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INTERVIEW : WARHAUS

Mardi 14 novembre 2017, 17h23. Après un long périple dans les transports parisiens, à l’heure où il devient difficile de respirer une once d’air, je sors enfin de ce calvaire, et de mon quotidien citadin, pour me retrouver transportée dans une ambiance romantique et sombre à la fois. C’est dans la salle de réception de l’hôtel Alba, caché dans une impasse coupée du bruit de la ville, que je rencontre Maarten Devoldere, qui passe la journée à Paris pour promouvoir le deuxième album de son projet solo Warhaus. 

Fauteuils rouges carmin, moquette sombre et guirlandes lumineuses ornent la petite pièce intime dans laquelle nous sommes. Intime rencontre pour cette ultime interview de la journée.

Tu as joué à la Maroquinerie il y a quelques jours. Comment c’était ?

Maarten : C’était vraiment génial. En fait ça a été mon concert préféré de la tournée. Le public était incroyable et très généreux avec nous. C’était vraiment cool ! J’ai adoré l’ambiance qu’il y avait, c’était une super soirée.

Qu’est-ce que tu penses du public français de manière générale ? Est-ce que le public français est différent des autres ?

Maarten : Mmh… question difficile ! J’aime le public français. Mais je ne vois pas de différence particulière. En fait j’ai tellement tourné en France, je ne crois pas avoir joué autant dans un autre pays. Mon français n’est toujours pas bon mais j’adore jouer ici.

Tu dis que ton français n’est pas bon, mais tu peux parler un peu…? 

Maarten : « Je peux parler un peu le français. Bien sûr. J’ai habité à Bruxelles quelques années. Mais à l’école c’était toujours mon sujet le moins fort ». [prononcé en français]

Avec Sensation Rock on t’a vu jouer en février dernier à Besançon. Vous étiez seulement trois sur scène et maintenant vous êtes 5. Vous pouvez nous en dire un peu plus ? 

Maarten : Jasper, le guitariste, est parti après l’été pour se concentrer sur son propre groupe. Je l’ai remplacé par deux musiciens : un bassiste et un multi instrumentiste. Et puis il y a aussi Sylvie qui était avec nous à Paris, mais elle ne fait pas toujours tous les concerts avec nous.

Et ça te plaît de jouer avec plus de musiciens ? 

Maarten : Oui c’est cool parce que c’est plus honnête. Quand on était que 3 on devait être plus créatifs, et utiliser des samples et ce genre de choses. Maintenant, maintenant on peut vraiment faire de la musique « à l’ancienne ». C’est qui est super, en particulier pour cet album, qui pour moi est plus un album inspiré par ce que j’ai vécu, et on peut vraiment y reconnaître le plaisir de jouer. Alors oui c’est beaucoup plus facile de recréer ça et de retrouver cette ambiance. On a ajouté des instruments acoustiques tels qu’un marimba trombone et ce genre de choses. Alors oui c’est plutôt cool de jouer à 5, à « l’ancienne ».

Tu as commencé ton aventure solo avec Warhaus, est-ce que tu préfères être en solo ou dans un groupe ?  

Maarten : L’idée de commencer ce projet c’était d’avoir toutes les variations et combinaisons des deux projets pour continuer d’avoir du renouveau et d’avoir une autre forme de créativité. J’adore jouer dans un groupe. Et j’adore enregistrer en solo. C’est juste cool de pouvoir de faire l’un une année, puis de changer. Et donc on ne reste pas bloqué, on fait attention à ne pas tomber dans une routine.

Tes inspirations sont-elles différentes selon tes projets ? 

Maarten : pas vraiment mais… je pense que les chansons sont inspirées d’une même base commune, mais la manière dont on les dérive est différente. Comme Balthazar est vraiment un groupe, avec différents membres, différents compositeurs, donc je pense qu’on entend vraiment que Balthazar est un groupe, alors que Warhaus on entend que c’est plus un gars avec un orchestre derrière. Si je fais un disque pour Warhaus, ça sera plus personnel. Par exemple si je faisais un album de rupture, je le ferai pour Warhaus et non pour Balthazar. Et pour le son, je pense que pour Warhaus je voulais faire quelque chose de très classique, inspirés des années 60-70 et de certains compositeurs. Je pense que Balthazar est plus contemporain.

Dirais-tu que tu es plus libre d’écrire et de chercher l’inspiration pour ton projet solo ? 

