Logo Sensation Rock

Interview DÉMAGO

Maun, chanteur et fondateur de DEMAGO, 4 mai 2023, Paris.

 

Vous avez sorti en fin d’année dernière un nouvel album, CAMARADE X, et on va en parler bien sûr, mais avant ça remontons un peu le fil de l’histoire et revenons à la genèse du groupe. Est-ce que tu peux nous dire comment est né DÉMAGO ?

A l’époque j’ai fondé le groupe avec Bleach, on s’est rencontré en fac d’anglais. Et puis on a ensuite directement commencé à faire du son, à jouer du rock. Alors au début, évidemment, c’était en anglais puisqu’on est en fac d’anglais. Puis après, un label nous a demandé si on pouvait faire la même chose en français. On n’a pas fait la même chose, mais à commencé à faire du rock en français et puis DÉMAGO  est né, voilà. 

Quelles étaient vos influences musicales (NIRVANA et SYSTEM OF A DOWN je crois) ?

Nirvana, System, NTM aussi. En France, les Bérurier Noir, énorme influence. Tous les grands groupes de rock et de rock pro aussi, Pink Floyd, Godspeed. Et puis Nirvana, du rock, du rap, enfin vraiment des ziks qui mettent la pêche, quoi. 

Ça c’est ce que vous écoutiez à l’époque, et aujourd’hui, presque 20 ans plus tard ?

J’écoute toujours beaucoup de rock soyons honnête, mais j’aime toujours aussi le rap, donc plutôt du rap US, parce que ça me permet de pas trop comprendre les conneries qu’ils racontent (rires). Et je suis allé voir Youngblud à l’Olympia récemment. J’adore ce jeune mec qui mélange justement toutes les sonorités britanniques avec du rap, avec du punk, avec du dub. J’adore ! Je suis fan absolu. 

Vous vous êtes fait connaître dès 2008, avec l’excellent HOPITAL votre 1er album, porté par plusieurs singles forts (HEY DOC, RESPIREZ, …), et qui a été très bien accueilli par la critique. 

C’est ce qu’on dit (rires). Non, non, mais c’est vrai, on a eu pas mal de papiers.

D’ailleurs, c’est un album qui a bien vieilli, je ne sais pas ce que tu en penses ?

J’aurais bien aimé voir ce que ça aurait donné si l’album avait été mixé par HK qui a mixé CAMARADE X. Mais oui, il a bien vieilli. C’est mes enfants de toute façon, donc je les aime tous, je partirai avec. 

A cette époque vous aviez pas mal tourné en France et en Suisse notamment. Un 1er album c’est toujours spécial dans la vie d’un groupe, quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

Oui, on a éclusé pas mal de rades, pas mal de scènes : des belles scènes, des petites scènes. On a eu droit à tout, vraiment à tout. On ne pouvait pas s’embourgeoiser à l’époque, on faisait, des petites scènes, des grosses scènes. Mais c’est bien, ça change tous les jours. Et c’est toujours intéressant de jouer de toute façon, de se confronter, de se mettre en danger. C’est la vie d’un artiste. 

À la fois, quand on est en tête d’affiche et aussi quand on est en première partie ?

Oui, nous on aime bien surtout ouvrir pour les autres parce que … ça nous permet d’avoir du monde (rires) !

Vous avez ensuite sorti l’EP AU CŒUR DE L’ATOME qui annonçait le second album BATTEMENT en 2019. Un album dans la continuité du premier au niveau des textes et des thèmes abordés, mais plus électro dans la forme (nappes de synthé, samples, …) et plus produit. 

En fait, comme on avait plus de batteur on a décidé – parce qu’on avait fait des dizaines et des dizaines de titres, on a fait au moins, je pense, trois ou quatre albums dans plusieurs veines différentes – de faire une parenthèse avec BATTEMENT, et pour moi c’était une très très belle parenthèse mais qui à mon avis à plutôt désarçonné la fan base. La fan base est clairement rock, moins électro. 

