À l’occasion de la sortie du nouvel album éponyme d’Alter Bridge, attendue le vendredi 9 janvier, Sara a rencontré Mark Tremonti et Myles Kennedy. Le duo revient sur la genèse du disque, son écriture, ainsi que sur l’état d’esprit du groupe après plus de vingt ans de carrière commune.
Un album éponyme après vingt ans de carrière
Sara :
Après plus de vingt ans de carrière commune, pourquoi était-ce le bon moment selon vous pour sortir un album éponyme ? Et quel message vouliez-vous envoyer à vos fans avec ce choix ?
Mark Tremonti :
On s’est tout simplement assis autour d’une table au studio pour discuter du titre de l’album. Quelqu’un a proposé : « Et si on faisait enfin un album éponyme ? » — ce qu’on n’avait jamais fait jusque-là. Très vite, tout le monde a été d’accord.
On s’est aussi dit que cet album représentait très bien l’ensemble de ce qu’on a fait ces vingt dernières années : il en reflète les différentes facettes, le son global, l’ADN du groupe. Du coup, c’était logique que ce soit un album qui porte notre nom.
Myles Kennedy :
Oui, il a assez bien résumé. Sur ces vingt années, il y a des marqueurs très forts de notre identité sonore qu’on a toujours conservés. Sur cet album, on a encore davantage appuyé dessus, de manière plus cohérente et plus assumée.
Ce que les fans reconnaissent immédiatement comme étant Alter Bridge est très présent sur ce disque, et c’est aussi pour ça que le choix du titre nous semblait évident.
Une écriture marquée par la résilience et l’introspection
Sara :
Sur le plan des paroles, l’album est à la fois intime et combatif, avec des thèmes comme la résilience, l’introspection et la quête de sens. Quels ont été les axes principaux de votre écriture ?
Myles Kennedy :
C’est un album assez sombre par moments, parfois même intense. L’un des grands thèmes, c’est la manière de naviguer dans la toxicité qui existe aujourd’hui dans le monde, que ce soit sur Internet, dans les échanges en ligne ou dans les relations humaines.
La question, c’est : est-ce qu’on se laisse happer, ou est-ce qu’on prend du recul, qu’on respire et qu’on essaie de rester calme ? On voulait vraiment explorer cette idée de prendre de la hauteur. Et pour être honnête, c’est aussi un rappel personnel pour moi… surtout quand quelqu’un te coupe la route en voiture.
Un travail de composition collectif
Sara :
Comment travaillez-vous ensemble lorsque qu’un morceau commence à prendre forme ?
Mark Tremonti :
Myles et moi composons chacun des démos complètes. On écrit aussi bien les guitares que les mélodies vocales. Ensuite, on partage tout ça avec le groupe, qui apporte la patte Alter Bridge.
Puis le producteur et les autres membres entrent dans l’équation, et on affine chaque morceau collectivement.
Myles Kennedy :
Oui, c’est vraiment un travail d’équipe.
Un studio mythique pour nourrir la création
Sara :
Qu’est-ce qui a évolué en studio par rapport à vos précédents albums ?
Myles Kennedy :
La grande opportunité, c’était de commencer la préproduction au studio 5150, le studio mythique de Van Halen. Mark et moi avons toujours eu un immense respect pour Eddie Van Halen.
Beaucoup d’idées musicales majeures sont nées dans ce lieu, presque sacré. Travailler là-bas nous a poussés à donner le meilleur de nous-mêmes. On est aussi très reconnaissants envers Wolfgang Van Halen de nous avoir permis d’utiliser ce studio.
Riffs, mélodies et puissance émotionnelle
Sara :
Mark, le langage de la guitare faisait-il partie du cahier des charges de l’album ?
Mark Tremonti :
On est un groupe très axé sur les riffs. Et ce n’est pas seulement les miens : Myles en écrit énormément aussi. Souvent, tout commence par un riff.
Les mélodies et les paroles viennent ensuite, et les solos arrivent généralement à la fin. Mais à la racine de presque chaque morceau, il y a ce riff fondateur.
La voix comme instrument central
Sara :
Myles, comment trouves-tu l’équilibre entre émotion et puissance vocale ?
Myles Kennedy :
Tout commence par la mélodie. Ensuite, je fais en sorte que ma voix, mon instrument, soit dans le meilleur état possible. Je m’échauffe toujours, je bois très peu, et jamais en studio.
En tournée aussi, je reste très modéré. Ce n’est pas très fun, mais je suis prêt à faire ce sacrifice pour la musique.
Un morceau fleuve inattendu
Sara :
Comment avez-vous construit ce titre long et presque épique de l’album ?
Mark Tremonti :
Pour « Slave to the Master », tout s’est fait naturellement. À l’origine, c’était une démo de Myles assez courte. En répétition, j’ai proposé une nouvelle partie pour la fin.
On s’est regardés et on a compris que ce serait notre morceau fleuve. On a même décidé d’y placer le plus long solo de guitare de l’histoire du groupe.
La relation avec le public européen
Sara :
Jouer en France ou en Europe est-il différent des États-Unis ?
Myles Kennedy :
Oui, clairement. Il y a ici une intensité et une passion très particulières.
Ce n’est pas une critique envers les États-Unis, mais ici, on sent que les gens aiment profondément la musique. Cette énergie nous marque énormément.
Surprises, rituels et avenir
Sara :
Avez-vous des rituels avant de monter sur scène ?
Myles Kennedy :
Toujours l’échauffement vocal. Ce n’est pas très rock’n’roll, mais c’est indispensable.
Mark Tremonti :
Moi, je joue de la guitare toute la journée… et je chante du Frank Sinatra pour m’échauffer.
Une phrase pour résumer l’album
Sara :
Si vous deviez résumer l’album en une phrase ?
Mark Tremonti :
« Stop. Breathe. Think. »
Une fan nous a expliqué que cette phrase l’aidait à réfléchir avant de réagir. C’est devenu, presque inconsciemment, le fil conducteur de l’album.
Sara :
Merci beaucoup. J’ai hâte de vous retrouver sur scène à Paris en février.
Myles Kennedy :
Merci, c’était un plaisir.
