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INTERVIEW MURRAY HEAD

Auteur des incontournables hits que sont « Say Ain’t it So, Joe » ou « One Night in Bangkok » Murray Head reprend à plus de soixante dix ans la route. La tournée « Say Ain’It so » vient de démarrer. Une belle occasion pour rencontrer le sympathique anglais.

 

« La tournée « Say It ain’t so » de l’an dernier a été repoussée à cette année du fait du Covid. Cela a été une grande frustration pour toi ? »

« Avec tout ce qui se passait de par le monde à cette époque il y avait plus grave que le report de ma tournée. Le Covid, le Brexit sont des choses plus importantes que des concerts qui ne peuvent être donnés. Le Brexit est une catastrophe. Il faudra quarante ans au bas mot pour le digérer. C’est une bêtise incroyable de la part de l’Angleterre que d’avoir fait cela. Cela a été une réponse émotionnelle inadaptée. Les gens ne se souviennent pas qu’en Angleterre dans les années 70 on travaillait trois jours par semaine parce que le pays était dans la merde et que cela avait sauvé la situation. Certains Anglais rêvent encore de l’Empire. C’est un rêve illusoire qui ne sert à rien. C’est l’égoïsme et le faux nationalisme qui ont mené au Brexit. Cela a été une manipulation de la part du parti conservateur pour garder le pouvoir. C’est dommage que les jeunes n’aient pas été assez actifs contre le Brexit. Quarante neuf pour cent des Anglais étaient contre. Le timing est en plus épouvantable. »

 

« Comment t’es venue l’idée de faire cette tournée où tu joueras l’album « Say It Ain’t so » dans son intégralité ? »

« On s’est dit que ce serait une bonne façon de fêter ce disque qui aura bientôt cinquante ans. Dans le passé on jouait deux, trois morceaux du disque sur scène, jamais plus. On a des fans qui connaissent ce disque par cœur, qui l’ont écouté à fond depuis 40 ans, qui en connaissent tous les détails. Je ne l’avais plus écouté pour ma part depuis trente ans. En le réécoutant j’y ai trouvé pas mal de subtilités que j’avais oublié. Le producteur disait au moment de son enregistrement qu’il fallait épurer au maximum. C’est ce qui donne cette simplicité au disque qui fonctionne très bien. »

 

« Plein de gens pensent que le tube « Say It ain’t so, Joe » est une chanson d’amour. Mais c’est un titre politique sur le Watergate. »

« Tout à fait. Plein de gens ont fait l’amour sur ce morceau sans se douter que cela parlait du Watergate. C’est un titre qui parle des chefs d’état et de leurs fausses promesses. On vit une époque dangereuse avec des choses terribles qui se passent, choses que l’on a malheureusement déjà vécu dans le passé. »

 

« Cela a été un énorme tube chez nous en France. »

« Oui et c’est flatteur. Le Français est littéraire. C’est l’héritage de Verlaine. Il ne comprend pas toujours les paroles mais s’attache à la musique. Cela avait été le cas pour ce morceau. Je n’ai pas changé depuis l’époque où j’ai écrit ce morceau. Je suis toujours en rage. Je continue de penser que cela vaut la peine de combattre les injustices. Regarde le récent sommet sur le climat à Glasgow qui n’a a accouché que d’une souris. Je viens de signer une pétition pour la semaine de quatre jours. C’est une excellente initiative qui va dans le bon sens mais je doute que cela se fasse. »

 

« C’est assez incroyable qu’une protest-song devienne un hit. »

« C’est vrai. Et tu as raison de dire que c’est une protest song. J’ai grandi avec Woody Guthrie et Dylan. Ce titre vient de là comme des morceaux de musique que tu pouvais entendre en Amérique Latine à cette époque. »

 

« Avant ce disque ton premier album, « Nigel Lived » n’avait pas été couronné de succès. »

« C’est vrai. Je n’en ai vendu que quelques copies aux Etats-Unis. Je n’ai jamais été formaté marketing Us. Je n’ai jamais rien fait pour l’argent. Je voulais simplement m’exprimer par l’Art et la musique. Les Etats-Unis avaient quinze ans d’avance en ce qui concerne l’industrie musicale. Il ne la pensait pas comme un art mais comme un business. Quand les comptables sont arrivés dans la musique dans les années 80 cela a été le début de la fin pour la création. »