Après, il y a pas mal de groupes qui, sur leur deuxième album soit restent vraiment dans la veine du premier, mais avec le risque que ce soit un peu une redite,  soit qui s’éloignent du premier album et dans ce cas-là, la fan base s’éloigne souvent un petit peu en ne retrouvant pas ce qui faisait le sel du groupe. 

Mais exactement ! Moi je ne raisonne pas comme ça, mais je te rejoins. Moi je fais ce que j’aime. Je ne fais pas de la musique pour autrui, je fais de la musique pour moi. J’aime beaucoup dire ça, je fais la musique que j’ai envie d’écouter. Et à cette période-là, je n’avais pas envie de faire du rock parce qu’on ne faisait pas de scène. Et quand on est arrivé sur scène -car on a fait une résidence au Tremplin, en Auvergne- là, j’ai compris que j’avais de nouveau envie de faire du rock. En fait, la scène m’a tout de suite plus fait aimer l’électro parce que ça a un côté « rat de labo », et qui n’est pas jouée comme on a envie nous de l’entendre. Et pour ça, on est revenu tout de suite, on a enquillé sur CAMARADE X qui est un album très très très très très très rock, encore plus sur scène. Et au moins là on a coché les cases.

Une petite remarque, je me suis rendu compte que BATTEMENT et AU CŒUR DE L’ATOME ne sont plus dispos sur les plateformes de streaming, c’est volontaire ? 

C’est pas du tout volontaire, c’est un oubli de ma part. J’ai oublié de payer les droits pour les uploads. Donc faut que je le fasse, il faut que je paye. C’est un oubli et t’es pas la première personne à me le dire. Mais là, avec toutes les galères que j’ai eu au sein de ce groupe, de trouver des batteurs, de digérer le départ de Bleach, de voir ce que j’allais faire, est-ce que je continuais DÉMAGO  ? Ou est-ce que je partais dans une carrière solo ? Bon, c‘est quand même une carrière solo, mais je continue de m’appeler DÉMAGO . C’était pas la priorité. Mais en effet, il faut que je m’en occupe.  (ndlr : les albums sont à nouveau disponibles depuis)

Vous sortez aujourd’hui CAMARADE X (octobre 2022) et vous avez eu recours au financement participatif.  Est-ce que c’était indispensable financièrement pour pouvoir sortir ce nouvel album ? 

C’était pas indispensable, mais ça faisait du bien de se faire aider un peu parce qu’on s’est pris une énorme douille sur BATTEMENT parce qu’on l’a sorti dix jours avant le confinement, donc tournée annulée, pas de merch, rien du tout. Donc on s’est pris une douille de 14 000 € à peu près, parce qu’il faut payer tout, faut payer les clippeurs, faut payer les mixes. Donc on a beaucoup, beaucoup payé, et puis on a eu zéro retour donc on s’est vraiment pris une énorme douille. Donc pour l’autre album on s’est dit allez, on va essayer de se faire aider. Donc là on ne rentre pas dans notre blé encore, mais au moins ça atténue un peu. Parce que quand tu paies pour faire de la musique, ça commence à être un peu embêtant. 

Est-ce que c’était aussi un moyen de vous reconnecter à votre fanbase et de voir si elle vous suivait toujours ? 

Ben franchement, c’est une fanbase qui est quand même très très très très fidèle. Parce qu’on a eu beaucoup de messages de soutien. Il y a des gens qui sont partis avec BATTEMENT, il y a des gens qui sont revenus sur CAMARADE X, il y a eu, voilà ça va, ça vient. Mais après je pense que le fan, il va, il vient, il aime, il reste, il aime pas, il s’en va. C’est la vie. Et moi je suis fan aussi. C’est à dire que les artistes dont je suis fan, je les suis tant que j’aime leurs albums et quand j’aime plus leurs albums, je m’en vais. Moi ça ne me choque pas du tout quoi. Ca ne me choque pas. Quand c’est vraiment des artistes fétiches je vais réécouter et si je trouve que ça raconte quelque chose, ben je redeviens ce fan. Mais c’est la vie. Tout comme je peux comprendre qu’il y ait des gens qui n’ont pas envie d’écouter DÉMAGO quand ils rentrent du taff et qu’il y ait des gens qui ont envie de l’écouter, c’est à leur discrétion. C’est parfait. 

