BJÖRK, Vulnicura

La sortie digitale du très attendu Vulnicura de Björk a été avancée à ce 20 janvier dernier. Ce neuvième album, produit par le Vénézuélien queer Alejandro Ghersi alias Arca et par Bobby Krlic alias The Haxan Cloak, laissait présager déchirement et tempête. Une œuvre pénétrante à la croisée de Vespertine et d’Homogenic.

Il y a eu l’avant Vulnicura. La rupture avec Matthew Barney. Les fuites de l’album sur le net. L’évocation d’une œuvre plus traditionnelle après le très expérimental Biophilia en 2011. On s’impatientait, on tentait d’anticiper ce que pouvait donner cet « album crève-cœur » comme l’artiste l’avait qualifié dans Libération sans jamais vraiment oublier que ce qui se passe dans la tête de Björk dépasse l’entendement du simple terrien.

Il y a le pendant. Le premier titre Stonemilker prend à la gorge durant sept minutes par ses arrangements de violons saisissants. Sentiment d’être entre deux mondes. Le sien mais aussi le nôtre à travers les sentiments transmis. Tristesse. Mélancolie. Bouleversement. Apaisement. Respect.
Le registre devient plus inquiétant avec le sombre Family. Les cordes sont toujours présents mais de manière plus déstructurée, plus dissonante, accompagnées d’une rythmique électronique sourde et brutale. Sa voix dépeuplée se perd et délivre un texte où se grave la vulnérabilité.
Si vous tendez à peine l’oreille, vous percevrez certains éléments sonores, des battements, des grincements caractéristiques de l’oeuvre musicale de Björk. Vulnicura est certes moins obscure que son précédent album mais les différents morceaux restent impalpables. On ne saisit pas tout. On se laisse entraîner par cette voix profonde et étrange, par ces sons tout droit sortis de l’inconscient. L’artiste s’inscrit ici dans une œuvre plus sobre, plus accessible mais néanmoins insaisissable où s’affrontent quiétude et cataclysme.

Il y a l’après Vulnicura. « Il y a deux jours, l’homme que j’aime m’a quitté » écrivait Sophie Calle en 2003, photographe et plasticienne, dans une de ses œuvres les plus significatives qu’est Douleur Exquise. Il était question ici de décortiquer les différentes périodes de la rupture amoureuse, du partage de la souffrance qu’elle génère. Latente, persistante, puis absente. Björk, telle une sociologue, fait état de cette évolution, nous transmet un peu de sa souffrance et la transcende à son tour à travers cet album sublime. Elle nous paraît alors plus humaine et toujours plus talentueuse.
Vulnicura, œuvre sensible soumise à de nombreuses épreuves, éblouit. L’artiste en parlait comme l’album « le plus malheureux et le plus magique ». Le seul risque en l’écoutant est de se perdre dans un souvenir.

– Solène Barbier.

Artiste : Björk

Album : Vulnicura

Label/Distribution : One Little Indian

Date de sortie : 20 janvier 2015 – sortie physique : mars 2015

Genre : musique électronique, trip hop, musique alternative, musique expérimentale

Catégorie : album electro

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