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RENCONTRE : LEE FIELDS – Récit de deux jours avec le “Faithful Man”

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J’ai eu la chance de passer deux jours en compagnie du grand Lee Fields. Une chance que je ne pouvais garder pour moi égoïstement. On ne sait jamais quoi s’attendre avec les artistes, nous dirons que certains sont beaucoup plus aimables que d’autres. J’ai découvert un homme sincère et simple, qui n’avait qu’un mot à la bouche :Love.

Tout commence le Samedi 27 Octobre. Ce soir, Lee Fields joue au Trabendo avec les Ladie en première partie (Nicole Wray et Terri Walker, ses choristes sur l’album). Je suis particulièrement impatient de le voir en concert, cela va faire des mois que j’écoute son album en boucle. Je n’ai pas été déçu. Les Ladie entrent en scène vers 21h30 et instantanément un groove s’installe dans la salle. Tout le monde arbore un grand sourire et commence à remuer sur la voix des deux femmes. Les musiciens sont les mêmes qui accompagneront Lee Fields pendant le concert, et rien à redire. Le public et moi-même passons un très bon moment. Entre finalement l’homme que nous attendions tous. La foule est en délire. Il me confiera plus tard qu’il ne s’attendait pas à un tel accueil et que c’est une des raisons pour lesquelles le public français à une place toute particulière dans son cœur. Il porte un costume blanc qui lui donne une classe intemporelle. C’est probablement le même qu’il portait lors de l’enregistrement pour Canal + pour l’album de la semaine (http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3299-c-album-de-la-semaine.html?vid=621823).

Lee Fields et ses musiciens (The Expression) ont joué principalement des chansons de son nouvel album, comme tout groupe en tournée promotionnelle me direz-vous. Les musiciens restent impassibles, rendant le contraste encore plus flagrant avec Lee Fields qui chante avec ses tripes. Au moment de jouer Wish You Were Here, Lee explique l’importance toute particulière qu’a cette chanson. Il s’agit tout d’abord d’un morceau sur les relations longue distance mais elle prit une tournure bien différente à la mort du père de Lee. Une chanson chargée d’émotion donc, et c’est bien évidemment le moment choisi par un ivre énergumène pour se faire remarquer, probablement un perdu qui a tenté de lancer un pogo à un concert soul.Lee tente une approche amicale « Why so much violence? It’s all about love, brother ».Le public hurle son accord avec le chanteur mais cela ne semble pas avoir d’effet sur le fouteur de trouble. Dave Guy criera un colossal « Stop » et l’individu se fera enfin sortir par la sécurité. Le concert reprendra de plus belle et terminera sur le désormais classique Faithful Man, puis Could Have Been. Le plus marquant restera l’émotion qu’il transmet à chaque performance. On peut sentir la douleur derrière certaines chansons, l’amour derrière d’autres. http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=TXyNUqzkHYc#!

Le public entre en communion avec Lee et le concert ne devient plus qu’un échange d’énergie. Plus il se donne, plus le public devient fou, plus Lee a d’énergie à revendre. On aurait aimé que ce concert ne finisse jamais.

Lundi matin suivant, à peine remis de mes émotions, je négocie avec mes collègues pour pouvoir assister aux deux journées promos de Lee Fields. Je DOIS le rencontrer. J’arrive à son hôtel et une équipe de tournage est déjà en train de s’installer. Il descend 20 minutes plus tard, en s’excusant de son retard. Il était au téléphone avec sa famille résidant dans le New Jersey, très inquiété du passage de l’ouragan Sandy au-dessus la demeure familiale. Même s’il est physiquement présent pendant ces 2 jours, une partie de son esprit est toujours préoccupé par les siens. L’interview se passe bien, comme toujours. Lee est toujours prêt à partager une partie du savoir qu’il a emmagasiné toutes ces années et lorsqu’il est parti, rien ne peut l’arrêter. Une autre interview, pour la radio cette fois-ci démarre et encore la même question qui ressort à chacune de ses interviews : Cela vous gêne-t-il que les gens vous appellent « Little JB » (pour petit James Brown) ? Et la même réponse « Seuls les journalistes mentionnent ce surnom, je ne l’entends que pendant les interviews. »