C’est un vrai engagement pour un fan de donner 20, 50 ou 100€ pour soutenir un artiste qu’il aime. Je trouve que ça a un côté assez vertueux et que ça reconnecte le public aux artistes. 

Oui bien sûr, et c’est symbolique. Mais déjà on a atteint nos objectifs, donc déjà c’était cool. Je remercie tous les fans qui nous ont aidés. Il n’y avait pas de petits dons. Alors évidemment, il y a des gens qui ont donné énormément, des gens qui ne nous connaissaient pas. Et dans l’ensemble donner 20 balles à un groupe c’est l’équivalent d’acheter son disque. Et c’est vrai que les gens n’achètent, plus de disques. Aujourd’hui l’artiste, il ne vit que de la scène et des maigres passages radio s’il passe en radio. C’est-à-dire que pour un groupe comme DÉMAGO qui aujourd’hui ne passe pas en radio si on tourne pas -et puis c’est pas facile pour le rock français parce que c’est une niche le rock français, c’est pas mainstream – sans fanbase ben tu payes pour jouer de la musique, enfin tu payes pour enregistrer.  Moi je regrette qu’on ne puisse pas en vivre. Enfin pour moi ce n’est pas une recherche absolue, j’ai autre chose à côté. Mais les gens qui m’accompagnent, par exemple dans DÉMAGO cette année, Hacen et Alex, eux sont des intermittents et j’avoue, j’aimerais pouvoir leur offrir des plus gros cachets. 

Est-ce que tu peux nous expliquer comment s’est passée la création de ce dernier album, et ta façon de composer en général. Je crois que tout part de la musique ? 

Moi je pars toujours de la musique. J’aime bien l’énergie que ça porte. Et puis après je me dis tiens, voilà, qu’est-ce que je vais dire ? Qu’est-ce que je vais raconter là-dessus ? A chaque fois, je me promets de ne plus parler politique, mais bon. 

Et ça ne marche pas trop (rires)

Non, pour l’instant, j’avoue, je fais chou blanc (rires) ! Et j’essaie de me dire tiens, sur le prochain album, j’essaierai de ne pas faire un album politique. Parce que parfois tu peux aussi devenir rapidement une caricature. C’est ce que je voulais absolument éviter sur BATTEMENT. C’est un album beaucoup plus cérébral, mais à un moment il y a la caricature et voilà, mais les gens savent très bien me positionner sur un échiquier politique. Moi je suis un pur produit de l’anarchisme français. Mais je ne vais pas chanter et crier du HOPITAL à longueur d’année. Bon et à chaque fois je dis ça, et puis à la fois … CAMARADE X c’est un album engagé, c’est sûr. Mais je me suis dit je vais je vais traiter l’intelligence artificielle avec l’HOMME AUGMENTE, l’addiction avec LE DEMON, la surveillance généralisée et numérique dans L’ARMEE DES OMBRES, parler de cette nana qui est dans une famille monoparentale avec CAMARADE X, QUI VIVRA VERRA avec cette parole qui n’a plus de sens. 

Bon voilà, j’essaie quand même de me renouveler, c’est vrai que ce n’est pas simple parce que je n’ai jamais de portée contestataire au départ. Après je dis ce que je pense, donc forcément … C’est ce que j’ai dit à longueur d’interview, mais moi je suis un éditorialiste, je fais le boulot des éditorialistes de droite, de la bourgeoisie qui font, tu sais TPMP, de tout ça, de tous ces gens qui racontent tous la même chose, ça. Voilà. Ben moi je fais mon édito. 

Et qui eux racontent beaucoup de conneries surtout.

Pour moi oui, je vais te rejoindre (rires). Mais voilà, après disons qu’il y a toujours qu’un son de cloche. Moi j’aime bien quand les artistes ils se mouillent. Ils s’engagent. Je trouve que les artistes ne s’engagent pas, peu ou pas assez à mon goût. Bon après faut pas faire que ça non plus hein, mais moi j’aime ça. 

