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HUBERT-FELIX THIEFAINE, Stratégie de l’Inespoir

Lilith/2014

C’est un Thiéfaine de l’entre-deux qui transparait sur ce nouvel album, le 17ème d’une longue lignée d’opus cyniques, tourmentés mais toujours d’une poésie de haut vol. L’entre deux, c’est justement ce titre, Stratégie de l’Inespoir. L’in-espoir n’est plus le dés-espoir du Chant du Fou ou du Crépuscule-Transfert. Si le désespoir est absence d’espérance, l’inespoir est éloignement. Une stratégie, une méthode pour prendre de la distance avec les croyances sans pour autant les annihiler, voilà donc la visée de Thiéfaine, qui, au fil de ses albums, épure ses textes comme pour épurer et conjurer la persistance d’un spleen auto-destructeur. Aux cadavres exquis rimbaldiens se substituent des phrases plus explicites, au sens patent et percutant, qui ont porté leurs fruits avec l’immense succès amorcé par Supplément de Mensonge. C’est également un Thiéfaine construit sur des collaborations et non plus le capitaine Achab seul maître de son navire – et de son chavirement. Jeanne Cherhal aux cordes de Mytilène Island, son fils Lucas à la co-réalisation : une nouveauté à laquelle s’ajoute la modernité de l’arrière fond synthétique audible sur Résilience Zéro. Certains titres surprennent – la voix doucereuse de Mytilène Island, les paroles faciles d’Amour Désaffecté – ; les admirateur des fulgurances dans la lignée des Dingues et des Paumés vont être déçus. Ses grandes obsessions d’auteurs ne sont pas éteintes, “j’ai trop longtemps cherché mes visions dans les flammes” résonne avec le “je rêve tellement d’avoir été que je vais finir par tomber” de Petit Matin 4h10 Heure d’Été qui surplombait Supplément de Mensonge. Les fans de la tradition thiéfainienne toute en chair décrépie et en recoin d’âme trouble resteront sur leur faim, dans l’espoir qu’un jour Itinéraire d’un Naufragé (production secrète issue de son burn-out il y a quelques années et jugée trop dépréciogène et intime pour être rendue publique) fasse surface et que de noirs phénix renaissent de leurs cendres.

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3 comments
  1. Je tenais juste a faire remarquer qu’il y a justement une référence à ‘Le chant du fou’ a l’intérieur du boitier, avec cette inscription bien ‘sympatoche’:
    “Le fou a chanté XVII fois
    Les yeux croisés sur son perchoir
    Une vérité au bout des doigts
    Une lampe entre les mâchoires”
    Et je trouve qu’il est dans la continuité du ‘virage’ pris en 2005 avec Scandale Mélancolique, mais cela reste du bon HFT tout de meme..

    1. Je citais Le Chant du Fou en tant qu’occurrence du terme “désespoir” dans le corpus thiéfainien (par comparaison avec “inespoir” qui est un terme nouveau) et vous avez parfaitement raison, jolie référence que cette citation.
      C’est certes un bon Thiéfaine que cette Stratégie, mais je souhaitais juste appuyer le fait que ce n’était pas le Thiéfaine tourmenté aux textes soumis à des distorsions poétiques mais qu’une simplification de l’écriture avait été opérée. “Simplification” n’étant pas “facilité”, soulignons le !

      1. Malgré cette simplification de ces textes, ca n’en gache rien, on y retrouve tout ces thèmes préférés depuis ‘sa jeunesse’, c’est à dire Sexe, Drogue et Rock’n’Roll…

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