Nous sommes obligés de faire des signes à Lee car le taxi nous attend pour aller aux studios de France 24. C’est ma première expérience dans un vrai studio TV, je suis donc plus que ravi. Rapide passage au maquillage et Lee enregistre directement l’interview. En une heure, le tout est bouclé. Efficaces chez France 24 ! Sur le chemin du retour, je décide de faire MA petite interview.

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Comment s’est passé votre concert de samedi soir ?

C’était comme un rêve, irréel. J’ai été surpris de recevoir un tel accueil, mais le public avait une telle énergie, c’était incroyable. J’aime beaucoup le public parisien. On a toujours été bien accueilli à Paris mais rarement à ce point-là. J’ai fait des tournées pendant 6 ans avec Martin Solveig. C’était génial, mais je suis un homme de soul. C’est pour ça qu’en 2008, on a enregistréMy World. Depuis, je suis en tournée la plupart du temps partout dans le monde. Le public me donne l’énergie de continuer. C’est incroyable cette sensation en concert quand tu te dis que ces gens auraient pu faire n’importe quoi de leur soirée, mais ils sont tous venus pour toi.

Que pensez-vous de Paris ?

J’adore cet endroit. J’aime les gens, j’aime la nourriture. J’aime beaucoup venir ici. En fait, Paris fait partie des 4 villes que j’aime le plus au monde, les autres étant New York, Londres et la Nouvelle Orléans. J’aime faire des concerts ici. La vue est magnifique. Paris est une ville où tu es soit à la recherche de l’amour soit amoureux. It’s THE place to be ! J’aimerais avoir plus de temps pour visiter et voir des amis mais mes passages ici sont toujours très chargés. J’espère pouvoir revenir ici un jour pour une semaine ou deux et profiter enfin de cet endroit. Je pourrais définitivement vivre à Paris.

Êtes-vous le « Faithful Man » que vous chantez ?

Tout à fait. Je suis fidèle à la musique et même en général. Je suis marié depuis 40 ans, 43 exactement et nous sommes toujours ensembles. J’ai été tenté pendant ma carrière, c’est sûr, mais jusqu’ici, ma vertu n’a pas été compromise. L’album a pour thème la tentation d’un homme. Mais la personne essaye de faire la bonne décision : il chante « Don’t make me do wrong » dans la chanson Faithful Man. La suite est libre d’interprétation par l’auditeur. A-t-il succombé ? Personnellement, je ne pense pas. Je n’ai pas écrit cette chanson moi-même, ce sont Leon Michels, Vincent D’Annunzio, Jeff Silverman et Nicole Wray qui l’ont écrite. Mais dès que je l’ai entendue, j’ai tout de suite pensé que c’était une très bonne idée. Toutes les chansons sur l’album Faithful Man ont été écrites pour parler des différents aspects des relations humaines. Je ne veux pas chanter à propos de la voiture que je conduis ou de l’argent que je fais. Je veux parler de vrais sujets.

Quand avez-vous décidé que vous vouliez dédier votre vie à la musique ?

J’ai été très inspiré en allant à un concert des Beatles. Quand je les ai vu sur scène, j’ai dit « C’est ça que je veux faire de ma vie ». J’avais 14 ans à l’époque et quand j’ai vu toute ces jeunes filles hystériques, la décision était prise. (Rires) Et je m’y suis tenu depuis ce jour.

Vous avez énormément voyagé pendant vos tournées, auriez-vous une anecdote à nous raconter ?