Et il faut que ce soit sincère surtout, pas que ce soit une posture. Mais c’est pas ce qu’on ressent quand on écoute DÉMAGO . 

Ah non non, c’est pas une posture non !

Les textes ont une grande importance chez DÉMAGO, on ne peut pas écouter vos morceaux d’une oreille distraite. 

Non. C’est pour ça que c’est pas simple à écouter. 

Tes textes sont littéraires et poétiques tout en étant crus et cash. Ce qui t’inspire, je suppose que c’est l’actualité et la société au sens large, mais est-ce que tu as des exemples d’évènements précis qui ont pu t’inspirer une chanson (comme pour les attentats de 2013 dans PARIS NE REPOND PLUS). ?

Je vis dans un quartier où on s’est fait dégommer donc… s’est passé à 100 mètres de chez moi. PARIS NE REPOND PLUS c’était obligé que j’en fasse une chanson. C’était obligatoire. Et puis c’est la position d’un artiste. Pour moi, l’artiste, c’est quelqu’un qui vit parmi les autres et qui, par un média artistique, va chercher à sublimer. Pour le coup, là, ça c’était un pathos, parce que j’ai été fortement touché, moi, par ces attentats. C’est mon quartier et mon luthier s’est fait buter au Bataclan. Celui qui a toujours réglé mes guitares, ben, c’est pas drôle quoi. Donc il le fallait. Mais après, il y a beaucoup de pauvreté à Paris. C’est une ville qui est très, très, très paradoxale. Il y a énormément de richesse et énormément de pauvreté. 

T’habites toujours à paris ?

Oui, je pense que je crèverai parisien. Moi j’adore Paris, mais ce n’est pas une ville facile et j’essaie de me placer, par exemple CAMARADE X je me mets à la place de cette nana qui est toute seule – et je connais la difficulté d’être, parce que j’en ai autour de moi – mais d’être une femme toute seule avec ses gamins. Et si tu perds ton emploi, c’est juste… Et moi c’est une chanson qui me fout vraiment les poils. Parfois quand j’écris, je peux avoir envie de chialer. Par exemple quand j’ai écrit cette phrase « Qu’une angoisse fleurissait en elle comme un cancer et qu’elle donnerait tout pour pleurer dans les bras de son père », j’ai chialé juste après avoir écrit la phrase. Juste après avoir écrit la phrase tout de suite, j’ai frissonné et voilà c’est la puissance de l’affect et c’est poignant. Quand je t’en parle j’ai les poils tout de suite, c’est vrai. C’est parce que je suis un énorme sensible. 

Et ça se ressent beaucoup dans les textes. 

C’est la fibre, oui, c’est la signature de ce projet. Ça a toujours été mon projet DÉMAGO, c’est certain. C’est moi qui signe les textes, c’est moi qui définis les lignes éditoriales. C’est sûr. Après Bleach apportait pas mal de sa patte. On va voir. Je vais faire un quatrième album, je sais pas du tout où je vais aller, mais j’ai hâte de le faire en tous les cas. J’ai hâte de faire cette tournée CAMARADE X et j’ai hâte de me replonger. J’ai très très hâte. Là, ça fait un an que je ne crée pas parce que parce qu’il fallait défendre cet album, parce qu’il faut le répéter. Mais j’ai très très hâte de voir ce que je vais faire. En fait, je ne sais pas du tout ce que je vais faire. Tu vois au moment où je te parle, je ne sais pas. 

Et ça a l’air de te motiver. Ca t’angoisses ?

Non, non, ça m’angoisse pas du tout. Non, non non. Juste je te dis je ne me vois pas parler de politique. Et puis à chaque fois que je dis ça, généralement je parle de politique !  Mais non, non, j’imagine surtout ça dans la continuité, avec du up. Et ce line up qu’on a là, j’aimerais bien qu’on voit ce que ça peut donner. On va déjà essayer de faire un titre, là, courant du mois de juin et on va voir. J’aimerais bien faire un titre et qu’on se fasse mixer puis qu’on le sorte dans l’année. Mais bon, si ça se trouve, y’ a rien qui va sortir. Je n’en sais rien, Je ne sais absolument pas où je vais. Mais c’est bien, je suis très désirant. 

