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TY SEGALL, Ty Segall

Affublé d’une combinaison de travail bleue, avec une masse de cheveux blonds retombant sur le visage et une attitude de dément impassible avant une crise de délirium, tel fut mon premier contact avec Ty Segall & The Muggers lors des Eurocks l’an passé. Une véritable rouste sonore ! De retour à la maison, je me plongeai dans la discographie du showman : après 9 années d’activité sérieuse, l’homme avait publié pas moins d’une quinzaine de disques… Et c’était loin d’être fini, car celui qui fait de son hyperactivité un art de vivre nous apporte une nouvelle réalisation en cette fin-janvier 2017, Ty Segall. 10 morceaux d’exception ciselés par l’orfèvre punk, Steve Albini (encore un homme en combinaison !), oscillant entre gros sons garage et mélodies glam rock.

 

Un disque sauvage …

Dès la première seconde, Ty Segall nous explose au visage avec cette disto que l’on qualifiera désormais de segallienne. Soutenue par une batterie endiablée, une fuzz corrosive et épaisse étreint l’ensemble des morceaux enlevés de l’album, que sont Break a guitar, Warm hands (freedom returned), The only one, Thank you Mr. K. et Untitled, la 10e et dernière chanson – avortée au terme de 12 secondes. De nombreux larsens, grésillements, voix décalées ou encore la cadence incertaine sur Freedom garantissent l’esthétique garage de ces 37 minutes. Néanmoins, on sent que l’intarissable compositeur fouille désormais ses albums afin de les parfaire ; le choix de Steve Albini derrière la console en est patent. Furieux par nature, le Californien nous plonge dans un maelström de heavy metal des 70’s, entre riffs monolithiques (The only one) et soli hendrixiens (Break a guitar). Heavy metal au sein duquel la basse de Mikal Cronin se veut violente, quitte à envahir toute la place lors du final de The only one. Avec Thank you Mr. K. la frénésie punk est au rendez-vous. Sur un motif typique du genre (riff simpliste à la Ramones, batterie au rythme débridé, etc.), un étrange pont s’invite : un WC est sacrifié par l’ingénieur du son et le blondin à grands coups de hache (vidéo vous accueillant actuellement sur le site de l’artiste). Offrande au punk hardcore ? Au surréaliste Marcel Duchamp ? Ni une ni deux, le piano sous amphétamines de Ben Boye se déchaîne jusqu’à plus soif et nous sort de nos curieuses pensées. Avec Warm hands (freedom returned) et ses 10 minutes expérimentales, Ty Segall lâche définitivement les rênes. Une fragile balade tourne en un instant au punk le plus brutal – avec une batterie intenable, des hurlements nourris, des accords saturés et ultrarapides – avant de se fondre en un jazz psychédélique, dans lequel le clavier évolue de façon goguenarde. Du bel ouvrage !  

 

… sous une pluie de paillettes.

Ty Segall aime surprendre et même perdre son auditeur en rase campagne. Tel Janus, il nous dévoile en un disque les deux visages des 60-70’s qui ont compté dans son éducation musicale. Aux styles évoqués plus haut, viennent s’ajouter la pop et le glam rock. Dans un rétroviseur, les Beatles sont perceptibles avec les mélodies et les harmonies vocales sur Talkin’ et sur la malicieuse Papers. Mais dans cette multitude de reflets brillants, une lumière, une étoile guide Ty depuis toujours. Celle de Marc Bolan. Déjà en 2015, le prolifique Californien avait réalisé un album hommage au titre explicite, Ty-Rex. Ici encore, l’ombre du père d’Electric Warrior plane et dès la redoutable Break a guitar, on plonge la tête la première dans l’univers du glam rock. Segall s’amuse à imiter les intonations tremblantes et la tessiture du leader de T-Rex. Sans vergogne, il reprend également les codes qui ont fait le succès de cet artiste phare des années 70 : marier les guitares folk et électrique à une batterie enjouée, le tout au service de balades folk, telles que Talkin’ ou Orange colour queen –  une déclaration d’amour à sa compagne – ou d’un boogie déluré comme le guitariste à la chevelure généreuse et frisée savait si bien les faire (Take care (to comb you hair)). Pendant un peu plus de 30 minutes, Bolan semble ressuscité!

 

Inépuisable, un tantinet brouillon (juste un peu… ) et débordant d’idées, Ty Segall est un artiste punk majeur. Punk car célébrer le glam rock est un exercice de style. Quand tout le monde pense David Bowie, Ty crie à l’imposteur et porte aux nues Marc Bolan. Avec Segall l’expression « rock alternatif » prend tout son sens. Ce second album éponyme secoue violemment l’auditeur, néanmoins orienté vers les strass du glam (folk) rock de T-Rex, il revêt un aspect harmonieux et rêveur. Un nouveau disque hommage à celui qui est mort à 29 ans il y a désormais quatre décennies dans un accident de voiture, mais dont la musique semble au goût du jour. Il ne manque plus que les platform boots et les costumes kitschs et on y est. Encore un effort !

  • Benoît GILBERT

 

Artiste : TY SEGALL
Album : Ty Segall
Label/distribution : Drag City
Date de sortie : 27/01/2017
Genre : punk rock / glam rock
Catégorie : Album rock

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