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INTERVIEW – LOS DISIDENTES DEL SUCIO MOTEL

Au cours de cet été en demi-teinte – les festivals ont le droit de cité mais avec des conditions drastiques – je suis invité à échanger avec Los Disidentes Del Sucio Motel. L’entretien est l’occasion d’évoquer nombre de sujets avec le groupe: le changement de line up, Polaris (album paru en avril) et son processus de création, le(s) confinement(s) comme de bien entendu, … Bref une belle et longue entrevue à bâtons rompus avec la formation strasbourgeoise prête à arpenter à nouveau les scènes pour défendre son dernier effort.

 

Sensation Rock – Bonjour, comment allez-vous ? Quel est le sentiment général au sein du groupe actuellement ?

Nicolas – On se déteste (rires). On va très bien, on est très content de se revoir les cinq, d’avoir moins de barrières sanitaires c’est cool. 

Dany – Moins de barrières horaires également… On se sent plus libre. 

 

Sensation Rock – Comment se sont déroulés ses derniers mois avec les confinements et couvre-feux en série ?

Dany – On a eu pas mal de chance car la Plateforme Laiterie nous a fourni des attestations permettant de venir répéter, pas lors du premier confinement mais par la  suite. On a pu travailler comme tous les autres artistes, que ce soit dans le théâtre ou la musique, ça nous a fait un bien fou de se revoir, même si les contraintes horaires étaient là. Jusqu’alors, on était à distance, notamment pour la composition de l’album.

Nicolas – On a eu effectivement de la chance car l’album a été fait pile entre les deux confinements, soit durant les deux mois d’été et puis dans la foulée reconfinés…  Comme le dit Dany, on a dû s’adapter, travailler par internet avec Skype entre autres, chose totalement nouvelle pour nous.

 

Sensation Rock – Avant de parler de Polaris, votre dernier album paru ce printemps, revenons sur la nouvelle version des Disidentes avec l’arrivée de Katia. Pourquoi ce changement de line-up ?

Nicolas – Il s’est imposé avec le départ de Baloo. Il l’avait annoncé alors que l’on avait commencé à bosser sur Polaris mais il restait beaucoup de boulot à faire. Il a eu l’honnêteté et la décence de le faire avant que le processus ne soit trop avancé et qu’au dernier moment il se dérobe… Il est parti car il ne se retrouvait plus dans le groupe. Ce départ nous a questionné : en perdant un membre fondateur du groupe, on s’est demandé si l’on était capable de trouver quelqu’un aussi vite et finalement on connaîssait déjà Katia du réseau des musiciens alsaciens grâce à des amis en commun et puis il y a eu une discussion presque banale sur Facebook. Je t’en prie raconte.

Katia – Je leur ai tout simplement demandé s’ils avaient besoin de moi (rires). C’est un truc que je ne fais jamais d’habitude car je joue dans beaucoup de groupes. Avant j’étais intermittente du spectacle et lorsque j’ai arrêté je n’avais plus trop de projets qui me portaient à ce moment-là. Et puis j’ai publié une vidéo d’un groupe de reprises que j’ai pour m’amuser et Nico l’a commentée pour rire : « Tu joues dans combien de groupe en fait ? – Pas tant que tu crois … ». Ensuite en privé je lui ai glissé « d’ailleurs un jour si tu as besoin de moi »… A ce moment, je ne pensais même pas aux Disidentes. Je n’étais pas au courant du départ de Baloo. Là-dessus il m’a répondu « Ben justement, notre bassiste vient de nous annoncer son départ ». Je me suis dis que j’allais tout faire pour avoir le poste parce qu’il y aurait plein de prétendants sur le coup.

Nicolas – On avait fait une liste de musiciens que l’on connaissait qui auraient pu correspondre.

Greg – Facilement une centaine … (rires)

 

Sensation Rock – Façon Metallica …

Greg – Evidemment (rires nourris)

Nicolas – On a promis le million de dollar comme pour Robert Trujillo mais bon on ne l’a toujours pas donné à Katia…

Katia – Et pourtant, j’ai dû casser des bras, j’ai embauché des tueurs à gage pour y parvenir!

Dany – On a fait quelques tests en répétition et ça collait beaucoup mieux avec elle.

 

Sensation Rock – Katia, peux-tu nous parler de ton parcours avant les Disidentes ?