Il y a plein de très bons morceaux sur CAMARADE X, AU SUIVANT par exemple. On pourrait penser à un clin d’œil à BREL, mais c’est plutôt à RESPIREZ du 1er album que font penser les paroles. Un texte sur la société de consommation, le marché qui domine et écrase.

Là, c’est surtout sur la réification en fait, c’est-à-dire transformer les êtres humains en choses. C’est-à-dire avec une valeur, et que le capitalisme considère que tout est calcul et tout est une valeur. C’est à dire qu’on est là, au suivant !  C’était vraiment une métaphore de cette de cette chaîne, des êtres humains à la chaîne. Alors, au suivant. 

Ce qui me marque aussi dans ce morceau c’est le décalage entre les textes très désabusés, et …

Il y a quand même pas mal d’humour dans AU SUIVANT, parce que ces petits contre-chants, je les mets aussi – tout comme dans QUI VIVRA VERRA – je les mets pour montrer que je ne me prends pas au sérieux non plus. Que voilà, je ne vais pas changer le monde avec des chansons. Mais le constat il est là de toute façon. Si tu demandes aux gens « est ce que tu penses que ce monde est bon pour l’homme ? » Si tu me trouves quelqu’un qui me dit oui … Après les gens ils vont dire « Ah, le monde n’est pas bon pour l’homme, mais je m’en fous ». Mais les voix me permettent de mettre un peu d’humour, procédé que j’utilisais déjà dans LE MEGALO, pour moi, c’est un peu ce côté, voilà, je me détends aussi, je ne me prends pas pour un autre. 

… et le décalage entre les textes, c’est quand même un peu un peu sombre, même s’il y a de l’humour et des musiques qui, comme sur AU SUIVANT, peuvent être presque guillerettes. 

Mais c’est très drôle, ça me fait rire !

C’est une manière d’adoucir le propos ou de le rendre plus accessible, plus attractif ? 

Non, c’est surtout qu’aussi ça me permet déjà de m’amuser, parce que j’aime bien les contre pieds. On fait toujours comme ça, un titre un peu chelou, un peu bizarre, qui dit tiens, qu’est ce qu’ils ont fait? J’aime bien moi. Je trouvais que ce titre apportait, un peu de douceur, même si tu vas voir sur scène si c’est doux (rires) ! C’est carrément du punk. Non mais voilà, on avait envie en tous les cas de prendre un petit contrepied. Et surtout, le sujet il est atrocement pas drôle, mais il est amené de façon à ce que justement tu puisses en rigoler. Par exemple tu vois quand je dis à la fin « Ben c’est super », je sais plus ce que je raconte comme conneries, mais encore une fois, la petite voix me permet de pas me prendre au sérieux parce que je trouve ça terrible les artistes qui se prennent au sérieux, ça c’est terrible. 

Pour les gens qui connaissent peut-être un peu moins DÉMAGO, ce qu’on peut dire notamment sur LE MEGALO, c’est qu’il y a toujours un peu ce côté second degré. 

Oui mais voilà, c’est ça le mec qui est cette gauche PS comme ça, ça m’amuse de le traiter dans l’angle d’une chanson avec ce soixante-huitard qui est vraiment archétypal de cette gauche. C’est la gauche caviar, ça me fait rire de la croquer comme ça et pour moi c’est plutôt bon enfant, même si derrière ça cartonne quand même. Parce que j’aime bien cette punchline « La finance, une petite dose de hasard, une bonne dose d’enculés ». J’aime bien parce que je trouve que ça me permet de mettre  des bons uppercuts quand même, parce que je ne me prends pas au sérieux, mais j’aime bien régler des comptes. 

Il y a plein d’autres très bons morceaux. QUI VIVRA VERRA qui ouvre l’album, qui aborde la dictature de la bien pensance, du politiquement correct. 

