterie comme un clin d’œil à la cité bisontine, les quatre musiciens montent sur scène. Assez vite, le groupe se montre fidèle à sa réputation : un son très rock, tonicité et énergie sur scène, de l’humour (notamment quand JJ Burnel évoque son dépucelage sur le fait de jouer à Besançon pour la première fois, ou demandant à un assistant d’exhiber son tatouage d’un rat sur la fesse droite), les morceaux s’enchaînent pour le grand bonheur de tous les spectateurs, pris d’envie de se déhancher, sous le regard du mythique claviériste Dave Greenfield, qui n’a cessé de sourire pendant tout le concert, lui qui est pour beaucoup dans la définition du son du groupe (il en est membre depuis l’origine).

Instant de grâce avec le titre Golden Brown, gros succès du groupe, qui ravit l’ensemble de la salle, morceau intemporel avec son rythme de valse, idéal pour reprendre son souffle avant un autre morceau de bravoure, le toujours efficace Always the sun, provoquant des frissons dans la salle où des centaines de personnes ont repris le célèbre refrain. Deux titres comme deux preuves supplémentaires de l’évolution musicale constante de ce groupe, des débuts punks à des moments plus pop, de l’influence du reggae (Peaches), blues ou rock progressif (une partie dela presse britannique les surnomma les Punk Floyd).

 

La dernière partie du concert est l’occasion pour le groupe de s’amuser à rejouer ses classiques, avec autant d’énergie que de classe, le batteur se faisant gentimment vanné par Burnel (ce dernier n’oublie pas de saluer le batteur historique du groupe, Jet Black, âgé de 77 ans et diminué par la maladie), tenant toujours sa basse telle une guitare. Mention spéciale au titre Peaches, qui fête ces quarantes ans cette année, et qui n’a pas vieilli d’une ride, Walk on by reprise d’un standard de Dionne Warwick, version rock étiré sur plus de six minutes, ou No More heroes, autre grand moment du concert, qui fait écho aussi bien aux débuts du punk (« No Elvis, Beatles or The Rolling Stones in 1977 » chantaient les Clash) qu’au fait que les Stranglers demeure un des derniers (le dernier ?) grand groupe de cet âge d’or encore en état de marche. Le titre Duchess (peut être mon préféré du groupe), interprété de façon magistrale, provoque les mêmes émotions. Plus qu’un concert, nous avons assisté à un cours d’histoire, à un témoignage vivant d’une époque bénie du rock voulant serrer la gorge d’une société sans futur. Dès lors, qui de plus légitime pour l’évoquer que les Etrangleurs ? C’était un vendredi 13. Le noir n’était encore que la couleur du rock. Pour de multiples raisons nous n’oublierons jamais cette soirée.

 

-Julien

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