Katia – Il y a Glaciation et Vent debout, mes projets principaux avec les Disidentes. Glaciation dispose désormais d’un nouveau line-up car le chanteur a viré tout monde et a embauché des nouveaux dont je fais partie. Pour l’instant on n’a pas fait de live, y en aura-t-il un jour ? On a tout de même fait un album studio car le groupe en devait un à Osmose, son label de metal. C’était mon premier acte de metal extrême et ça m’a donné envie de poursuivre. Vent Debout c’est le projet que je mène avec mon compagnon Grégoire Galichet. Lui assure la batterie et moi le piano (la lumière de la pièce s’éteint alors, NDLR) Il va faire tout noir ! – Ta gueule !(…) C’est d’abord un duo mais parfois on invite un guitariste, un saxophoniste ou percussionniste, … Nicolas Foucaud quand il se décidera un jour, mais visiblement il ne veut pas.

Nicolas – C’est pas ça, je n’ai pas encore trouvé le temps. C’est pas un groupe où tu apprends trois accords rapidement, c’est des morceaux compliqués, longs avec des grosses grilles d’accords, il y a du taf !

Greg – Et sinon deux batteries pour Vent Debout ? (sourires) 

Katia – Enfin, il y a aussi Joy and Glory qui répète d’ailleurs ce soir. Ce n’est pas une formation metal mais que j’aime beaucoup. Je les connais depuis très longtemps parce que j’étais leur bassiste remplaçante pendant plusieurs années. Maintenant je suis titulaire mais je fais de moins en moins de basse et de plus en plus de claviers avec eux. C’est de la pop-folk un peu dépressive (sourire).

 

Sensation Rock – Est-ce facile après plus d’une dizaine d’années de travailler avec quelqu’un d’autre, de trouver rapidement des automatismes ? Avez-vous une anecdote sur les débuts de ce nouveau line-up ?

Greg – Pour la batterie, ça me permet d’aborder maintenant des parties batterie avec le fameux couple basse-batt’. Ça marchait aussi avant mais aujourd’hui on fait bien plus attention à l’écriture, à la synchronisation des coups de basse et de la grosse caisse.

Nicolas – Le jeu de Baloo et celui de Katia sont très différents. Baloo est un bassiste qui se cale sur la guitare alors que Katia se cale sur la batterie. Tu trouves forcément d’autres automatismes surtout quand tu kiffes ce que tu joues, le feeling s’est vite créé. Finalement on a fait deux répétitions en guise de test avant de l’intégrer. Dans la foulée on a bossé ensemble sur la finalisation de Polaris avec le studio.

Greg – Les seuls automatismes à créer seront pour le live ce qu’il nous manque évidemment vu que dernier concert que l’on ait fait remonte au 04 avril 2019 Chez Paulette, avec Baloo. 

Katia – Ça fait deux ans et demi que je suis là et toujours pas de concert (sourire général).    

 

Los Disidentes Del Sucio Motel, Polaris (2021)

Sensation Rock – Evoquons désormais votre dernière sortie, Polaris. Pourquoi ce titre ?

Nicolas – Polaris est un concept album sur les liens que l’on peut avoir entre nous les humains et l’infiniment grand, l’univers en général. L’étoile polaire est le seul lien, pour l’hémisphère nord évidemment, qui guide les navigateurs, les explorateurs depuis la nuit des temps.

 

Sensation Rock – En novembre 2019 lors de la promotion de Sapiens, Nicolas expliquait que le nouvel album de LDDSM serait un concept album de 9 titres, visiblement vous avez rajouté une plage de quelques secondes avec  :-:o:-: (imprononçable!).  Voyez-vous un lien direct avec son prédécesseur, human collapse paru en 2016 ?

Nicolas – Concernant la première piste, il s’agit d’un pictogramme à destination des geeks et non il n’y a pas de lien avec l’album précédent. Les thématiques sont vraiment distinctes. Les chansons également.

 

Sensation Rock – Parlons des chansons, des textes : qui écrit au sein de la formation?

Nicolas – C’est la première fois que nous sommes trois à écrire. Par le passé c’était principalement Baloo et moi; Pour Polaris, Katia et Greg m’ont épaulé.

 

Sensation Rock – Donc Katia tu as pu apporter vraiment ta patte dans tout le processus créatif de cet album.