C’est surtout que quoi que tu dises … de toute façon, on a créé un mot valise aujourd’hui qui s’appelle le mot complotiste. Si tu veux disqualifier quelqu’un tu dis ça ! Et c’est marrant parce que QUI VIVRA VERRA c’est sur la parole qui a perdu toute forme de vertu. C’est surtout ça. C’est pour ça que je fais des couplets qui sont aux opposés et qui t’invitent à la fermer. C’est pour ça que je dis ferme là, parce que de toute façon, déjà les gens ne s’écoutent pas, les gens ne débattent pas, ils n’en ont rien à foutre de débattre parce que le débat c’est « tout le monde a ses avis, ses idées arrêtées » ; et ça me faisait rire de dire « bah voilà quoi, quoi qu’on dise, de toute façon, ça changera rien ». Et puis avec ce « j’aime la police de la pensée ». Parce que tu prends les mecs de gauche, ils vont dire que par exemple « tous les médias sont de droite », et puis les mecs de droite vont dire que « tous les médias sont de gauche ». Bon, moi je vais dire qu’il n’y a que des médias de droite, il n’y a pas de médias de gauche, enfin si France Inter… J’en rigole, mais voilà, c’est pas la majorité, non ?  Et donc en tous les cas, QUI VIVRA VERRA c’est surtout que quoi qu’il arrive, la parole n’a plus de sens. Il y a plus de sens, plus rien n’a de sens. A cet égard, les mots n’ont plus de sens, les mots ne sont plus choisis, c’est stérile. Voilà ce que je veux dire c’est que c’est stérile, le vocabulaire est pauvre, il n’y a pas de précision, rien dans les arguments sont pauvres, honteux. Mais c’est du cirque, c’est un spectacle. On est dans Debord avec la société du spectacle. Moi, ça m’a amusé de mettre ça en perspective encore une fois, « il ne faut pas, il ne faut pas, il ne faut pas. Voilà, quoiqu’il arrive, il ne faut pas » ! Il vaut mieux juste se taire et perdre moins de temps et moins de salive. 

L’album se clôt sur L’HOMME AUGMENTE, l’un de mes titres favoris de l’album.  C’est un morceau avec un tempo lent, au climat pesant, oppressant, des chuchotements inquiétants, presque une ode funèbre …

Oui, c’est la voix de l’intelligence artificielle, en fait. 

… puis il y a cette montée crescendo et un final explosif. C’est un morceau qui semble faire écho à Hôpital (qui est aussi le dernier morceau du 1er album) aussi bien dans la structure musicale que dans les paroles. Est-ce que je me trompe ? 

Pour moi le seul point commun qu’il y a dans HOPITAL et L’HOMME AUGMENTE, c’est le fait que c’était une dernière plage et que j’aime bien tout comme j’adore la dernière plage de BATTEMENT, LE  CŒUR DE L’ATOME qui est sur le big bang et la naissance du monde, sur cet atome d’hydrogène. Moi j’adore les derniers morceaux. Pour moi c’est ce qui donne envie de réécouter un disque. Au départ, je voulais faire un album qui n’était que sur l’intelligence artificielle. Après, je me suis dit que ça risquait d’être un petit peu indigeste quand même (rires). Mais on fonce droit devant. C’est à dire que l’homme augmenté, c’était vraiment notre futur, ça j’en suis persuadé. Et c’est un futur où on ne va pas rigoler, ça c’est certain. Et il y’a pas rigoler et pas rigoler. C’est à dire qu’on va aller vers une énorme pauvreté et vers une bourgeoisie ultra connectée et augmentée par la technologie. Et je fais une espèce de renversement dialectique dans le titre, c’est une petite voix qui devient le personnage en fait, c’est à dire « tu étais quelqu’un et maintenant tu es moi », c’est ce renversement dialectique de l’IA qui prend le contrôle de l’être humain. Et bien ça ça me fait peur, forcément. Et je pense qu’il faut le combattre. Et je pense qu’on est trop passifs là-dessus. 

Et qu’on est peut-être déjà allé un peu trop loin avec l’IA ?