Je me souviens d’une histoire un peu drôle. Je donnais un concert en Belgique je crois, un soir, et j’ai sauté du haut de la scène. J’ai repensé plus tard à ce que j’avais fait, je me suis dit que j’aurais dû réfléchir un peu plus. La scène était vraiment haute ! Je ne sais pas ce qui m’a poussé à le faire ni pourquoi je l’ai fait, j’ai juste sauté. Il y avait des danseurs sur la scène avec moi et ils faisaient toute sorte d’acrobaties, et je me suis dit « hey, moi aussi je veux faire des trucs cools comme ça ! » J’ai juste sauté. Et même si le public a adoré au final, j’aurais pu me faire vraiment mal. Du coup, je ne sauterais plus jamais d’une scène.

Nous arrivons enfin à l’hôtel. A peine le temps d’emmener l’homme chercher un kebab que nous sommes déjà attendus pour une session photo. Peu farouche, il se laisse photographier sous tous les angles et dans toutes les positions : Superman, Rambo tout y passe. Encore une preuve que l’homme ne se prend pas vraiment au sérieux.

On enchaine avec une interview du Nouvel Obs qui se fera dans sa chambre, à moitié sur son lit, faute de place ailleurs. Je sers alors de traducteur de fortune pour être sûr que les propos retranscris seront fidèles à ceux tenus par l’artiste. Encore cette foutue question sur « Little JB »… Mais à part ça, l’interview « Obsessions de Lee Fields » se déroule très bien et arrive enfin la dernière interview de la journée.

Misc-2288.JPGMa collègue prend le large et je reste seul avec Lee et le journaliste. N’ayant plus d’horaires à respecter, l’homme n’a plus de limites. Cette dernière interview durera plus d’une heure. De nombreux sujets seront abordés. Lee Fields déteste tenir des propos incorrects et durant toute l’interview, il vérifiera ses dires sur internet. Il nous parla du R&B, qui a fortement dévié de ce qu’il était à l’époque. Le Rythm and Blues d’alors n’a plus rien en commun avec celui d’aujourd’hui. Il déviera ensuite sur les rappeurs qui se font passés pour des gangsters. « Pensez-vous vraiment qu’un vrai gangster l’annoncerait comme ça ? (il regarde la définition de gangster sur son téléphone) Tu crois qu’un vrai mafieux dirait qu’il est un criminel ou associé dans un gang ? Non, si tu es un vrai gangster tu te fais discret et tu essayes de pas te faire chopper. » C’est ce qu’il dît ensuite qui me marqua. « Je ne veux pas critiquer leur musique, loin de là, mais je pense que ces artistes qui ne chantent qu’à propos de filles, de sexe, de drogue ou d’argent devraient réfléchir à l’impact qu’ils ont sur les jeunes. Les chanteurs sont les nouveaux héros de la jeunesse et sans le vouloir ces chanteurs ont une influence sur eux. Aujourd’hui, tous les enfants en Amérique veulent devenir des gangsters, c’est ridicule ! Quand je chante et fait des disques, je pense à ces choses-là. Je veux que mes enfants et même les enfants de mes enfants puissent écouter mes disques plus tard, sans que j’en aie honte. » Où sont les John Lennon et les Bob Marley qui chantaient l’amour, la paix, l’espoir… ? Le concept ne devait plus vendre suffisamment, j’imagine. Mais je digresse. Lee nous parla également de sa vie, qui fut plus que mouvementée. Pendant un moment, il pensait même quitter la musique pour ouvrir un restaurant de poissons. Mais sa femme lui demanda justement « Qu’y connais-tu en poisson ? » et il réalisa qu’à part comment les manger, il ne connaissait pas grand-chose. Son histoire est touchante. C’est celle d’un homme qui n’abandonnera jamais son rêve. La seule fois où il l’a mis entre parenthèse, c’était pour subvenir à sa famille, le succès se faisant désiré à l’époque. Mais ne vous méprenez pas, ce n’est pas pour l’argent ou la gloire qu’il chante. La seule fois où il a mentionné l’argent qu’il gagnait, c’était pour dire qu’il était heureux de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, même si son « job » l’emmenait loin d’eux trop souvent. Je rentre enfin chez moi sans même écouter de musique dans les transports (habituellement indispensable), ressassant les paroles du grand homme.