Katia – Oui bien sûr.

 

Sensation Rock – Quelles ont été les influences qui ont mené à ce disque ? Pour ma part je vois avant toute chose Pink Floyd, d’ailleurs Polaris apparaît comme votre album le plus floydien.

Nicolas –  De par sa touche prog c’est vrai. On a pris pleinement conscience de cette influence progressive plus qu’avant, c’est du rock de vieux. (gros rires) Plus lent, plus aéré, plus spatial et c’est un des rares groupes que l’on écoute tous.

Katia –  C’est clair. On s’est très vite entendu là-dessus.

Nicolas – Autres influences pour côté guitares et technique de jeu, je dirais Mastodon. Pour les lignes de chants, le travail harmonique beaucoup les Beatles ; Queen, pour l’aspect un peu choral… A perfect Circle également.  Là encore, peut être à part Greg, on écoute tous. On est globalement fan de Maynard James Keenan. Enfin Deftones, Alice In Chains sur Horizon , un titre qui est plus grunge.

 

Sensation Rock – J’avais entraperçu du Soundgarden aussi sur Horizon.

Nicolas – Oui, ce n’est pas une influence direct mais Dany et moi nous apprécions beaucoup Chris Cornell.

 

Sensation Rock – Enfin, passé le stoner qui est votre style originel, l’emploi des boucles sur les derniers titres me renvoient directement à Muse et la période Origin of Symmetry.

Dany – Effectivement, l’Arpeggiator. Ils l’ont vraiment démocratisé durant la période que tu cites et qui est un album que j’adore.

 

Sensation Rock – La dernière fois que nous avons échangé ensemble Nicolas, tu me parlais de « progressif stoner ».

Nicolas – Ce n’est pas une volonté de créer un style révolutionnaire mais c’est une étiquette qui aujourd’hui nous colle bien. Le côté stoner se retrouve dans le son, très épais, gras avec des guitares très fuzzées, une basse saturée, la batterie bien lourde, … les racines n’ont pas changé. Pour le prog, il s’est créé depuis le morceau Journey qui clôturait Arcane, que l’on a plus développé sur Human collapse mais dans une approche metal et aujourd’hui avec une démarche davantage 70’s. Le fait de bosser avec Rémi Gettliffe au White Bat Recorders, qui est très fan de ce son comme nous, son matos, c’est une capsule temporelle qui nous a fait remonter dans le temps. A cette époque-là, les groupes enregistraient de cette façon-là, avec ces instruments, ce matériel, … forcément tu le retrouves dans la texture de son qui sort à la fin.

 

Sensation Rock – Avant de parler justement de Rémi Gettliffe et de son studio, y a-t-il des références filmiques ou littéraires dans Polaris ?

Dany – Odyssée de l’espace évidemment…

Katia –  On a fait un clin d’œil.

Dany – Un énorme clin d’œil avec la progression d’accord à la fin de The Key.

Nicolas – Les textes sont plus influencés par des images. Quand je bossais dessus, je pensais à certains films qui se déroulent dans l’espace ; tout le monde pense à 2001, mais il y a aussi des trucs plus récents comme Interstellar.

Greg – Elysium aussi, Oblivion ou encore Gravity. Passengers également.

Nicolas – Ce n’est pas un hommage en particulier à un film mais tu es naturellement influencé par une somme d’images que tu as vues.

Dany – Durant la composition, on s’échangeait des articles que l’on lisait, des images, vidéo, articles scientifiques. Le fait que la course à l’espace soit relancée avec SpaceX et Elon Musk, Thomas Pesquet… On laisse un peu les gens se raccrocher à ce qu’ils ont envie, ce qu’ils voient, entendent à travers nos titres.

Katia – On a tout de même fait la progression d’accords de la musique de l’Odyssée de l’espace alors que des gens ne l’entendent pas. On était avec Rémi alors et on lui a dit : « on ne va pas quand même faire ça ?! – Si, si on va le faire ! » (Rires)

 

Sensation Rock – Effectivement, on sent un lien avec nombre d’histoires fantastiques à la lisière des dystopies. D’ailleurs, le titre du premier morceau, Blood Planet Child, pourrait faire écho au livre Blood planet.