En fait le souci c’est l’IA avec le pouvoir et aux mains de qui elle est. Quand c’est aux mains d’Elon Musk, moi je ne trouve pas ça rassurant. Le mec a autant de pouvoir qu’un Etat pratiquement, comme les mecs de Google, ils connaissent tout, ils ont tout de notre vie, c’est du big data et ils connaissent tout de nous. Ben oui, forcément je ne vais pas dire que ça me fait plaisir et qu’on est dans quelque chose de rassurant. On n’est pas dans quelque chose de rassurant. Donc L’HOMME AUGMENTE, c’était ça, avec ce final, avec ses voix, oui évidemment, c’est l’oraison funèbre, c’est la mort de l’être humain et la victoire de la machine. Mais la machine va gagner. En tous les cas, on va assister à ça, nous. Je ne connais pas le futur. Je ne vois pas comment ça peut s’arranger. On est au bégaiement, on est les hommes des cavernes de l’IA, mais ça va partir en cacahuète. 

On ne peut pas parler de la tournée qui débute ce soir, sans revenir sur un fait majeur dans la vie du groupe, le fait que ALBATTOR et BLEACH aient annoncé tous les 2 récemment qu’ils quittaient le groupe. ALBATTOR qui vous avait rejoint à la batterie en 2019 et BLEACH qui était le co-fondateur du groupe. Avec BLEACH vous étiez amis depuis la fac je crois. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur les raisons de ces 2 séparations ? 

Bleach, je m’attendais pas du tout à son départ. On avait fait un super album. Moi je pensais quatrième album et lui,  je pense que le fait qu’on n’ait pas réussi à trouver un label au dernier moment a fini de nous achever. Je comprends. Et il a eu envie de passer à autre chose et de faire moins de musique. Et donc il est parti ailleurs, dans un autre champ de pensées. Je pense que dans ce champ de pensées là, avec la politisation du groupe, avec toujours ces critiques de la société, je pense qu’à un moment il n’avait plus envie d’entendre ça et que ça ne l’amusait plus. C’est la vie des groupes. Donc oui, ça m’a touché, ça m’a beaucoup touché parce que c’est un frangin quoi. Mais ça c’est la vie. Et puis Alban (Albattor ndlr) pareil, il nous a accompagnés pendant quatre ans, c’est pas rien. Et la distance Paris-Marseille à un moment pour un groupe elle n’est pas conciliable. Surtout quand tu vois qu’on commence à tourner et qu’il a une activité sociale contestataire. C’est les répètes, tu sais pas quand t’arrives, tu sais pas quand tu repars, il a des enfants, enfin ce sont des situations familiales. À un moment c’est un effort qui est trop lourd et le sacrifice est trop important, donc voilà. Mais c’est la vie des groupes. Et puis personne n’est irremplaçable comme nous dit le chanteur (rires)

La tournée commence ce soir à la Dame de Canton dans une petite salle pour vous chauffer avant les grandes jauges des festivals. Les circonstances font que vous êtes 3 pour cette tournée, dans une formule power trio bien rock, peux-tu nous présenter le lineup ?

Alors ben c’est Alexandre qui nous a rejoint à la batterie. Et c’est un vrai batteur rock. Et Hacen qui est là depuis le début et qui lui reste fidèle au poste. Et c’est Hacen qui chante, qui a pris pas mal de backing vocal. Et puis à terme, j’aimerais bien que Alex aussi chante sur les chœurs. Comme ça plus on est de fous, plus on rit. Et oui, c’est très très rock. On a orchestré énormément les morceaux, des titres comme Joe qui étaient très intimistes, là c’est plus du tout intimiste parce que parce que c’est pas cohérent sur des gros plateaux. Parce que j’ai envie de chanter. J’avais envie de chanter la chanson, La chanson JOE par exemple que les fans adorent. Quand j’ai demandé les listes (sur facebook ndlr), c’est JOE qui arrive en 1er. Mais je pouvais pas faire une version avec un piano et je ne veux pas de bandes, donc on a réorchestré le titre, ça n’a vraiment rien à voir, mais il y a le texte et il est porté par le chanteur et par l’intention. Donc c’est très très rock. 

Est-ce que vous avez réussi à adapter des morceaux de vêtements qui sont plus électro ? 