Maarten : Pas vraiment parce que ça voudrait dire que je ne suis pas complètement libre avec Balthazar, et cette idée me fait penser à la prison. En fait, pouvoir écrire avec différentes personnes est très libérateur. Si tu écris seul, tu peux rester bloquer sur une chanson, en ne sachant pas comment la finir… Mais si tu écris avec d’autres personnes, tu peux échanger des idées et dans un sens c’est aussi la liberté. Mais c’est vrai que tu ne peux pas prendre les décisions tout seul… On ne peut pas se diviser en deux et faire cet échange avec soi-même… Du moins pas encore…

Comment décrirais-tu ce 2ème album par rapport au 1er ? Est-ce qu’il est plus fini, plus achevé ?

Maarten : Achevé sonne comme si c’était lustré… Je pense que je suis toujours dans la même atmosphère, la même ambiance, mais j’ai essayé de le faire mieux. Mais je n’ai pas non plus réinventé l’esprit de Warhaus. Je pense que la différence est que c’est plus vivant, plus pour le plaisir de jouer, c’est un album plus spontané, dans l’écriture aussi. Certaines chansons sont plus classiques, dans les refrains ou dans les paroles j’aime utiliser des clichés, comme « tout le monde va mieux si on agit ensemble », bref du sens commun. Je pense que pour le premier cd, je voulais que tout soit plus compliqué, que j’avais plus à prouver. Mais maintenant… Le deuxième je l’ai fait très vite, en moins d’un an en fait, je crois qu’on peut le sentir. Mais c’était une bonne chose pour moi car le premier j’ai passé 6 ans dessus, c’était très réfléchi alors que le nouveau est plus « naturel » [prononcé en français]

Est-ce que tu as tout écrit cette année, ou certaines chansons avant ? 

Maarten : Non, j’ai tout écrit cette année. Ce sont toutes des nouvelles chansons.

Dans tes chansons, on reconnait l’inspiration de Nick Cave, Leonard Cohen et Gainsbourg. Que représentent ces grands noms pour toi ?

Maarten : Je pense que ce qu’on a en commun, c’est que ce sont des écrivains romantiques, ils essaient d’écrire des chansons d’amour.

Il y a un journaliste qui m’a dit « votre musique est à la fois romantique et sombre ». Je lui ai répondu : « oui, mais c’est la même chose, le romantisme peut être très sombre ».

[« Romantik and dark at the same time », exactement comme la salle dans laquelle nous sommes, qui correspond parfaitement à la musique et à l’esprit de Warhaus.]

Et je crois, particulièrement avec Cave et Cohen qui cherchent l’inspiration dans le côté brumeux de « l’hôtel de l’amour » [prononcé en français]. Mais ce n’est pas comme si je m’étais dit, je veux faire un album qui va sonner comme Cave ou Leonard Cohen. Tu fais simplement des chansons et un album et ensuite ça devient évident que tu leur ressemble. Et t’es probablement inspiré par eux au cours des années. Mais tu n’y penses pas vraiment quand tu composes. Ça devient plutôt évident après, qu’il s’agit un peu de la même école…

Gainsbourg est l’une de tes inspirations… et pourtant tu ne chantes jamais en français…

Maarten : Non maintenant vous savez que mon français est pourri.

Mais tu n’as pas envie d’essayer ? 

Warhaus : Peut être, mais pas tout de suite. Mais j’ai toujours pensé que ça serait dur d’écrire en français parce que je peux parler un peu mais je ne peux pas m’exprimer totalement.

« Je peux aller à la boulanger…boulangerie, et demander pour un pain… donc je peux parler mais je ne peux pas m’exprimer ». [prononcé en français]

Tu as une voix très grave, que tu utilises de manière très langoureuse. C’est très sensuel d’ailleurs. C’est un bel outil de chanter des chansons d’amour… ça marche avec les filles ?

Maarten : ce que j’aime c’est que si on chante grave, on a l’impression qu’on contrôle la situation. Et par exemple, la fille dans l’album, Sylvie, elle a une voix très innocente, un peu naïve. Mais ce que j’aime écrire, c’est sur le fait que je suis complètement perdu. Alors j’aime bien le fait que j’essaie de donner l’impression que tout va bien, mais si on lit les paroles, ça devient évident que je suis complètement perdu et qu’une fille innocente contrôle la situation, vous voyez ? Je dirais que ce qui me plait beaucoup c’est le contraste.

Le thème de l’amour est très présent dans tes chansons. Il y a d’autres thèmes que tu aimerais explorer ? 