 

« Il y a une dizaine d’années tu avais sorti un album de reprises « My Back Pages ». Quel était ton intention avec ce disque ? »

« M’amuser. C’était un hommage à ma jeunesse. Je voulais mettre dans ce disque les chansons phares de ma vie. J’ai toujours pensé mes disques comme des albums que l’on écoute du début à la fin. Je voulais pour celui-ci montrer ce que j’ai aimé. Je suis effrayé aujourd’hui du zapping permanent dans la musique. Des algorithmes te conseillent des trucs qui t’empêchent non seulement d’écouter un album en entier mais même un titre en entier. »

 

« Il y avait une reprise de « Won’t Get Fooled Again » des Who sur ce disque. Tu aimes la reprise de « Say It aint’t so, Joe » par Roger Daltrey. »

« Oui c’est sans doute celle que j’aime le plus. Alvin Lee en avait fait une que je trouve trop travaillé. La voix de Daltrey est fabuleuse. On avait un projet ensemble qui n’a malheureusement pas abouti. »

 

« Tu pars en tournée ces jours-ci. Tu pourrais profiter tranquillement de ta retraite. Qu’est-ce qui te donne encore cette énergie ? »

« J’ai un peu moins d’énergie qu’avant, je dois bien l’avouer. Je suis moins en forme qu’il y a dix ans. Mais j’ai toujours l’envie d’écrire des choses qui serait comme d’envoyer une bouteille à la mer pour que quelqu’un, un jour, découvre mes messages. Je vois la vie ainsi. »

 

« Tu joueras dans la mythique salle de l’Olympia le 8 Décembre prochain. »

« C’est une salle que je connais. J’y ai déjà joué. Ce que je n’aimais plus dans les concerts il y a quelques années c’est le fait que les gens filmaient plutôt que de vivre le moment, l’émotion du moment. Pour en plus faire un film ou des photos qu’ils ne regarderont jamais. Il faut vivre l’instant, ne pas le vivre à travers le prisme d’un appareil. Depuis quelque temps les gens filment moins les concerts. Cela me fait plaisir. Jouer dans cette salle, avoir un public, c’est un privilège. »

 

« Il y a une vraie histoire d’amour entre toi et la France. Comment est-elle née ? »

« Cela vient de loin. Mes parents m’avaient mis à l’école française. Quand j’étais petit je passais toutes mes vacances d’été en France avec eux dans tous les campings de l’Hexagone. C’était sympa mais triste aussi parce qu’on restait trois jours dans chaque camping et le temps de draguer, de rencontrer une fille, tu étais déjà reparti. J’ai tourné dans un film en Angleterre en 1965. Le premier assistant réalisateur était français. Grâce à lui j’ai eu un rôle dans un film avec Bardot en France. J’ai commencé à aimer de plus en plus ce pays à ce moment-là. Je n’aime pas la bourgeoisie Anglaise. Je n’ai pas cette peur du changement qu’a la bourgeoisie. La France que j’aime c’est celle de Pagnol. Je me suis installé en France. C’est le pays où je me sens bien et où je veux mourir. »

 

« Tu es acteur et musicien. Que préfères-tu ? »

« Pour les Anglais je suis un acteur, pour les Français un musicien. On peut faire les deux mais les gens aiment catalogués. Mon ami Patrick Dewaere était un super musicien. Il jouait très bien du piano. Il avait le projet d’un disque. Les critiques l’ont descendu. L’album n’est jamais sorti. Je trouve ça dommage le fait de vouloir mettre les gens dans des cases. J’aime les deux métiers. Ils sont différents. Dans la musique, tu es ton seul maitre, tu décides et ce n’est pas toujours facile. Mais au final c’est toi qui décides. Au ciné c’est différent, tu obéis à ce que veut le réalisateur. »

-Mots recueillis par Pierre-Arnaud Jonard

-crédit photo: Mike Ross

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