En fait, on a manqué de temps. Donc là on joue seize titres ce soir sur la tournée et on rajoutera peut-être cinq minutes. Plutôt de HOPITAL et CAMARADE X parce que c’est rock et que c’est pas électro,  et que l’électro ça nécessite des machines et que les machines, je ne veux pas les emmener. Parce que c’est si on emmène des machines ça veut donc dire qu’après il faut repartir dans une autre texture sonore et ou sur les scènes dans lesquelles on joue, où on a 50 minutes pour envoyer. On n’a pas le temps de faire du climatique, on envoie 3-4 et on bastonne. Donc pour ça HOPITAL et CAMARADES X sont taillés pour la scène. 

Il y a quelques festivals prévus en France et en Suisse, est ce que vous avez des touches pour d’autres dates ? 

Oui, on fait un festoche à Dunkerque fin juin (30 juin ndlr). On fait en festoche à Aurillac, le 14 juillet. On fait le festival Jean Ferrat. On fait Gray en Saône et Loire, la semaine prochaine. La semaine prochaine on fait TONEX en Suisse, les rencontres musicales, puis on devrait jouer à Rennes à la rentrée et puis après ça nous amène à 2024. Ce sera une tournée de 15- 20 dates peut être, j’espère. Mais de toute façon, je vais repartir rapidement à la composition. Après, si je suis sur scène, c’est cool, mais si je suis pas sur scène il faut que je m’occupe. Parce qu’il y a cette envie de se dépasser et de donner du grain à moudre à ma fan base. 

Parce que c’est toujours sympathique d’avoir un objectif. Et puis une envie de faire d’autres choses encore. Et puis de sonner une scène très très rock, très très lourd. Faire une espèce d’album peut être presque métal encore, je sais pas, mais on un rock bien lourd. Et puis du chant, j’ai vraiment envie de chanter. Donc normalement si avec tout ce que je viens de dire je ne vais pas chanter ! Et ça va être un album de chanson française (rires). 

DÉMAGO  a déjà été décrit comme de la chanson française, plutôt sur HOPITAL d’ailleurs

C’est bon, de toute façon c’est bien. Moi j’ai pas trop d’ego, artistiquement j’entends. Une fois que t’as sorti ton truc, ton album, ça t’appartient plus. Si ils ont envie de te dégommer et ben ils te dégomment. Si t’es pas prêt à encaisser les critiques, faut pas faire ce métier parce qu’il y a des gens qui sont méchants, il y a des gens qui ne pensent pas ce qu’ils disent mais qui vont tout faire pour te décrédibiliser et c’est la vie. Voilà, moi viens, tu dis que t’aimes démago, ben ça me fait plaisir. Mais si t’aime pas démago aussi, si tu justifies un petit peu. Et puis de toute façon, qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Moi je fais la musique que j’ai envie d’écouter, ça plaît, ben ça me fait plaisir parce que ça fait toujours plaisir quand on me dit qu’on aime ma musique. Après voilà, je prends des coups, « DÉMAGO  groupe qui porte bien son nom », mais faut pas y attacher d’importance. 

Justement, dernière question pour finir la question « fan de » si tu devais retenir que trois morceaux de DÉMAGO  ce seraient lesquelles ? 

Oh la la ! ben franchement, je prendrais un titre de chaque album. Je prendrai HOPITAL, je prendrai 5 MINUTES, et puis je prendrai … LA CHUTE D’ICARE. Parce que j’avais envie de prendre L’HOMME AUGMENTE, mais comme c’était 3. Dans la CHUTE D’ICARE c’est surtout le texte que j’aime, parce que c’est moi. C’est vraiment ma vie. Que j’avais envie de raconter ma vie comme ça et de raconter mes blessures. Et puis comment on apprend, on apprend à parler de soi. Et puis on se relève. Et j’aime beaucoup cette métaphore des ailes de cire qui fondent et la chute et qu’on chante à la fin « toujours la rage au creux du corps ». Donc je prends ces trois-là. 

Merci Maun, SensationRock vous souhaite une bonne tournée 😊 !

Total
0
Shares
Related Posts