Maarten : Non. (rires) Enfin je veux dire… Je sais pas. J’y pense pas trop, je me contente d’écrire. C’est comme un bocal sans fond, tu peux continuer de creuser et d’écrire des chansons sur ce sujet.

J’ai entendu un artiste en interview dire « ok, je vais arrêter de faire des chansons d’amour parce qu’il y a déjà tellement de chansons d’amour. Pourquoi devrais-je écrire plus de chansons d’amour ? » Et j’ai trouvé que c’était trop triste, de se dire ça, car il ne pourra jamais y avoir trop de chansons d’amour.

Et c’est un super outil car c’est très universel, les gens peuvent s’y identifier, et c’est intemporel. Je peux écrire une chanson à propos d’Isis, du terrorisme,… mais je ne sais pas, dans 10 ans ça sera quelque chose de différent. J’ai pas envie d’écrire des chansons à propos de thèmes qui se périment. Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est simplement que ça vient comme ça. C’est ce qui me vient naturellement. J’aime la tradition, c’est plutôt clair… J’aime les traditionnelles chansons d’amour, et essayer de devenir le meilleur possible dans l’écriture de chansons d’amour, j’aime vraiment ça…

Peut-être que si su écris beaucoup de chansons d’amour c’est parce que c’est quelque chose d’important dans ta vie ?

Maarten : Oui, mais ça n’a pas toujours besoin d’être toujours romantique. Tu peux aussi écrire une chanson d’amour sur d’infidélité. Ça peut être dur et froid, mais la raison pour laquelle tu ressens ça c’est parce qu’il y a de l’amour.

Revenons à ton album. Tu as enregistré votre album sur bateau. Pourquoi ? 

Maarten : c’était un moyen pour moi de me concentrer en fait. En fait j’étais en tournée avec Balthazar et quand je suis rentré, j’ai revu mes amis, et une chose en entraînant une autre… on se retrouvait au bar, tout le temps… Je faisais juste trop la fête… j’avais besoin de me concentrer alors c’était la solution la plus simple pour sortir de la ville, de mes amis…de ma drogue quoi. Il fallait que je trouve un endroit pour seulement travailler, sans aucune distraction. Et en fait j’ai fait la même chose pour mon deuxième album. Je suis allé au Kurdistan, j’ai vécu avec des bergers dans la montagne pendant un mois, pour écrire.

Dans ce deuxième album on entend beaucoup de percussions, qui sonnent très exotiques. Qu’est-ce que c’est ? 

Maarten : ce sont des percussions africaines. Le plus difficile c’est que je les ai utilisées d’une manière très mélodique, alors j’en avais besoin de beaucoup pour toutes les notes. Donc dans le studio toutes ces percussions… Et j’étais là : « ok, j’ai besoin de cette note, cette note, cette note… » c’était très compliqué. Mais en live, j’utilise simplement des samples. (enregistrement). Si je voulais les utiliser, il faudrait que je parte en tournée avec « un camion » [prononcé en français]. Si je devais tout emmener, je ne pense pas que ça serait gérable. Donc de ce point de vue, je ne suis pas très traditionnel, je suis content qu’il y ait les nouvelles technologies.

Sur le dernier album, on peut entendre des voix de femmes qui t’accompagnent durant les refrains, plus que dans le précédent album d’ailleurs. Est-ce qu’elles t’accompagnent en concert ?

Maarten : En fait il n’y a qu’une femme sur l’album. C’est Sylvie Kreusch. Elle nous rejoint parfois en live, mais pas toujours, c’est un peu une musicienne indépendante (freelancer). Elle a joué à Paris avec nous mais elle n’a pas fait toutes les dates du tour. C’est un peu notre arme secrète.

En ce moment, est-ce que vous vous consacrez à la promotion de votre album ou est-ce que tu as d’autres projets en tête ? 

Maarten : Cet hiver, je retourne en studio avec Balthazar.

Qu’est-ce que écoutes en ce moment ?

Maarten : Pas grand-chose en réalité… quand je suis en tournée, je toujours dans la musique donc finalement je n’écoute pas vraiment de musique. J’en n’écoute pas non plus quand j’écris alors finalement j’en n’écoute pas vraiment. J’ai mes albums classiques. Je connais un peu la nouvelle musique, j’adore certains artistes contemporains, comme Rihanna, Kanye West…

Propos recueillis par Sophie Ponçot, retranscris et traduits par Séverine Quinault et Sophie Ponçot.

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