Neuf mois seulement après son dernier passage à Lyon, Solann était de retour dans la même salle – le Radiant-Bellevue – ce jeudi 22 janvier. Comme lors de la dernière date, la salle est en configuration complètement assise. Un choix questionnable et d’ailleurs relevé avec humour par Solann elle-même sur les réseaux, quelques heures avant le concert. Retour sur cette soirée forte en émotions.
Alma Rechtman – Enivrante découverte
Une fois la foule installée, l’équipe technique coupe les lumières de la salle et Alma Rechtman – chargée d’ouvrir la soirée – entre en scène. Dès le premier morceau, la surprise est totale. Le savant mélange de la douce guitare folk et de la voix grave de l’artiste enrobe le coeur comme un manteau en plein hiver. On s’attend alors à un set tout en émotions, plein de chansons aux airs plutôt triste. Que nenni. Alma Rechtman nous propose un réel voyage, au travers d’ambiances variées.
Les textes sont puissants et recherchés, et amènent l’audience à ressentir aussi bien qu’à réfléchir. Je suis complètement pris par la performance, d’autant plus lorsque que la chanteuse commence à utiliser d’autres outils pour fournir sa musique. On notera notamment l’utilisation magnifiquement exécutée d’un looper sur un morceau qui agitera la foule.

Le set de 30 minutes passe trop vite, et se termine sur mes deux coups de coeur de cette découverte : Le Lion et un morceau joué complètement accapella durant lequel l’artiste se servira exclusivement de son corps pour produire le son des percussions.
Une superbe découverte, à aller découvrir – en studio ou en live – de toute urgence !
Solann – Pleurs, rires, engagement et poésie
C’est mon troisième concert de Solann, le deuxième dans cette exacte même salle. Mais Solann a sorti en novembre 2025 une extension à son superbe album – Si on sombre ce sera beau (promis) – et je meurs d’impatience d’entendre ces nouveaux morceaux en live.
« On l’aura bien cherché »
Tout comme l’album, le set commence avec un Préambule crescendo, tant par les instruments, assurés par les deux musiciens qui accompagnent Solann, que par les jeux de lumières. Les premières paroles se font entendre. Une silhouette apparaît dans la pénombre et grimpe sur l’estrade présente sur la scène. « Et puis si on sombre, ce sera beau. » La Reine Solann est là.

L’intensité lumineuse augmente sur Monstrueuse et l’artiste dont la splendide tenue tout droit sortie d’un film gothique nous démontre déjà sa puissance vocale. A la fois douce et intense. Premiers coups de grosse caisse et flashs stroboscopiques. Le Radiant vibre.
« Viens on va hurler, viens on va voir »
Le set continue de monter en puissance avec Noctambule, avant de laisser place à un premier contact avec le public. C’est tout de suite drôle. Solann nous propose alors une « chanson de Drama Queen ». Narcisse. Encore une démonstration vocale impressionnante. Les textes sont forts, et dénoncent les comportements masculins abusifs tout en poésie. Splendide.
Le fameux ukulélé arrive sur scène. Petit Corps. La chanteuse aborde le sujet du rapport à son corps tout en délicatesse. Je fonds. Un voile s’agite doucement au dessus de la scène pour un rendu visuel fort.

« Mais tu restes, mon insomnie préférée »
Les premières larmes du concert. Insomnie. Chanson d’amour déchirante. Mais Solann transitionne parfaitement. De l’amour triste à l’amour espoir. Si tu m’aimes. Seule dans un halo orangée sous le piano dont les notes résonnent dans la salle et dans nos coeurs. Le morceau est proposé avec une outro étendue et excellente. Des premières personnes se lèvent de leur siège pour danser. L’ambiance décolle.
Puis les gyrophares d’une voiture de police. C’est l’heure du Crash. Métaphore filée puissante qui suit une relation amoureuse toxique et violente qui va droit dans le mur. Comme Solann le dira plusieurs fois pendant son concert, le set oscille en permanence entre tristesse et colère. Crash est sûrement un des premiers morceaux cathartique de la soirée. Son pouvoir libérateur me sidère.
Après une interlude instrumentale somptueuse, le pianiste nous offre une introduction parfaite à Marcher Droit. On replonge dans une ambiance sombre et dramatique. L’autotune est parfaitement utilisé sur ce morceau. Les envolées lyriques, sublimes. Puis Solann rend hommage à ses origines arméniennes et sa mère avec Mayrig (« maman » en arménien).

« Ma fin, j’suis pas déçue, le chat m’a eue, on s’attendait »
Bien que la chanteuse l’annonce comme le morceau le plus positif de la soirée, L’Oiseau traite de la mort. Mais Solann nous invite à ne pas la regretter, à ne pas en avoir peur, et à profiter des moments vécus.
Moment suspendu lorsque les premières notes de Les Draps se font entendre. Sûrement le morceau le plus dur du set. La description de violences sexuelles est percutante. Les téléphones s’allument dans la salle. Les larmes coulent sur les joues de mes voisin.e.s et les miennes.
« Les putes comme moi portent les rêves des hommes »
L’appel à la colère. Et le plus gros tube. Rome. Le Radiant est debout. L’ambiance change totalement. On a envie de hurler, de tout cramer. On ressent tout l’engagement politique dans la voix de la parisienne. Une colère franche dirigée contre l’injustice d’une société patriarcale. Quelle puissance.
On restera dans la colère jusqu’à la fin du concert. Solann et ses acolytes enchaînent avec Les Ogres et Comme les animaux. Vrais satyres de notre monde capitaliste. Plus personne n’est assis. La salle est en ébullition alors que les deux musiciens terminent le set sur une outro exceptionnelle, en portant des masques de rats.

« Gloire aux folles »
Rappel. La foule remplace Yoa sur Thelma et Louise, un de mes coups de coeur de l’album. Célébration de l’émancipation féminine. Le set touche à la fin. Le Loup. Le fameux dont Solann parlait dans Rome. Encore une outro électro qui déménage. Le Radiant se transforme en club.
Pour clôturer la soirée, les trois artistes nous proposent une version acoustique de Rome, accompagnée de l’audience comme chorale. Splendide. Une conclusion parfaite pour un concert incroyable.

Solann aura délivré une superbe performance d’une heure et demi. On aura ri, pleuré, dansé. Et puis réfléchi dans la voiture sur le chemin du retour. Parce que ce concert aura été également une vraie occasion d’introspection et de questionnement. De l’art finalement.

Un immense merci à Guillaume pour les accréditations.
Photos : Pierre Target
