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Ours / Mitsouko

Le nom de Souchon est difficile à porter. Il place la barre très haute pour tout artiste, tant le père est devenu une icône dans le monde de la chanson francophone.

Charles Souchon, second fils d’Alain et Françoise, a donc choisi le pseudonyme d’Ours pour mener sa barque. Après Mi, El, et Pops (oui, il y a un jeu de mots), après diverses apparitions dans l’aventure du Soldat Rose et dans les Enfantillages du bisontin Aldebert, Ours nous livre Mitsouko, un album sombre et lumineux à la fois. Les contrastes et le temps qui passe, les voilà les clés de lecture de cet artiste hors du commun.

L’écriture de Charles est précise, faite des riens et du sel de la vie, de ses turpitudes, de ses coups durs et de ses instants hors du monde. Les ambiances, les atmosphères comme celle de Lisbonne sur Lisbelle, tout est prétexte à poésie, à cisellement, à captation et surtout à retranscription par le prisme de la plume. Quant aux musiques, elles ont la force et la pudeur qui sied aux grands compositeurs.

Mitsouko comporte 13 titres, dont certains en duo (Petit Jeu avec M, Perdu cet air avec Cécile Hercule, et enfin Stuart maudit avec Antoine Chance).

Outre le tubesque Petit Jeu, cet opus dont le nom rend hommage aux Rita de Catherine et du regretté Fred, est truffé de pépites pour qui saura les excaver.

Et cela débute dès le premier morceau, la 5ème saison. Batterie minimaliste, quelques accords de piano, puis viennent les cordes et cette flûte qui vous transpercent littéralement l’âme dès le second couplet. La porte s’ouvre sur un monde intime et pourtant inconnu. Laissons grand ouvert, laissons venir la 5ème saison.

Mitsouko est plus légère, plus électro pop dans l’âme, et disons-le, bien que ce soit la chanson éponyme de l’album, elle n’est pas la plus réussie.

En revanche, le titre suivant, les montagnes de Corée, constitue selon moi le chef-d’œuvre de cet album. Sans distance et sans s’éloigner suffisamment, de l’immense, que voit-on vraiment ? On observe le monde avec les yeux de Charles, et c’est tout simplement beau et suspendu, tel le jardin perdu de Babylone. C’est mélodiquement imparable, complexe, profond et touchant.

Peut-être pas, peut-être écrite par Ours et composée par Barcella, est à nouveau plus légère et enlevée, tissée de toiles d’électro. Comme la biographie de Gérard Darmon, alias le commissaire Bialès dans La cité de la peur, c’est « bien mais pas top ».

Vient ensuite Lisbelle, un hommage à Lisbonne, tout en impressions et suggestions. Et ça donne envie de s’y rendre, tant la vie semble différente là-bas, si près, si loin.

Petit jeu quant à elle a tout du tube. Déjà, c’est un duo avec l’excellent Matthieu Chédid (oui, encore un fils de son père, un petit-fils de sa grand-mère, et il n’y a pas tortiller, le talent ruisselle dans certaines familles), et, si mes oreilles ne me trompent pas, avec la participation de Billie Chédid dans les chœurs. Non seulement le morceau est abouti et entêtant, mais le clip est vraiment bien réalisé. On y voit de petits Ours et – M – campés par des enfants, mais aussi leur pendant en jeu vidéo. C’est une réussite absolue.

Retour à la palette pastel avec Mi-clos, dans laquelle Ours évoque les nymphes aux nymphéas, la beauté d’une femme. Si l’amour est encore de ce monde, il a la couleur de cette chanson.

Perdu cet air, chanté à l’unisson avec Cécile Hercule, est un petit bijou de fantaisie suspendue. La circassienne et musicienne n’y fait pas étalage de tout son talent, mais sa voix fragile fait mouche, et l’Ours se fait pattes de velours. C’est simple, dépouillé, mais joli.

Tout ça tout seul fait moins forte impression, tant du point de vue musical que des paroles.

De quoi t’as peur ? parle du temps qui emporte avec lui le rire des enfants. C’est moins enlevé, sans doute pas la meilleure chanson du plantigrade, composée par Cécile Hercule, qui n’est autre que Madame Ours.

Saint-Lunaire traite d’un sujet difficile, la perte d’un être cher. Et l’évocation est prenante, tant le sujet est, malheureusement, universel.

Stuart maudit vient un peu alléger l’atmosphère, en duo avec Antoine (Geluck) Chance. Le titre aurait pu être écrit par Laurent Voulzy à ses débuts. Pour les ignorants dont je fais partie, Stuart Sutcliffe, musicien et peintre, fut l’un des membres des Beatles. Décédé à 21 ans d’une hémorragie cérébrale, il ne fut jamais reconnu, remplacé par Paul Mc Cartney à la basse en 1960. Il se murmure cependant que ses toiles étaient superbes.

Enfin NTM à Bercy, dont le titre ne dit pas tout, résume à lui tout seul le talent de Charles Souchon. Un instant capté, photographique, ressenti, qui nous renvoie à nos propres expériences. Pour Ours, c’était un concert de NTM, pour d’autres, la terre s’est ouverte sur un moment d’intense lucidité au milieu d’une chanson de Last Train, de Ben Harper ou de Joseph Arthur.

Ours réussit le tour de force de s’adresser à nous, à nos souvenirs, à nos jardins intimes, sans en avoir la clé. Chapeau bas, Charles.

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