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Je rejoins Vincent (guitariste) et Lee le lendemain. Une session acoustique et une interview sont au programme. Le journaliste a repéré un petit magasin vintage non-loin de l’hôtel et les propriétaires acceptent avec plaisir, trop heureux d’accueillir une célébrité dans leur échoppe. On installe un micro sur sa chemise pendant l’interview qui évidemment ne se déroulera pas sans la fameuse question… Nous enchaînons avec la session acoustique et la voix de Lee Fields prend toute son ampleur dans un espace aussi réduit. Trop d’ampleur pour le pauvre micro de l’Express qui sature complètement. 2eessai, micro par terre sous une table. Le résultat est meilleur semble-t-il, j’ai hâte de voir ce que la vidéo va rendre. Vincent et Lee était un peu impressionnés car la caméraman prenait des plans d’un peu trop près à leur goût. Nous remercions chaleureusement les propriétaires du magasin et Lee en profite pour leur signer un CD promo en signe de gratitude.

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Ultime étape du voyage promo, une session live pour Radio France culture. Nous arrivons dans les studios et après quelques échauffements vocaux, Lee, Vince et les Ladie enregistrent une version acoustique de Faithful Man qui sera diffusée pendant l’émission (http://www.franceculture.fr/emission-le-rendez-vous-le-rdv-301012-avec-marie-agnes-gillot-laurence-equilbey-olivier-mosset-walte). Ils enregistreront quelques versions mais la 3esera la bonne, à l’unanimité. On nous annonce qu’une deuxième chanson sera jouée, mais cette fois-ci live, à la fin de l’émission. Coup d’œil à l’horloge, nous avons 1h30 à attendre… Nous sortons dans le couloir et tout le monde discute pour passer le temps.

IMG_2284.JPGJe pense que les musiciens de Lee Fields sont habitués à ce qu’il parle beaucoup et quand il se lance dans un de ses longs discours, ils écoutent au début mais laissent rapidement tombé. Je reste donc seul à l’écouter et nous engageons une discussion. Je lui demande alors pourquoi il a choisi la Soul, et pas un autre style. Je sais qu’il a déjà fait de la house music avec Martin Solveig, mais son projet personnel reste définitivement soul. Je n’ai pas d’enregistrements de sa réponse, mais je vais essayer d’être le plus fidèle possible : « J’ai commencé en tant que chanteur de gospel. Mais le gospel chante à propos de la religion, de l’au-delà. La soul parle de la vie de tous les jours, des sentiments ressentis par l’être humain, bons comme mauvais : l’amour, la passion, la colère, l’envie, la jalousie… toutes ces émotions qui composent la vie de chacun d’entre nous. Je ne me considère pas comme un grand chanteur, mais là où je fais la différence, c’est comment je chante. Je vis chaque chanson et essaye de transmettre ces émotions au public. C’est pour cela que je chanterais toujours de la soul.Soul is Life.J’ai fait des tournées pendant 6 ans avec Martin Solveig. C’était génial, mais je suis un homme de soul. Le gospel parle du paradis alors que dans la soul, on chante ce que l’on a vécu. Je suis très croyant et je pense qu’il y a un paradis mais je n’y suis jamais allé et je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui y soit allé. J’ai vécu chacune des chansons du nouvel album. Je peux m’identifier à chacune de ces chansons et c’est pour ça que je peux transmettre ce que j’ai senti à ce moment-là sur scène. Je n’essaye pas de sauver le monde avec ma musique. J’essaye seulement de survivre et de dire/chanter ce que je pense sincèrement du monde. C’est aux politiques de changer le monde. » Le live approche, je pose donc une dernière question : « Avez-vous des regrets ? Tu sais, tout n’a pas toujours été facile pour moi mais si ma vie était à refaire, je ne changerais rien. »

Après ces deux jours passés avec lui, je comprends pourquoi.

Texte, interview & photos : Yannick.

(c) 2012

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