INTERVIEW: SHARON VAN ETTEN

Le 4 décembre dernier, Sharon Van Etten était en concert au Romandie à Lausanne. Un show somptueux dont nous n’avions pas manqué de vous parler. Une journée pleine d’embûches pour la New-Yorkaise et son groupe, arrivés une demi-heure avant le show suite à un contrôle des douanes qui les avaient immobilisés une partie de la journée. Un contre-temps qui ne nous avait pas permis de rencontrer la chanteuse ce jour là. Mais comme Sharon Van Etten est une personne de grande classe, elle a pris un petit temps sur son premier jour “off” pour répondre à nos questions. C’est un petit peu notre cadeau de noël en avance.

Sensation Rock: Six mois après la sortie de Are We There, quel regard portes-tu sur sa réception par le public?
Sharon Van Etten: Je suis très fière de cet album et de la façon dont nous interprétons ces chansons live. Je me sens vraiment chanceuse qu’autant de gens y aient répondu si positivement et viennent nous voir jouer.

SR: Je vois Are We There comme la suite de Epic, comme s’il y avait plus de toi dans son processus de création et dans sa production que Tramp. Tu dis d’ailleurs dans le livret du disque que celui-ci est celui qui te représente le plus. Est-ce que la production d’Aaron Dessner était différente de ce que tu avais en tête?
SVE: Chaque disque est si différent. C’était en fait la première collection de chansons vraiment nouvelles que j’ai enregistré. Sur les précédents albums, il y avait des morceaux que j’avais écrit des années et des années en arrière et j’avais la distance et le recul suffisant entre leur écriture et l’enregistrement pour ne pas être trop impliquée émotionnellement. J’avais aussi  l’aide d’un ami pour chacun de ces disques pour me tenir par la main, m’apporter leurs connaissances et me donner confiance, ce qui m’a amené à vouloir produire mon propre album.

SR: Il y a des nouveaux sons sur Are We There, très synthétiques avec l’utilisation d’un omnichord. D’où vient cette idée de jouer avec cette instrument tout droit sorti des années 80?
SVE: Tout part en fait d’Heather Woods Broderick. Elle m’a donné son omnichord alors que nous cherchions la façon de jouer le titre Magic Chords live. J’ai écrit ce morceau sur un orgue d’église et bien entendu c’était impossible de partir en tournée avec (rires). J’ai donc appris à jouer le titre avec l’omnichord et depuis je suis devenue complètement obsédée à l’idée de composer avec cet instrument. C’est un super outil.

SR: Ce n’est pas un secret: tes disques parlent beaucoup d’amour et de déceptions, ta vie est un peu comme un livre ouvert. Est-ce plus simple pour toi d’écrire sur des moments tristes ou verra-t-on un jour la joyeuse Sharon Van Etten?
SVE: Écrire est pour moi une échappatoire. C’est ma thérapie. J’ai souvent besoin d’écrire quand je traverse des mauvais moments. Ça ne finit pas toujours avec une chansons, juste des évènements qui vivent sur mon magnétophone… Mais j’écris aussi sur des choses plus joyeuses et positives et je pense qu’il va y en avoir de plus en plus.

SR: Il y a beaucoup d’invités sur Tramp et Are We There. On peut citer entre autres Zach Condon de Beirut, Thomas Bartlett, Peter Broderick, Jonathan Meiburg de Shearwater… Et tu chantes toi-même sur le dernier album de Shearwater Fellow Travelers. As-tu déjà penser à faire un album de duo?
SVE: Bien sûr j’y ai déjà pensé. Mais je n’ai juste pas le temps! Mais ce sera super cool!

SR: Il n’y a pas de “Parental Advisory” sur Are We There. Pourtant, lors de ton passage chez David Letterman, le mot “shit” a été remplacé par un blanc lors de l’interprétation de Every Time The Sun Comes Up. De même lors de ton passage chez KEXP, tu as du changer les paroles. Tu ne trouves pas que c’est un peu exagéré pour un simple mot?
SVE: C’est vraiment marrant quand tu y réfléchis de pouvoir dire le mot “bitch” à la télé mais pas “shit”. J’essaie de respecter les règles des autres mais je pense que c’est complètement stupide.

SR: Qu’est-ce qui donne plus la pression: jouer en première partie de Nick Cave ou être en tête d’affiche?
SVE: Eh bien, être en tête d’affiche… Parce que toute la pression est sur moi et ça dure plus longtemps. Quand tu fais une première partie, tu n’as pas autant le stress d’être à ton meilleur puisque les gens ne viennent pas pour te voir. Enfin, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, Zeke (Hutchins, batteur de SVE à l’époque, NDLR) et moi on s’est bien bougé pour offrir un set super dynamique en première partie de Nick Cave, mais ce n’était que pour un mois… Alors que je suis en tournée depuis des années et que être “celle” que le gens viennent voir et être au top chaque soir, ça c’est vraiment beaucoup de pression.

SR: Sur chaque livret des tes disques, tu donnes de très bons conseils sur quoi écouter. C’est la fin de l’année, peux-tu nous dire quels sont tes coups de cœur de ces douze derniers mois?
SVE:  Alors il y a The War On Drugs, Tiny Ruins, Pure X, Hiss Golden Messenger, Strand Of Oaks, Lyla Foy, Hamish Kilgour et Lucinda Williams.

SR: Et pour finir, je sais que tu as fait des études d’œnologie. As-tu encore le temps de pratiquer et de goûter de nouveaux vins?
SVE: Oh oui. En ce moment, je suis plutôt Adonis, vins du Jura et d’Arbois et vins du Roussillon.

Traduction: F.
Un grand merci à Mathias du Romandie.

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