Nicolas – Effectivement, ça pourrait aussi être un pitch de film. Ce qui m’a inspiré dans cet article du National Geographic, c’est qu’envoyer l’espèce humaine sur la planète, certes c’est un défi technologique que l’on peut tout à fait concevoir mais ce que le commun des mortels ne pense pas c’est qu’il y a derrière tout un travail d’éthique : est-ce que l’homme peut se reproduire ailleurs que sur Terre ? Est-ce qu’un fœtus puis un enfant pourront avoir un développement normal comme sur notre planète avec une pesanteur plus faible observée sur Mars ? Entre aujourd’hui et la réussite de ce projet, il faudra sacrifier des milliers de vies… Pour sauver l’espèce sur une planète que l’on est en train de tuer et l’envoyer ailleurs, il va falloir sacrifier énormément de vies : est-ce que cela en vaut vraiment la peine ? Et peut-être arriver à la conclusion terrifiante que non, l’Homme ne peut pas se reproduire ailleurs. Le morceau porte sur le personnage du père et son point de vue : est-ce que j’ai créé un monstre ou un miracle ? Est-ce que tu arrives à aimer autant ton enfant qui ne te ressemble pas ? La question de l’enfant est de trouver sa place malgré sa différence avec ses parents; il est face à un gros problème d’identité.

 

Sensation Rock – Cela fait écho au dernier titre The great filter, morceau pour lequel j’ai dû me renseigner (!). En effet, au-delà du caractère science-fiction de l’album, il y a tout un pan scientifique avec les 9 points qui font que la reproduction sexuée est possible ou non dans un espace qui n’est pas la Terre.

Nicolas – La théorie du Grand Filtre est autant scientifique que philosophique. La conclusion à tirer de cela c’est que la vie sur Terre est miraculeuse tant il y a de filtres à dépasser, qu’il faut en prendre conscient car la probabilité que cela existe ailleurs dans l’univers est faible. Ce sont des concepts qui peuvent faire flipper mais quand on a décidé de se pencher dessus, je ne connaissais rien à ces théories mais suite à nos échanges on s’est inspiré les uns et les autres.

 

Sensation Rock – Concernant la pochette que pouvez-vous me dire ?

Greg – D’ailleurs, à quoi elle te fait penser ?

 

Pink Floyd, Meddle (1971)

Sensation Rock – Pink Floyd et l’emploi d’huile sur les pellicules pour les projections psyché lors de leurs premiers concerts ; Black hole sun aussi.

Dany – C’est la même technique. C’est le résultat du travail conjoint de Benjamin Hincker et d’Akito Sengoku. Comme je te le disais tout à l’heure, le rendu est totalement interprétable de différentes façons en fonction des personnes. Certains y voient un œil, un trou noir, d’autres diront que c’est un truc bien plus réfléchi, une étoile qui meurt, une cellule, … c’est ambigu à souhait afin de laisser les gens décider.

 

Sensation Rock – Comme la pochette de Meddle, on ne sait pas ce que l’on a en face de soi.

Nicolas – Pour moi c’est la référence la plus proche, mais en rien volontaire. Ben nous avait proposé plusieurs projets qui nous ont tous plus et que nous avons dérivés sur des t-shirts, à l’intérieur de la pochette, … On avait une superbe base avec Akito Sengoku, un artiste japonais que Katia connaissait puis on a expliqué à Ben les grands concepts de l’album et il a capté tout de suite. La première pochette qu’il nous a envoyé c’était la bonne.

 

Sensation Rock – Lors de notre entretien passé autour de ton projet Sapiens, tu évoquais l’enregistrement du futur Disidentes et l’éventualité de travailler avec Rémi Gettliffe.

Nicolas – On avait déjà bossé avec lui : on avait fait deux reprises sur un weekend, l’une de Massive Attack, l’autre de Pink Floyd;  ça s’était ultra bien passé avec lui. On le connaissait aussi auparavant avec nos réseaux de musiciens, avec Shineski, au Noumatrouff quand il faisait un peu roadie, … Et surtout suite à ces deux premiers enregistrements, je me suis dis que le mix était le son parfait des Disidentes. Puis l’expérience du live  a été un mélange d’excitation et de peur. La pression était forte parce que quand la bande est lancée, qu’elle tourne, tu n’as pas le choix, il faut aller au bout. Suite à cela, on s’était dit : tout un album ainsi, ça va être compliqué, ambitieux. Clairement, il fallait davantage travailler. Bossant tous les jours au clic pendant 3 ans en répétition, finalement on s’est senti prêt et on l’a contacté. Travailler avec lui sur un format album, c’était le pied !

 

Dany – Il a ce côté producteur également. Humainement parlant, ça a matché d’emblée ; on s’est senti comme à la maison. Beaucoup d’autres groupes ayant travaillé avec lui te diront la même chose.

Nicolas – Les deux groupes dont on était le plus proche et qui nous ont parlé de Rémi, c’est Last Train et Dirty Deep. Il avait fait à chaque fois un super taf avec eux;  je pense que Last Train ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui sans Rémi, c’est un membre à part entière du groupe. On a ressenti cela également : il a vraiment sa patte. Travailler avec lui c’est une valeur ajoutée. C’est un grand créatif avec beaucoup de talent et d’idées, … il chante super bien, du coup on en a profité pour lui faire laisser des passages sur l’album, il a même un chant lead à la fin de Great filter.

Dany – Sur la fin du morceau il y a une succession de chœurs, il hésitait à rajouter encore quelque chose. On lui fredonne l’idée que l’on avait et là-dessus il dit : “je vais essayer un truc” et à ce moment c’est nous qui étions derrière la console et quand il a eu fini, on s’est écrié : “c’est trop bien !” A son retour dans le studio, il dit : “tu vois Dany, c’est comme ça que dois le chanter! – Mais non, pourquoi TU ne la chanterais pas ? –T’es sûr ? Bon ben je redescends je la refais bien alors” (sourire)

Nicolas – On a eu plein de moments magiques comme ça avec lui. Pour la méthode d’enregistrement, on a fait au plus simple, chose que l’on n’avait pas poussé si loin jusqu’alors : guitares-basse-batterie jouent en même temps, se rajoutent en overdub les claviers et les chants, voire les soli de guitares. Cette expérience donne une vraie énergie de groupe comme en répétition, il y a une vibe résolument différente que lorsque l’on enregistre en multitracks comme l’on faisait jusqu’à présent et du coup le rendu est ultra précis, chirugical. Si tu prêt l’oreille, tu peux entendre des clics de pédales! A la fin de Blood planet child, Romain avait oublié d’enlever sa wah wah, on a gardé cette prise car ça sonne génialement et sans artifice. T’as une guitare à gauche, l’autre à droite, puissante, criarde. Si t’écoute l’album avec une vieille platine, tu peux paner et te focaliser sur une guitare. Ces accidents de studio font l’identité de cet album.

Dany – Beaucoup de choses effectivement rendent l’album plus vivant, les chants notamment. Le premier matin des prises, en arrivant au studio, il y avait deux micros, celui de Nico et le mien en face à face mais l’on demanda « qui commence ? »  – Vous allez chanter tous les deux en même temps, ne vous inquiétez pas, je gère. On était dubitatif mais on l’a fait. Ça ressemblait beaucoup au live lorsque tu regardes l’autre, ça met de la pression car tu crains de merder ta prise et que ça passe dans son micro. Toutefois on crée une synergie entre les deux chanteurs, tu transmets quelque chose à l’autre et puis il y a de l’émulation : lorsque t’es fatigué et que tu vois que l’autre donne encore, ça te booste pour continuer ta prise. Sur The Key, je chante le premier mais Rémi n’a pas pris le son de mon micro mais celui capté dans celui d’en face ce qui créa une espèce de réverb’ naturelle. On croit qu’il a mis un effet mais finalement la simple réverbération de la pièce et CE micro donnent ce rendu ; Rémi c’est comme un magicien du son!

Nicolas – Il ne tâtonne pas, il est compétent et sait dans quelle direction il va : il sait ce qu’il faut faire pour avoir tel rendu, il connaît sa salle sur le bout des doigts, idem pour son matos.

 

Sensation Rock – Du coup Greg, dois-je te demander s’il s’agit de ta propre batterie ?

Greg – Ben non. C’est mon jeu, une partie de mes cymbales mais c’est ses éléments de batterie que l’on entend ; elle est partie intégrante du studio finalement. Je lui ai demandé quelques petites choses, comme changer des peaux de façon à avoir un son légèrement plus metal, non pas pour que cela sonne vraiment ainsi mais que l’on obtienne un rendu différent que ses réalisations passées pour Last Train, Dirty Deep, Undervoid, … Mais si l’on veut avoir la patte de Rémi, utiliser une partie de ses instrus fait partie du jeu. C’était un peu bizarre la première fois en 2017 mais là aucun problème.

Dany – C’est la même chose avec les claviers. Tu viens avec ton matos, deux trois claviers et puis il te dit: « Attends on va enregistrer là-dessus. » On a une photo avec la régie son envahie par six claviers et nous trois bloqués au milieu (sourire). Il a des vieux Juno, un Moog, … Il est assez impressionnant à voir tripatouiller tous ces petits boutons alors que sur mes claviers aujourd’hui les sons sont préenregistrés.

Nicolas – Du coup il te dit : « C’est ça que tu recherches comme son ? Ben, on va prendre le vrai ! » (Gros sourire)

Dany – Pour l’Arpeggiator, il me l’a reproduit sous mes yeux avec son Juno.

 

Sensation Rock – Donc ce fut un enregistrement enrichissant.

Dany – Il nous a fait bosser jusqu’au dernier moment, avec la prise de voix le dernier jour à 03h du matin. On a aussi changé une ligne de basse le dernier soir.

Katia – Putain… (dans un long soupire suivi d’un sourire collégial)

Dany – Tout était fini, on était là pour des claviers et non on a dû faire ça. Il était 09h, il nous regarde et dit : « Il faut que l’on change la basse. »

Nicolas – La basse, le piano, les guitares, …

 

Sensation Rock – Quel était le souci avec la basse ?

Katia – Une note. De fait, j’ai dû changer toute la ligne pour que cela ne s’entende pas trop.

Nicolas – De notre côté, nous n’étions pas au courant parce qu’ils n’étaient que les deux au studio. Mais le lendemain, Rémi m’appelle : « On a changé des trucs, il faut que tu viennes pour refaire des guitares ». Finalement on a bossé par Skype le soir-même pour savoir ce qu’ils avaient fait comme modifications.

Katia – Tout ça à cause de la grille d’accord du piano. On a dû changer la grille et après avoir mariné quelques heures, on s’est résolu à reprendre les autres instrus.

 

Sensation Rock – Que prévoyez-vous comme rendu sur scène pour ce nouvel album? Y aura t-il de la scénographie comme par le passé (présence de morceaux de mur, des extraits de film) ?

Los Disidentes Del Sucio Motel, 02 mai 2018, Le Grillen (Colmar)

Nicolas – Il y aura de la vidéo synchro comme pour le précédent album, basée cette fois-ci sur les travaux d’Akito qui ont été repris par d’autres copains, Thomas Linker et Mathieu Garcia, qui bossent avec nous depuis longtemps.

Greg – On a aussi un clip en 3D, sorti en avril, et que l’on a décidé  d’inclure au live car il nous plaisait beaucoup.

Katia – On a travaillé aussi avec un coach scénique lors d’une résidence.

Greg – Il nous a débloqués certaines choses.

Nicolas – On a changé la disposition scénique par exemple. Justement l’expérience de studio, notamment de chanter face à face nous a plu et nous avons souhaité la reprendre. Jusqu’alors en live on était sur des lignes parallèles, on ne se regardait pas, désormais on s’est tous réorienté, d’avance en V qu’en 4-4-2 (rires) et ça crée de nouvelles interactions. Des dates sont à venir cette année et début 2022 on sera en résidence afin de préparer sur 3 jours le concert du Hellfest prochain. On veut le set le plus carré possible pour ce troisième passage au festival, avec en cadeau une nouvelle reprise que l’on commence tout doucement à travailler. Mais on a encore le temps.

 

Pour retrouver Los Disidentes Del Sucio Motel, leurs actualités, écouter/acheter leur musique, il y a

Bandcamp: https://lddsm.bandcamp.com

Facebook: https://www.facebook.com/LDDSM

Instagram: https://www.instagram.com/losdisidentesdelsuciomotel/

 

-Propos recueillis puis retranscrits par Benoît GILBERT

-Crédits photos: Benoît GILBERT, sauf photo promotionnelle et celle au White Bat Recorders : Benjamin HINCKER

Merci au groupe pour son accueil et le temps partagé!

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